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Grande Encyclopédie, article Cagots, par Léon Cadiër

2. — Y. ik* Kuclias. Lps htrinsrir France et (ï Espagne, Paris, !*"»*>. in-s .

3. — Mémoires pour servir à f histoire naturelle des Pyrénées tA des pays adjacents, Pau, imp. Vignanconr, 1815, in-8u. |>. :J.I7.

Baïgorry, à Bosate dans la Navarre espagnole, où se trouve vivant complètement séparée une population assez considérable de Cagots, soit encore en Béarn tout le long du Gave d'Oloron et d'Aspe, c'est-à-dire à Escos, Salies, Sauveterre, Sus, Gurs, Dognen, Préchac-Josbaig, Lurbe, Bedous, Accous et Lescun. Il établit d'une manière péremptoire que les Cagots ne présentent aucun caractère physique ou pathologique qui les distingue des peuples où ils se trouvent. Ainsi les Cagots basques ne diffèrent des autres Basques ni par la conformation du crâne, ni par le teint, la couleur des cheveux, ni par le langage. De leur côté, les Cagots du Béarn présentent les mêmes caractères que les autres Béarnais. Or, s'ils appartenaient à une race particulière, comme depuis des siècles et des siècles ils se sont toujours mariés entre eux, ils auraient dû conserver leurs caractères propres, c'est ce que physiologiquement il est impossible de fonder. M. de Rochas, en rapprochant les règlements qui leur étaient imposés de ceux auxquels les lépreux étaient assujettis, arrive à cette conclusion naturelle que les Cagots n'étaient autres que les descendants de gens atteints de la lèpre blanche, qui est infiniment moins grave que l'éléphantiasis ou lèpre tuberculeuse. « Nous répugnerions à admettre, dit-il, que la » descendance des lépreux 1 proprement dits ait pu se perpétuer » jusqu'à nous dans l'état où nous connaissons les Cagots » contemporains, sans presque renouveler leur sang par des » alliances étrangères, tandis que nous comprenons le fait, si » les progéniteurs n'étaient que des ladres blancs ou faux » ladres. » Du reste, le docteur de Rochas semble avoir peu de confiance dans les médecins appelés jadis à se prononcer sur l'état des lépreux, et il cite ce quatrain satyrique sur l'incapacité des hommes de l'art d'autrefois :

« Homs qui ne set bien discerner

Entre santé et maladie

Entre la grand mezellerie

Entre la moyenne et la mener » (mineure).

1 - Oiul y ait ou des familles de lépreux, cela résulte de ce passage d'Henri Martin, Histoire de Fravve, t. IV. p. 546. a Ils vivaient non ,H.inl isolés, mais en corps, en famille et se perpétuaient comme un peuple hideux dans ces cités empestées (ladreries). »

El il s'étonne que l'illustre A.mbroise Paré, médecin d'Henri 11 o( créateur do la chirurgie moderne, parlant des GagOtfl qui u onl la face belle et le cuir poli et lissé no donnanl aucun » indice de lèpre par dehors » puisse on dire : « telle ardeur et » chaleur estrange leur sort du corps, ce que par expérience » j'ai veu, quelque l'ois l'un direux tenant en sa main l'espace » d*une heure une pomme fraische, [celle après paroissoij aussi » aride et ridée que si elle eust été l'espace de huil jours au « soleil. Or lois ladres sont blancs et beaux quasi comme l»1 » reste des hommes ».

La vallée d'Àspe étant un lieu de passage, la lèpre devait y faire son apparition et s'y répandre plus qu'ailleurs. Cette affreuse maladie, apportée d'Orient par les soldats de Pompée, ne tarda pas à se répandre dans toutes les provinces de l'empire. Galion nous apprend que l'empereur Adrien envoya en Aquitaine, fort éprouvée par ce mal, un fameux médecin de Rome.

Les invasions successives occasionnèrent une recrudescence de ces maladies lépreuses, qui trouvèrent dans les conditions déplorables de la vie et do l'alimentation de nos montagnards un terrain trop bien préparé.

En effet, malgré l'excellence de l'eau et la pureté de l'air, la misérable nourriture des montagnards des Pyrénées a produit, comme en Suisse, des maladies locales, goitre et crétinisme, que des précautions hygiéniques et une meilleure alimentation font disparaître chaque jour.

Quand les premiers apôtres du Christianisme vinrent s'établir dans la vallée d'Aspe, les .nombreuses victimes de la lèpre trouvèrent auprès d'eux non la guérison, mais la commisération et des soins dévoués. Elles furent placées sous la protection des religieux de St-Jeân-de-Laché, qui les groupèrent dans des cabanes établies près d'eux au quartier de Carolle, non loin de Bedous.

Comme ils étaient là à l'abri du besoin, il on vint de tous les points de la vallée. Et il dut se produire alors ce que Guillaume bouchot raconte dans un passage do son livre '« des Serées » cité par M. de Rochas, qu'il y avait des gens qui n'étaient ladres ni au dedans ni au dehors, qui faisaient semblant

de l'être pour trouver un asile et du pain assuré l, et d'ailleurs étaient reçus comme ladres tous ceux qui étaient atteints de quelque maladie de peau plus ou moins grave, pourvu qu'elle se présentât à l'état chronique.

On appela ces malheureux Mesegs ou Cagots (ce dernier vocable venant de Cakod, mot celtique qui signifie lépreux). Lorsque l'Église les prit sous sa tutelle, elle leur donna le nom de pauperes Lazari, dont on a fait Ladres, ou de pauperes Christi, dont on a fait en béarnais Chrestiaas.

La réunion des lépreux de la vallée dans le quartier de Carolle ou auprès des prémontrés de Sarrance a donné lieu au couplet bien connu2 :

A Bedous lou bou biladge, A Bedous Cagots soun touts ; La Gagote ey de Sarrance, Lou Gagot ey de Bedous. A Bedous lou bou biladge, A Bedous Cagots soun touts.

La lèpre n'étant pas endémique dans nos régions, n'y fit qu'une courte mais terrible apparition. Mathieu Paris, en 1244, comptait 19.000 léproseries ou maladreries dans la chrétienté ; il y en avait 2.000 en France, mais vers le milieu du xvie siècle, beaucoup de maladreries tombaient en ruines et les rentes affectées à ces établissements hospitaliers étaient usurpés par des gens puissants ou en faveur. Henri IV et Louis XIII les attribuèrent « au soulagement des pauvres gentilshommes et soldats blessés ».

Quand la lèpre eut disparu, les descendants des lépreux n'en demeurèrent pas moins suspects, car ladres étaient réputés les enfants des ladres. Cet axiome admis par tous, même par Ambroise Paré qui partage cette opinion indiscutée : « Je ne voux écrire que les ladres engendrent des enfants ladres, car tout le monde le sçait. »

Les règlements qui avaient été en vigueur contre les lépreux furent appliqués sans merci à leurs descendants.

La législation mosaïque, faite pour un pays où la lèpre existait à l'état endémique, retranchait le malade de la société de ses semblables, mais prévoyait le cas où il pourrait y rentrer par

1. - Voir aussi la Chronique du diocèse ri'OInron, t. I, p. 256.

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