DeFélice. Htit, des Synodes natianéux, p. 289-2W
C'est ainsi que M. le pasteur Nogaret, en 1806, réorganisa en ?ërtu, non de la loi mais de la discipline, le consistoire particulier d'Osse qui comptait encore des membres nommés en 1757 par le pasteur Montigni Etienne Delï'erre . Ainsi maintenu, ce corps se composait de dix anciens, et se renouvelait en proposant lui-même ses nouveaux membres, que les pasteurs proclamaient du haut de la chaire. En 1858, un décret-loi lui rendit l'existence civile, mais, loin de respecter des usages consacrés, lui donna le nom nouveau de conseil preshytéral. réduisit à cinq puis à quatre le nombre de ses membres circulaire de 1880), et enfin introduisit dans notre église les formes du scrutin politique. Les deux fois que nos églises ont fait entendre leur voix d'une manière autorisée, en 1848 et en 1872. elles n'ont point manqué de réclamer contre ces lacunes et ces actes arbitraires par des propositions de règlements organiques, vraies lois de 1 église, qui n'ont jamais été sanctionnées. Ainsi s'explique le succès de la constitution synodale officieuse, qui fonctionne depuis 1871).
Le temple relevé, le consistoire réorganisé, le plus ardent désir de l'église était de posséder un pasteur. Elle devait l'attendre plus de vingt ans, pendant lesquels les fidèles continuèrent de s'assembler dans leur temple, comme ils l'avaient fait dans l'église pendant la durée du simultaneum, sous la présidence de leurs anciens. Cette régularité nous est attestée par le registre, où à cette époque on inscrivait les aumônes recueillies à l'issue de chaque assemblée et où sont relevées ainsi les sommes reçues, et distribuées aux pauvres depuis le 15e prairial an VIe de la République (3 juin 1798) jusqu'au 29 juillet 1810. Ces quêtes étaient assez peu de chose, le peuple était très pauvre et donnait plutôt des deniers que des gros sous. Alors dix sous était une grosse collecte, mais cela leur permettait de venir en aide aux pauvres , sans distinction de culte. Certainement cette exactitude à célébrer entre eux le service divin a préservé ce noyau isolé de protestants de la désagrégation qui s'est produite dans tant d'autres endroits.
Le 18 germinal an XIII 8 avril 1805), le consistoire d'Orthez délibéra que les deux ministres qui seuls desservaient les protestants du département iraient « donner chacun une fois fan » une ou deux assemblées dans l'église d'Osse » ; il les autorise
à recevoir des églises une indemnité proportionnée à leurs services. En 1810, un pasteur, M. Victor Gabriac, fat nommé à Sauveterre pour la quatrième section du consistoire, la desserte d'Osse lui revenait. Le consistoire décida qu'il passerait à Osse quatre mois pendant l'été, « saison où les bergers sont rentrés » dans leurs familles ». Les églises cle Sauveterre et d'Osse lui paieront par moitié un supplément de six cents livres, et lui fourniront en outre « le logement et les ustensiles nécessaires». Malheureusement, M. Victor Gabriac mourut en octobre 1812 et tant les hommes étaient rares, ne fut remplacé qu'en 1817 par M. Jean-Auguste Mourgues. En attendant, 1 église d'Osse, de nouveau sans pasteur, fait un arrangement avec M. J.-P. Gabriac, pasteur d'Orthez, et promet de lui donner 150 francs par an pour quatre exercices ou assemblées, savoir une à la Pentecôte, deux en septembre et une à Noël. C'est Doumecq qui est chargé de prélever cette somme sur les fidèles. Mais tous ces arrangements n'étaient que provisoires, et déjà le 11 mars 1811, le consistoire d'Orthez avait chargé l'ancien Vidal de rédiger un mémoire à ce sujet, « considérant que le grand éloignement de l'église de la » montagne, son étendue, sa population, le bien de la religion » et l'intention suffisamment exprimée du chef de l'empire de » pourvoir au culte de tous ses sujets, font désirer 1 etablisse- » ment d'une cinquième section et d'un cinquième pasteur dans » la commune d'Osse ».
En 1817, les Messieurs Gabriac père et fils, pasteurs à Orthez, écrivirent à Osse qu'ils ne pouvaient desservir l'église, et le consistoire local supplia M. Mourgues de Sauveterre d'accorder son ministère à la pauvre église abandonnée. Il y vint donc, et rédigea une pétition que signa le consistoire local, afin d'obtenir un pasteur en résidence à Osse.
Nous reproduisons en entier cette touchante pétition.
a Les anciens et diacres du consistoire particulier de l'église réformée » d'Osse, dans la vallée d'Aspe, canton d'Accous, arrondissement » d'Oloron, département des Basses-Pyrénées, à son Excellence Monsei- » gneur le ministre secrétaire d'Etat de l'Intérieur à Paris.
» Monseigneur,
» Nous venons exposer humblement à votre Excellence, qu'avant la » révocation de l'édit de Nantes, nous avions un temple et un pasteur
» à demeure fixe dans notre église ; qu'en l'an 180;î nous avons recons- » truit à nos frais un nouveau temple sur les ruines de l'ancien, où » nous nous réunissons depuis, pour rendre à Dieu nos prières ferven- » tes ; mais, qu'étant privés d'un directeur spirituel pour l'exercice » public et solennel de notre culte, nous sommes encore dans une déplo- » rable situation : un troupeau sans pasteur ne peut être que désolé et » malheureux.
» En effet, nous sommes réduits à la triste et dure nécessité de laisser » nos enfants cinq, six et même huit mois sans administration du saint » baptême, nos mariages civilement contractés sans bénédiction nuptiale, » notre jeunesse sans instruction suffisante dans les grandes vérités de » la religion et dans les sublimes préceptes de la morale, nos fidèles » sans participation à l'eucharistie du salut, nos familles sans minis- » tère de réconciliation et de paix, nos aflligés, nos vieillards et nos )> mourons sans consolation religieuse.
» La distance considérable où nous nous trouvons d'Orthez, chef-lieu » du consistoire général, et même de Sauveterre, la section la plus » rapprochée de nous, qui est à 6 myriamètres 8884 mètres, onze lieues » communes d'ici, entre les monts escarpés des Pyrénées, où la Deâge » et l'inclémence des saisons nous prive une grande partie de l'année » de toute communication avec les heureuses contrées où le culte réformé » s'exerce sans interruption, font que nous ne pouvons avoir la visite » de l'un des pasteurs de l'église consistoriale qu'une ou deux fois par » an. Encore ce pasteur ne peut-il passer quelque! jours au milieu de » nous sans laisser son propre troupeau en souffrance.
)) Plus fortunés que nous, nos frères les catholiques romains d'Osse, )) lieu de notre commun domicile, ont un prêtre nommé par sa Majesté » Royale à la résidence fixe dans ce bourg, comme eux nous y avons » une population intéressante, elle s'y porte d'après l'état ci-joint )> dûment certifié et légalisé à 82 maisons ou chefs de famille et à 363 ji individus.
» Nous éprouvons. Monseigneur, le besoin pressant d'avoir constam- » ment parmi nous un directeur spirituel, qui serait aussi à portée de » se rendre quelquefois utile à six familles de réformés que nous avons » dans la ville d'Oloron, chef-lieu d'arrondissement ou de sous-préfec- » ture, à environ cinq lieues communes d'ici
» Nos frères de l'église romaine, par la bonne intelligence qui règne » entre nous, nous souhaitent cet inappréciable avantage, qu'ils rvgar- » dent comme nous être dû de droit. C'est en particulier le vœu que ne » cesse de nous manifester, dans son impartiale justice, M. Lassale, notre » digne maire, qui est de cette communion.
)) D'après cet exposé exact de notre situation, permettez-nous, Monsei- )) gneur, de prier instamment votre Excellence de vouloir bien présenter