Menjoulet. Chronique d'fHoron, t. Il, p. 322 et
» camps de la campaigne de haut à cause de las grandes ou a » des (gelées) quy a fait l'hiber proche passât que tout habitan I 5 nou a Ja froment en son camp ou en partide dequet sera » en libertat d'y semiar milh ou nhlloc (mais), blat (orge ou I «avoine) ou so qui trouvara a sa meilleure commo ;ta . ab délibération expresse resolude en la présente a Mri de . que la dite campagne demourara bedade et goardade ( e l e „ et gardée) entre lou jour et leste de la Toussam ou da^an- ,> tare si besoin es a la counechence de messieurs lous jurais, » et°es aussi conbiengut et arrestat que la dite campmgne se „ retournara semiar corn uso et coustume sens qu aucun 1 ab.- . tan se pousque formaliser de bouler maubirar la campagne » Les fortes gelées de ce terrible hiver avait donc obligé de changer Tordre des cultures réglé par l'assemblée gênera e des Litants. Il s'agit qu'il ne soit pas troublé au delà d une d flxe pour que l'Assemblée puisse le régler de nouveau Cette organisation, qui visait certainement l'avantage des pasteurs ieur permettant, quand les récoltes étaient rentrées de mett e leurs troupeaux dans l'une des deux campagnes celle du nord ou celle du sud, explique comment nos pettts eh amp ne son pas séparés, ce qui permettait d'utiliser complètement le sol si mesuré que les habitants pouvaient mettre en culture
Lorsque la communauté était pressée d'avoir de 1 mgent, on vendait soit des terres communes aux particu liera, oit des droits de coupe de fougeraie ; cela se ht souvent dans le couis
d™seembt de la communauté se composait de : tous les chefs de famille qui possédaient une sorte de petit hef comprenant la maison au village, un ou plusieurs ehamps, deux ordinairement, un dans la « lande » d'en haut, u, dau , ce M d'en bas, où les cultures s'alternaient chaque année. A cela ue.ques^ns ajoutaient une prairie »1 oog du les bords du Gave (Salhet), et une borde ou grange su, le liane
dÏÏÏK de chaque maison signa.ent avec la particule de suivie du nom de la maison, qui était désignée d après sa ositmn, soU par rapport au vil.age ou vielle (de mêla) ainsi : Supe^ièlle, Capdcv.clle, Susbm.le, Minvicllc ou Mcdeuelle,
Estremau, Pourtau, Laclède ; suit par rapport à l'église ou sanctuaire : Sopessens (super sanctis , Soussens fsub sanctis), D&rrélagleise ; soit par rapport à la grande vue (via) : Superbie, Soubie, Carrère, Laplace ; soit par rapport à la grande tour de Ga\ rosse, située au centre du village : Latour, Darrélatour; soit par rapport au ruisseau : Larricq, Larriè, Pou ou bien à la fontaine, Fondevielle. Les autres désignations des maisons viennent de leur apparence extérieure : Casamajou, l'Hautecase, Casavielle, Casanoue, Maison, Maisonnabe, Casteig, Lasalle, Casabonne, Loustau, Mirande, Poulide, Mirassou (qui regarde le soleil , Bassou, etc., ou bien d'un arbre qui les signalaient : Higué, Tilbé, Brucbou, Castagne, Nouqué ; encore du champ ou du jardin qui l'avoisinait : Casau, Casalot, Candau, Lalannes, Lagon (près de la tonde), Lavigne, Prat, Pratot, Coudures. D'autres noms de maison viennent du métier professé par les habitants ou d'une particularité : Latisnère, Moulia, Trouil (pressoir), ou de nobles emplois : Doumecq, Claverie. Beaucoup sont dus probablement à la situation qu'occupait dans les montagnes la borde appartenant à ceux qui firent bâtir la maison du village : Lasserre, Cousté, Laborde, Lacoste. Mais il y a bien d'autres noms dont les signitications et le sens nous échappent aujourd'hui.
La maison et non la famille, comme nous l'entendons aujourd'hui, formait comme la monade primitive du village. La maison abritait souvent plusieurs ménages, deux, trois et quatre générations. Elle gardait autant que possible tous ceux qui naissaient sous son toit. Il n'y avait qu'un héritier, ordinairement l'ainé; les autres frères, les cadets, restaient dans la maison qui les entretenait en retour de leur travail. Tout ce qu'ils gagnaient au dehors y revenait. S'ils étaient bergers, il y avait autant de troupeaux que de cadets. Parfois il arrivait qu'un cadet se mariât, chose rare ; alors on lui constituait une dotation, et il obtenait de construire contre la maison principale un appentis qui lui servait de logement. De là ces diminutifs qui désignent la petite maison à côté de la grande : Casteig, Casteret, Casanoue, Casanauet, Larrose, Larrouset, Cristau, Cristalet, Araban. Arahancl, Asserx, Asserquet, Curet, Curetet, Nouqué, Nouquerei, etc.. etc. Les chefs lie ces maisons dérivées et secondaire* avaient au^.>i leur voix a rassemblée générale de la conunu-
nauté qui, chaque année, le lundi de Pâques, renouvelait l'administration locale. En 1694 elle se composait de quatre jurats, huit députés, deux gardes, huit bugalers et deux mudalafres1. Trois jours d'avance, les jurats convoquaient les habitants en assemblée générale à laquelle étaient soumises les questions à délibérer. Les noms des habitants sont tous inscrits au procèsverbal ainsi que ceux des jurats.
La communauté d'Osse avait son code de police locale, comprenant plus de quatre-vingts articles réglant les services des eaux, des bois, des pâturages, les amendes, etc. Le livre qui contient ces ordonnances de police s'appelle le coutumier, c'est le plus ancien document des archives d'Osse. On y lit que le 27 octobre 1584, les jurats du lieu, ayant fait préparer d'avance le dit livre, en firent donner lecture au peuple assemblé dans l'église, après quoi ils recueillirent les suffrages et « la plus grande part quasi tous » approuvent et ratifient ces articles pour être observés de point en point selon leur forme et teneur. En est aussitôt dressé « acte d'éternelle mémoire » 2. Si cette assemblée solennelle avait lieu après la réformation de l'Église, laquelle était de nature à donner à de libres citoyens le sentiment de leur valeur, n'oublions pas que les ordonnances ainsi ratifiées avaient été observées et gardées par leurs prédécesseurs.
1. — Les Bugalers, appelés aussi Appréciatous deus granadges et fées (estimateurs des cultures et des serments), et les Mudalafres, étaient des agents subalternes, dont les fonctions semblent correspondre ;i celles de nos gardes champêtres ou de montagne. Les derniers étaient chargés de la surveillance du village et de ses abords. Les autres des différents quartiers du territoire communal : champs, pâturages, forêts.
2. — Voici cet acte : Au nom de Diu sappicn toutz présent/, et advenir que lou vingt et sept deu mes doctobre mille cinq centz oeytante h quoatte estans assemblatz et congregatz toutz lous juratz besins manans et habitans deu locq dOsse a conseilh mandat aixy que an acoustumat se assemblai- fens lou temple deudit locq, estans juratz l'an presenl Pes de Goadain, de Ramonet d'Apoey en companie de toutaj Ions autres besins ou la plus grand part daquetz fou legit lou présent libe de coustumes, ordonnances et poulicies deudit locq item pcr item ci mot per nuit lousquoals et loustoutz après aber lousditz juratz rechoelil las boutz deu poble la plus grand pari et quasy toutz laudafl et aboao el ratiûquan et conffentin de un bon et agradable cousentimenj
La communauté, maîtresse d'elle-même, s'administrait sans contrôle el réglait à son gré toutes ses petites affaires qui n'avaient pas d'ailleurs grande portée. C'étaient l'examen des comptes annuels, l'adjudication du droit de boucherie qui revenait à la communauté, les réparations à l'église, aux fontaines dans les pâturages communaux, les constatations de frontières, etc., etc.. L'assemblée générale des habitants d'Osse adjuge tous les ans, au moins offrant, la jouissance des cabanes ou cajolars de la montagne qui sont propriété commune ; on paie d'un à quatre francs la location de chacune d'elles. Elles sont aujourd'hui la propriété de deux ou trois bergers qui les en! retiennent à leurs frais.
Outre ces affaires purement locales, elle en a d'autres à traiter, soit avec les autres communautés du vie d'en bas, soit avec l'assemblée du Tilhabé. C'est ainsi qu'en 1708 elle a à délibérer au sujet d'un médecin : « Es raportat per lou dit Pierre d'Audap, » jurât, qu'une assemblade deus jurats deu vie de Baix es estât » proposât per lou Sr de Laclède médecin sy las communautats » deud vie de Baix voulen afermar per médecin penden un an » lui lous offrine sou service et de far sa fonction lorsqu'in » sera requerit per lous habitans qui en auren besoin ab soin » et exactitude et per aepouder far plus facilement et utilement » lui prometter de non s'engadgear aillours à la charge que » las dites communautats deu vie de Baix lou bailleron de gad- » ges la somme de quoate cens francs bourdales et que lui » renonsaré a tout dret de toutes las visites qui lui tare aux » dits habitans de quinhe qualitat et condition que sien las fasen » gratis au moyen desdits gadges. »
et boum1 volontat toutz Ions precedentz artigles et poulicies et coustumfîs et ordonnances ft que cum per sy davant aqueres son estades en lertiengudes et observades per lous autres lors predecessours aussy que dores en abant sian observades entertien«rudes et goardades de punt en punt seLr(>n la fourme ft tenour dequetz seinx pes y unifier oy diminuir de que ft deu toul I *» u s dits juratz en requerin actea eternau mémo rie. Actum a Osse de fens lou temple lou susdit jour et an que dessus, presentz et testimones Guillamot de ïariosse et Hamon deu besoitdeu lne^ d'Aretle et Joan de Bille coadgitor de Gratian de Goadhan •de Bedous notary d'Aspe quy l<»us presentz artigles et ordonnances a la requesition deusditz. juratz retiengou et i >« * r aute man sy escriber et de la sienne signa. Ainsy signât Joan du Bille.
Pendant la guerre de succession d'Espagne, les affaires militaires prennent une large place. On sait que la vallée pourvoyait elle-même à la défense de son territoire et qu'elle avait une garde préposée à cet effet. Le 44 février 1707, Tordre de M. le duc de Gramont est communiqué à la communauté d'Osse d'avoir à prélever par le sort trois soldats sur les cadets de famille et à défaut sur les aînés. C'était à l'assemblée générale d'opérer ce prélèvement. Sur la constitution de l'armée Aspoise voici une délibération qui nous fournit de précieux renseignements : « Du 7 octobre 4708 en la mediche assemblade es estât » représentât par Jean d'Audap jurât deu présent locq que s'es- » ten rencontrât a Fassemblade généralle de la vallée au locq » d'Accous capdulh deu vie de Baix que Monsieur de Lassalle- » Athas maire de la dite vallée et Monsieur de Laclède loctenent >> de maire dequere qu'aben eds man (en mains) une ordon- » nance de Monseigneur lou duc de Gramont pourtant per » aquere que la dite vallée es et sera tiengude de fournir lou » nombre de septante soldats et dus tambours, et aquets seran » nommaz et eleguz a l'assistance de Monsieur lou capitaine de » la dite vallée qui es Monsieur de Lurbe et des dits Ps de » Lassalle et de Laclède maire et loctenent de maire et per lous » sieurs jurats de la vallée a condition que deu dit nombre deus » dits 70 soldats et dus tambours que la dite vallée es tiengude » de fournir que 50 soldats deu dit nombre de 70 et un tambour » seran per la compagnie de M. de Lurbe et que lous vingt hom- » mes restans et un tambour seran per complir la compagnie » de M. le chevalier de Denguin. »
Ces deux compagnies sus-mentionnées étaient-elles consacrées à la défense des passages d'Aspe ? ou bien seule celle de M. de Lurbe ? et les Aspois auraient-ils été dans ce dernier cas obliges d'aller servir en dehors de leur territoire? C'est un point qu'il serait intéressant d'éelaircir.
Ce prélèvement de troupes rencontrait parfois des difficultés. C'est ainsi qu'en 4706, le Major chargé de l'enrôlement des recrues de la vallée avait levé cinq soldats de plus qu'il n était prescrit, trois dans le vie d'en bas et deux dans celui d'en haut. Les jurats de celui-ci se trouvant, « fort greugeats » font intimer une requête aux jurais «lu vie de Baix, disant qu'ils ne veu-
lent plus contribuer à la milice des soldats ordinaires qu'après jugement de leur requête, Et comme la cause est commune à toute la vallée, ils prient les « loeqs de Baix « de délibérer s'ils sont en état de « poursuivre la requête ». C'est ce que décide l'assemblée d'Osse. qui remet ses pouvoirs au jurât Esperaber pour s entendre avec les jurats du vie de Baix pour « perseguir la requeste ».
On a mi précédemment que parmi les privilèges de la vallée était la dispense du logement militaire, mais on comprend qu'alors il fut nécessaire d'y établir un lieu d'étape où les troupes fussent reçues et nourries. Or. il y avait un village en Aspe qui, par sa situation centrale, était tout désigné pour remplir cette charge onéreuse, c'était celui qui passait pour suspect en matière religieuse. On y avait logé des soldats au début et au cours de la guerre, on les y logea au retour. A la fin de 1708, l'armée française rentre d'Espagne et le 5 novembre Osse reçoit l'avis d'avoir à loger dix escadrons de cavalerie, et la municipalité prise à l'improviste et n'ayant plus d'argent dans la « bourse commune », doit emprunter, pour les achats de bœufs, moutons, avoine et orge, afin qu'on ne puisse rien lui reprocher. Le 7 novembre deux régiments de dragons sont annoncés. Le village, qui est à bout de ressources, prie les communautés d Aeeous et de Bedous de loger ces troupes à titre de restitution. Ces passages se multiplient pendant le terrible hiver de 1700. Les habitants, ruinés par ces charges considérables aussi bien que par les gelées qui ont détruit leurs récoltes, proposent de s'entendre avec les autres lieux de passages de troupes : Oloron. May, Pontacq et Arudy1, pour s'adresser directement au Roy afin d'obtenir indemnité et soulagement, formulant ainsi les motifs de cette requête : «• La présente vallée se trouvan fort » greugeade et extraordinairement accablade à cause deux af ara » extraordinaris qu'elle a souffert despux dus autes ans et par- » ticuliarement la présente annade concernen las despenses que » la dite vallée a sufrageat pour subvenir aux subsistences de » las troupes qui an passât et lodgeat en la présente vallée
1. — Il est à remarquer que tous ces endroits avaient possédé des KjjHm's Ht fnrmées avant
» particuliarement l'aïinade passade à la cavalerie et Tannade » présente à 36 bataillons et 2 escadrons, dound las despenses » smit fort excessives, ainsy qu'es notary a cause de la grande » cîiartat des vivres. »
Enfin, Tannée suivante, en février 1710, un conflit s'élève entre les habitants d'Osse, qui avaient logé trois mille trois cent trentetrois fantassins et ceux de Lourdios qui faisaient alors partie de la même communauté et refusaient de prendre leur part aux charges des logements militaires. Ces derniers furent condamnés à payer pour ce qui les concernait 15 arditz (liards) par cavalier et dix par fantassin.
Les communautés de la vallée, dans leurs rapports de voisinage avec les villages situés au delà de la frontière en Aragon ou en Navarre, avaient une grande indépendance. La communauté de Borce depuis un temps immémorial avait conclu avec la municipalité du village d'Anso en Aragon, un arrangement pour l'exploitation des pâturages des environs du lac d'Estaës. Le bois manquant sur le territoire espagnol, elle consentit à laisser les bergers d'Anso en prendre dans ses forêts, h la condition qu'un an sur cinq ces pâturages soient à sa disposition, arrangement qui est toujours en vigueur. Ces bonnes relations entre les montagnards de l'un et l'autre versant se constatent dans une délibération des jurats de la vallée d'Aspe en date du 8 septembre 1706. Les villes aragonaises d'Echo, d'Anso et d'Asso prient la vallée d'Aspe de leur porter secours, peut-être contre des brigands qui s'étaient réfugiés dans leurs parages. En bons voisins, les Aspois consentent à donner l'aide qui leur est demandé, mais la question prend tout de suite un caractère de droit international que nous voyons indiqué dans la délibération de la communauté d'Osse. Celle-ci décide d'envoyer au secours des dites villes vingt hommes sous le commandement du sieur Soubie, jurât, mais elle leur fait en même temps défense de traverser la frontière sans l'ordre exprès de M. le duc de Gramont.
Cette grande liberté d'allure, dont jouissaient avant 1789 les villages de la vallée d'Aspe, n'est-elle pas bien faite pour étonner notre génération encore toute imbue du système de centralisation à outrance qui, depuis Louis XIV, courbe tous les esprits sous une règle commune et étouffe toute initiative individuelle?
Nous verrons plus tard comment cette liberté, dont jouissaient tes Aspois dans le domaine politique, leur était refusée dans le domaine religieux.
6° Les Cagots de la vallée d'Aspe.
Les Cagots des Pyrénées ne sont pas des crétins comme Littré l'affirme dans son dictionnaire, ils ne forment pas une race à part, selon une opinion fort commune, mais appartiennent plutôt à une caste qui, au moyen âge, vivait à part du reste de la population. Ils étaient parqués dans une espèce de gJietto, d'où ils ne pouvaient sortir que marqués d'un signe infamant qui les fit connaître1.
On peut encore voir à Accous et à Lescun les quartiers des Cagots ou Chrnstiaas. Mais les préventions et même lanimosité dont ils étaient jadis les objets ont à peu près disparu, nous pouvons donc traiter de ce qui les concerne dans le chapitre relatif au passé de la vallée.
Depuis le beau travail de M. Y. de Rocbas2, il semble qu'il n'y ait plus de doute à avoir sur l'origine de ces infortunés, qui par leurs caractères pbysiques sont absolument de même complexion que les autres habitants du pays.
Palassou avait déjà établi :
1° Que les Cagots ne sont affectés d'aucune maladie qui leur soit particulière :
2° Qu'ils ne diffèrent des autres habitants ni dans leurs mœurs, ni leur constitution physique ;
3° Que le peu d'étendue du lobe de l'oreille n'est point le caractère distinctif de cette caste 3.
M. le docteur de Rochas faisait ses recherches en médecin et en physiologiste, non dans les ouvrages des savants, qu'il savait consulter au besoin, mais en allant visiter, interroger, étudier les familles réputées cagotes, soit à Chubiloa près de Bt-Jean-Pied-de-Port, à Bficheléna près de St- Etienne- de -