lrc Epître de St.Tean. chap. IV. v. 8 à II
Cette parole d'amour, qui autrefois conquit le monde romain, est encore aujourd'hui, selon l'expression de l'apôtre St Paul, la puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient l. Mais la foi est la manifestation la plus libre qu'on puisse demander à l'âme, on ne l'impose ni par un sacrement, ni par une inscription sur un registre d'église. C'est le mouvement le plus individuel qu'on puisse imaginer, ou elle n'est rien. C'est non en organisant une institution, mais en relevant les âmes, l'une après l'autre, que Jésus-Christ a fondé son église qui ne se compose que de vrais croyants. Cette notion d'église s'est profondément altérée à travers les siècles : la pensée divine est devenue une puissance humaine qui a tout envahi et va jusqu'à remplacer l'Évangile. La formule papale : hors de Véglise pas de salut retentit à la place de l'invitation apostolique: « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé. 2 »
Les sacrements, signes extérieurs, ont remplacé la foi ; l'église, loin d'être la libre association des croyants, se compose d'un clergé qui y commande en maître et d'un peuple qui lui est aveuglement soumis. Rien de plus variable du reste que la matière de la foi. Chaque siècle voit naître des dogmes nouveaux. Sous Louis XIV, l'église de France mettait le Concile œcuménique au-dessus du pape, aujourd'hui le pape est reconnu infaillible. Le dogme étrange de l'immaculée conception est proclamé obligatoire. La religion du sacré cœur et des apparitions miraculeuses se substitue de plus en plus aux derniers vestiges de l'Évangile. Bossuet eut jadis le courage, quand on venait de chasser les protestants de la France, d'écrire l'histoire des variations de leurs églises (1688); s'il revenait en ce monde, il pourrait écrire comme contre-partie, l'histoire des variations de l'église romaine, tant elle diffère aujourd'hui de