‹ OsseChapitre 40 sur 132 · Dictons du Pays de Bèarn, par V. Lespy · texte numérisé non relu

Dictons du Pays de Bèarn, par V. Lespy

suite de guérison. L'Église <lu moyen âge (tant la terreur qu'inspirait ce fléau riait profonde), subit le préjugé du temps, d'après lequel La lèpre, quels qu'en soient les caractères ou le degré, était incurable, et celui qui en était atteint était définitivement relégué loin des autres hommes. Pour lui il n'y avait plus d'espérance du côté de la terre.

Après que le prêtre eût prononcé sur lui ce terrible arrêt : « Désormais mort au monde, vis éternellement pour Dieu seul », le patient, revêtu d'un suaire et placé dans une bière, entendait l'office des morts. Puis on lui donnait une robe, deux chemises, un baril, une écuelle, un entonnoir, une baguette, des cliquettes ou une crécelle 1 et le prêtre lui faisait expresses défenses : « d'entrer dans les églises, aux marchés, aux moulins, fours et autres lieux où il y a affluence de peuple, de laver ses mains ou son linge dans les fontaines, de sortir sans certains oripeaux rouges qui le fassent reconnaître de loin, de toucher aux objets qu'il voulait acheter, lesquels il devait indiquer avec une verge nette, d'entrer dans les tavernes pour acheter du vin qu'on devait lui apporter dans la rue, d'aller jamais sans chaussures et sans gants. Il devait de plus toujours se placer sous le vent de ceux à qui il adressait la parole, et après sa mort il était enseveli dans un lieu séparé 2 ».

De même, les Cagots habitaient loin des villes ou des villages, dans des quartiers cachés derrière des bouquets d'arbres ou séparés par des cours d'eau. « Tout commerce familier » avec les autres habitants leur était formellement défendu. Si » l'accès des Églises ne leur était point interdit, ils y occupaient » une place à part, où une barrière les séparait du reste des » fidèles ; un bénitier particulier leur était affecté et le pain » béni leur était jeté et non offert dans la corbeille. Quelquefois « même ils étaient exclus de la sainte table, les prêtres refu- » saut de les entendre en confession et de leur administrer les » sacrements. Enfin on les ensevelissait à pari dans un coin du » cimetière commun \ »

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