Grande Encyclopédie, article Gagot, par Léon Cadier
Les lépreux d'abord, puis les Cagots, reçurent la défense de porter des armes aiguisées : « Nous défendons que frère mezel » ne porte, ni ait sur lui, ni en son huchet, ni ailleurs, coutel a » pointe, ni hache, ni espée, ni broche de fer ni d'acier, m de » autre cose, dit la coutume d'Amiens1.» Les Etats de Béarn défendent, selon « les anciens règlements, aux Cagots, de porter » armes à feu, ni aucune arme tranchante avec pointe2 ». Etaitce pour qu'ils ne pussent répondre par de vraies pointes aux sarcasmes et aux insultes qui ne leur étaient pas. ménagés ?
Les religieux qui avaient pris les lépreux sous leur protection leur avait appris Fart de travailler le bois. Ils étaient devenus bûcherons, scieurs de long, menuisiers. Les Cagots furent assujettis à ces mêmes professions en Béarn, « on les obligeait a » faire les cercueils et cà construire les potences pour i'exeeu- » tion des criminels. Les Cacous de Bretagne, qui étaient cor- >, diers pour la plupart, avaient une charge analogue : celle de » fournir des cordes pour le même objet3 ». En 1379, les Cagots passent de gré cà gré un contrat avec le vicomte de Béarn (Gaston Phœbus) pour la construction du château de Montaner ; les deux premiers signataires sont : Johanet, crestiaa d'Atsaùt d'Aspe, et Peyrot, crestiaa d'Acos.
Les chrestiaas, en Béarn, « n'étaient ni au-dessus m au-dessous des serfs, mais en dehors de toute hiérarchie sociale ». Ce sont des hommes libres qui passèrent le contrat que nous venons de mentionner, et cependant selon le for de 1288, « le nombre de sept personnes de cette condition était nécessaire pour valoir la déposition d'un homme ordinaire4 ». Selon M. de Rochas « cette incapacité relative d'ester en justice tenait comme les autres règlements humiliants auxquels ils étaient soumis, à l'infirmité réelle ou supposée dont ils étaient atteints». Autant en faisait-on des lépreux : « Mésiaus ne doivent pas être oys en témoignage, car coutume s'accorde qu'ils soient déboutés de la conversation d'autres gens. » (Coutumes de Bauvoisis.)