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Même mot qu'Abadie, abbaye

grande patrie française. Leur charte, dont la valeur était souvent contestée, fut remplacée par la liberté civile, politique et religieuse. Aussi la Révolution fut-elle acclamée avec un enthousiasme indescriptible par ces républicains de vieille date.

4° Les communautés ou municipalités de la vallée

d'Aspe.

Depuis un temps immémorial, la vallée d'Aspe comptait dix communautés qu'on pouvait en dernier lieu classer ainsi. Dans le vie supérieur : Borce capdulh, Urdos, Etsaut, Cette-Eygun et Lescun1. Dans le vie inférieur : Accous capdulh avec Jouers ; Bedous avec Sarrance et Orcun ; Lées et Athas ; Osse avec son bordallat de Lourdios, enfin Escot. D'après leurs noms, ces villages semblent bien antérieurs au christianisme, car on ne peut dire, comme en tant d'autres lieux, que ce soient les édifices consacrés au culte chrétien qui les aient constitués, aucun d'eux ne portant le nom du saint sous l'invocation duquel s'est construite l'église paroissiale.

La vie particulière de ces communautés s'affirma successivement par les élections qui s'y faisaient pour les députations à l'Assemblée générale du Tilhabé, puis parles constitutions des paroisses, enfin par la création d'un fonds commun destiné à pourvoir aux besoins locaux. Au xvie siècle elles furent constituées en municipalités distinctes.

Le rôle que la religion remplit dans l'établissement de ces petits centres nous oblige de retracer ici à grands traits l'histoire religieuse de la vallée. D'abord ses sombres forêts furent témoins des rîtes sanglants du culte des anciens Gaulois, comme en fait foi le monument druidique découvert non loin du fort de Portalet. Il reste encore dans le pays quelques traces de ce culte primitif. La fontaine des Arcats, près d'Accous, est pour quelques-uns douée d une vertu particulière, et ses eaux bourbeuses

1. — La terminaison gun ou cun signifierait-elle près do : ainsi, Eygun près de l'aygue (l'eau) ; Lescun, près de Lées : Orcun <hi Orgun près du ruisseau des Ors; Laguii près de la lande V

reçoivent encore dos linges et des petits vêtements d'enfants malades que le génie de la fontaine est sollicité de guérir, Palassou raconte comment au siècle dernier les habitants de Lescuii croyaient le pic d'Anie habité par les génies des orages qui toujours viennent sur eux de cette hauteur. Ils étaient même assez disposés à faire un mauvais parti aux touristes téméraires qui allaient provoquer ces génies malfaisants dans leurs terribles solitudes. Je me rappelle qu'un jour, comme je descendais du pic prétendu enchanté, une vieille femme se mit à soupirer : « Hélas ! nous allons avoir de la guêle *. »

Après que les Romains se furent installés dans la vallée, les indigènes ajoutèrent au culte des fontaines et des phénomènes de la nature les formes plus élégantes de la religion des vainqueurs. Les Sarrasins durent y professer leurs croyances et la plus ancienne des églises de la vallée, celle de Jouers, aurait servi, d'après une antique tradition, à la célébration du culte de Mahomet 2.

Dans ces temps reculés, les habitants des différents villages n'avaient entre eux aucune administration particulière déterminée ; ils dépendaient de la confédération ou assemblée générale qui, maîtresse souveraine du pays, disposait des terres, des pâturages et des forêts selon les besoins des différents « locs » ou groupes d'habitants. Ceux-ci étaient appelés voisins, viciai ou besiis. Comme ils ne pouvaient tous se rendre à l'assemblée générale, ils prirent d'assez bonne heure l'habitude de désigner ceux d'entre eux qui pourraient y siéger au nom de tous, et ceux-là devinrent les alcades ou jurats de la vallée, dont l'autorité, loin de se restreindre à leur village, s'étendait également sur tout le pays.

La vallée attira enfin l'attention des missionnaires chrétiens qui durent fréquemment la franchir; vers le milieu du moyen âge3, des moines vinrent y travailler à la conversion des habitants encore païens. Ils s'établirent au centre même du pays, au

1. — Palassou raconte les étranges embarras où se trouva M. de Borda d'Oro, savant, naturaliste, passant à Lescun à son retour du pic d'Anie. .Voir ses Observations sur lu vallée d'Aspe, p. 24 et. suivantes.

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