CHAPITRE DEUXIÈME LE PASSÉ
La guerre est, hélas, aussi vieille que l'humanité. Les peuplades que, dans des temps fort reculés, la violence obligea de chercher une retraite dans les rochers d'Aspe,y trouvèrent avec un sûr abri, des ressources qui leur permirent de vivre isolées du reste du monde. Il ne nous est malheureusement pas possible de suivre, à travers les âges, cette prise de possession, par Thomme, de ces gorges et de ces plateaux tout couverts de forêts vierges qui, encore au xne siècle, valaient à ce pays le nom de « Sombre ». Nous ne pouvons qu'inférer de la découverte au plateau d'Ipère d'une hache en silex, certainement importée de loin, que la vallée avait déjà été parcourue à l'âge de pierre ; mais, par suite de l'absence de documents locaux, nous devons renoncer à en décrire le passé jusqu'au xe siècle de notre ère.
Cependant la vallée se rattache à l'histoire générale en tant que voie de communication praticable en tout temps, aussi devons-nous commencer cette étude en parlant des différents peuples qui l'ont traversée et dont plusieurs y ont laissé des traces de leur passage. Nous exposerons ensuite soit les querelles des Aspois avec les vallées avoisinantes, soit leurs conventions avec les habitants des plaines, dont ils obtiennent des pâturages d'hiver pour les troupeaux. Puis, après avoir décrit la vie intime de ce peuple à la fin du moyen âge, nous essaierons de raconter les phases de la constitution d'une commune de la vallée en prenant comme type le village d'Osse. Enfin nous ne serions pas complet si nous ne donnions quelques aperçus sur les Cagots, race étrange qui a longtemps tenu une place à part dans ce pays.
1° Les Conquérants et les envahisseurs dans la Vallée d'Aspe.
De bonne heure elle a été traversée par des conquérants ou des peuples é migrants, soit dans un sens soit dans l'autre. D'après l'abbé Menjoulet1, Ton pourrait retrouver dans la vallée des traces des guerres puniques. Lorsqu'Annibal se rendit en Italie il y aurait fait passer une partie de ses troupes. « Les » Echelles d'Annibal (Scake Annibalis) se retrouveraient du côté » d'Etsaut. » On rapporte même que les Carthaginois auraient forgé à Urdos leurs armes les mieux trempées.
Ce qui est plus certain, c'est le passage à travers la vallée de la grande voie Romaine qui, de César- Augusta (Saragosse) conduisait à Beneharnum (Lescar), en passant par Summum Pyrenœum (Somport), Forum ligneum, le marché au bois qui correspond peut-être à Urdos, Aspa luca (Accous) et Iluro (Oloron). L'inscription latine du pont d'Escot portant qu'un duumvir ou magistrat de la cité d'Oloron, du nom de L. Valerius Vernus, a l'ait rétablir deux fois cette route, et une pierre milliaire trouvée à Somport, où sont gravées les lettres suivantes : ILURO MP, sont les vestiges de cette voie. Il est probable que les Romains s'assurèrent de l'amitié des habitants de la vallée, et les traitèrent comme des alliés, respectant leur indépendance, afin de conserver, en tous temps, le libre parcours de leur voie militaire.
En 407, les hordes innombrables des Alains, des Suèves et des Vandales voulant franchir les Pyrénées, échouèrent devant la résistance vigoureuse des montagnards et se rejetèrent dans l'intérieur des Gaules, où ces barbares commirent d'inexprimables ravages. Deux ans plus tard, les troupes régulières de l'usurpateur Constantin leur livrèrent les passages des Pyrénées, par où ils allèrent porter en Espagne la dévastation et la terreur
Les Visigoths, qui occupèrent la Novempopulanie de 420 à 507,
• I. — La Chronique du diocèse d'Oloron, t. I, p. 33.