‹ OsseChapitre 130 sur 132 · Exactement 26 kilomètres · texte numérisé non relu

Exactement 26 kilomètres

)) l'hommage de notre profonde vénération et de notre sincère fidélité à )) S. .M. royale et les vœux ardents que nous adressons au ciel pour la » conservation de sa personne sacrée, la prospérité et la gloire de son » règne et de la supplier de nous accorder, dans sa justice et sa bonté, » la création d'une place de troisième classe, avec le traitement de mille » francs pour un pasteur à la résidence fixe d'Osse que nous nous » empresserons, aussitôt après, d'élire et de soumettre à son auguste » sanction.

» En nous accordant, Monseigneur, cette marque spéciale de votre » bienveillance, vous nous rendrez le service le plus signalé et nos cœurs )> en conserveront pour vous une éternelle gratitude, et ils ne cesseront » de bénir le bon Monarque qui par votre favorable intercession nous » aura procuré un si grand bien.

» Nous sommes, Monseigneur, avec un profond respect, de votre i) Excellence, les très humbles et très obéissants serviteurs. Casteig, )) président, Doumecq, Latisnère, Latounette, Lagun, et par le président : )) Jean Fox, secrétaire. »

Quelque éloquente que soit cette requête et quelque bienveillantes que se soient montrées pour notre église les autorités du département, il fallut encore attendre plusieurs années la création d'un cinquième pasteur avec sa résidence à Osse. On prétextait soit le manque d'argent, soit l'insuffi sauce de la population, vu qu'on ne comptait que 4.864 protestants dans le département. Le 9 avril 1821 , le consistoire d'Orthez renouvelant cette tentative plaida la cause de ces montagnards « qui se » montrent aussi empressés de se rapprocher de Dieu qu'ils » sont séparés de la société des autres hommes et éloignés des » vanités du monde », et finit par obtenir la création du poste. Osse comptait alors 370 protestants, autant qu'en 166o.

L'ordonnance date du 11 juillet 1821, mais alors qu'il y avait tant de postes bien plus importants à pourvoir, qui viendrait s'établir dans ces montagnes? On multiplia les appels, on nomma successivement Messieurs Finiels et Jousse qui ne purent venir. Enfin le 5 janvier 1824, le consistoire adressa vocation à M. Armand de Than, de Caen en Normandie, qui vint s'établir à Osse avec sa famille. On peut se représenter l'accueil que lui fit l'église. Malheureusement, n'ayant pas fait d'études régulières il ne put être nommé, et après deux ans de séjour il fut remplacé par M. Henri-César Mazauric,de Saint-André de Yalborgne (Gard) confirmé par une ordonnance du roi du 28 décembre 182o, Il

arriva à Osse le 6 mai Itt20 el le lendemain fut installé officiGtlement comme pasteur de l'église protestante par M. Louis, inaire, assisté des anciens et de plusieurs conseillers municipaux.

H. C. Mazauric est donc après un intervalle de eent quarante et un ans le successeur de Pierre Peirel qui avait pris congé de l'église le 16 avril 1685. Grâces à Dieu, l'église n'avait pas péri dans la tourmente. Son maintien était dû, en grande partie, à l'énergie des hommes qui se trouvaient à sa tète, soit qu'ils la soutinssent sans titres officiels, soit qu'ils fissent partie du consistoire local. Ces anciens étaient de vrais surveillants. Nous voudrions rappeler ici leurs noms, nous en connaissons quelquesuns mentionnés dans le cours de cette histoire. Dans le premier quart du siècle, nous devons signaler Fox, président du consistoire particulier, qui remplissait ses fonctions en vrai pasteur, exhortant, prodiguant ses conseils, édifiant l'assemblée.

Pendant le ministère du pasteur Mazauric eut lieu un accident qui faillit être tragique. C'était pendant l'hiver si rigoureux de 1829 à 1830; on venait de célébrer un baptême au temple ; on en avait à peine fermé la porte, qu'avec un fracas épouvantable la toiture de l'édifice, chargée de neige, s'effondra. Ce fut une nouvelle occasion pour le peuple d'Osse de montrer son dévouement à son église ; chacun apporta son obole pour la reconstruction, le gouvernement y joignit un secours de 300 francs.

Malheureusement le boisage employé ne valait rien et au bout de six ans, il fallut reconstruire la charpente en cœur de chêne. Ces travaux nécessitèrent de nouveaux secours du dehors. l'Etat donna 500 fr. et la commune 550 fr. Celle-ci du reste intervenait annuellement pour les frais du culte protestant depuis l<Sli>. Privée de son temple par ces différents travaux, la congrégation se réunissait dans le bas de la maison Coulou, transformée en lieu de culte provisoire.

Les dernières années du ministère de M. Mazauric furent troublées par une fâcheuse opposition que lui firent certains membres de l'église. Il mourut à Osse en 1845. Son excellente compagne l'avait précédée clans la tombe de quelques mois.

Après une vacance de dix-huit mois, M. le pasteur Nicolas Gerber, natif de Ste-Marie-aux-Minè s (Haut-Rhin), quittait l'église qu'il venait de fonder à Troyes ( Aube:, pour prendre la direction

de cette paroisse de montagne. « Comment avez-vous quitté une » église de ville qui vous était chère, pour venir au milieu de » nous, qui vous sommes des inconnus i », lui demandaient nos montagnards. « Et, mes amis, qu'est mon sacrifice comparé à » celui de Jésus-Christ, qui a quitté le ciel pour venir ici-bas. » J'ai été ému de vos appels dans nos journaux religieux et je » me suis dit : les villes trouveront toujours des pasteurs, l'église » d'Osse, par son isolement, risque d'en être longtemps privée. » Ainsi me voilà parmi vous. » Cette parole sublime peint l'homme que 1 église d'Osse a été heureuse et fière de posséder pendant dix ans et dont la mémoire est vénérée par notre peuple (1846-1856).

La grande préoccupation de son ministère fut d'assurer l'existence de l'école protestante qui avait été fondée en J 841. L'école communale était dirigée dans un esprit clérical, les élèves protestants étaient froissés journellement dans leurs convictions religieuses. Le consistoire particulier, à la suite de plaintes réitérées, se décida à appeler un instituteur protestant, M. Lebrat ; l'école fut installée dans une maison prise à loyer. Des souscriptions particulières et les subsides de la Société d'Instruction primaire parmi les protestants de France, aidèrent l'église à l'entretenir. M. Gerber réunit assez d'argent pour acheter la maison Lassalle pour l'école, et la maison Sarralangue pour dégager les abords du temple. Après un séjour de dix ans, il retourna en Champagne.

Il fut remplacé, après quinze mois de vacance, par M. Béziat de Castelmoron (Lot-et-Garonne) qui, plus heureux que lui, obtint la communalisation de l'école protestante en 1860, laquelle fut depuis lors dirigée par M. Callon, jusqu'à sa suppression par les lois scolaires de 1882.

A M. le pasteur Béziat (1858-1864), succéda M. le pasteur Frédéric Lacroix, des Bordes (Ariège) (1864 à 1871), après qui fut nommé Fauteur de ces lignes, né au centre de la France. On le voit, si les ministres d'Osse avant la Révocation portaient tous des noms béarnais, dans notre siècle les Cévennes, l'Alsace, l'Agenais, le comté de Foix et le Berry lui ont fourni des pas-

teurs. Les deux instituteurs sont venus du Vivarais. Ces hommes venant des différents points du territoire national pour desservir une église perdue dans les Pyrénées, montrent qu'il n'y a plus de provinces religieuses, mais une seule Église Réformée dans la patrie française.

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