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PREMIER RÉFORME

Le Catholicisme, tel qu'il se présente de nos jours, est l'œuvre des siècles. Jésus-Christ n'a laissé aucune règle pour le gouvernement de son Église. Les premiers groupes de chrétiens, portant le beau nom de fraternité, n'étaient composés que de frères égaux entre eux et participant tous au gouvernement de la communauté. Le fameux pouvoir de « lier et de délier » que le clergé Romain s'attribue, appartenait non à Saint Pierre ou à Saint Paul, mais aux membres des Églises. « Vous êtes rois et sacrificateurs », disait le premier aux fidèles. Quant au second, il ne prend pas sur lui de condamner ou de remettre en grâce un pécheur scandaleux. Il demande aux membres de l'Église de Corinthe de le frapper, puis de l'absoudre1. La nécessité de donner aux communautés chrétiennes un gouvernement qui leur permit de résister à d'habiles adversaires, l'abandon des ans, l'ambition des autres, mirent bientôt à leur tète des hommes qu'elles choisissaient et qui les consultaient pour les décisions de quelque importance. Ce clergé fut d'abord local, puis les anciens et les évêques des villes, plus instruits que ceux des campagnes, s'habituèrent à être consultés et à diriger les autres, ce qui constitua l'épiscopat, bientôt organisé par provinces, à la tète desquelles on mit un métropolitain. Enfin et au-dessus de tous, l'évêque de Rome acquit vers le vie siècle une place prépondérante, et le Concile du Vatican de 1870, en lui reconnaissant l'infaillibilité en matière doctrinale, supprima, de ce fait, pour les affaires de l'Église, non seulement la consultation des

t. — I Pierre II, v. 9, et 1 Corinthiens, V, v. Il Cor., II, v. Mi.

simples fidèles ou du bas clergé, mais encore celle des évêques et des plus hauts dignitaires.

Des modifications semblables se rencontrent dans l'histoire des dogmes et du culte.

L'Église Chrétienne n'avait d'abord pour règle que les écrits des apôtres. Mais bientôt la nécessité s'imposa de définir une doctrine dont les contours assez vagues ne suffisaient pas à mettre les fidèles à l'abri de certaines erreurs. Pour cela on emprunta à la philosophie grecque des définitions et Ton enferma la foi dans des symboles qui, n'étant pas tirés directement des écrits apostoliques, leur semblent plus ou moins étrangers. On déclara indispensable au salut l'acceptation de ces formules, qui n'avaient pourtant pas leur point de départ dans l'Écriture Sainte. L'autorité de celle-ci en fut diminuée considérablement, on en interdit même la lecture aux fidèles.

Enfin, le culte chrétien, qui dans son principe ne consistait que dans la prière et la fraction du pain, s'est surchargé de pratiques fort nombreuses, empruntées soit au judaïsme (costume des prêtres), soit au paganisme (autels, images, processions, flambeaux, etc.). L'histoire, d'ailleurs, a enregistré avec soin les dates de chacune des innovations introduites, soit dans le gouvernement, soit dans la doctrine ou le culte, chacune d'elles ayant été l'objet de discussions très vives et de protestations fort nombreuses.

On appelle réformateurs ceux qui, considérant l'Écriture Sainte comme l'autorité souveraine en matière de foi, ont essayé d'en suivre seules les prescriptions. Avant le grand mouvement religieux du xvie siècle, nous mentionnerons Vigilance et les Albigeois, comme intéressant plus particulièrement notre région.

Le Christianisme était à peine répandu dans cette partie des Gaules, lorsqu'on vit s'y élever un de ces réformateurs. Vigilance était né à Quintilis, aujourd'hui Cazères (Ariège) Esclave de l'historien Sulpice Sévère, dont il gardait le bétail, il fut affranchi par son maître et fait prêtre de la cité aujourd'hui disparue de

l. — Histoire de Vigilance, esclave, prêtre et réformateur des Pyrm infos au v" si foie, par N;q>. Peyrat. Paris, Grassart, 1855. Voir aussi l'art. Vigilance, Encyclopédie des Sciences religieuses.

Caliguris, située non loin de Toulouse. Il l'ut envoyé par Sulpice Sévère porter des aumônes aux moines de Palestine, et s'arrêta en y allant chez le bordelais Paulin, qui s'était constitué le gardien du tombeau de St Félix à Noie, en Campanie. Il passa quelques jours auprès de Jérôme et des cénobites ses compagnons. Mais à Bethléem comme à Noie, il fut affligé de voir une méconnaissance profonde de la simplicité et de la candeur évangélique. Le paganisme avec sa mythologie poétique, l'ascétisme oriental et sa vie contemplative, étaient également éloignés de la virilité chrétienne et de l'activité féconde qu'elle réclame de ses adhérents. Il ne peut comprendre ces moines qui fuient le combat en se retirant au désert, et se sépare de ses amis. Au nom de la sainte liberté des fidèles, il proteste énergiquement contre la tyrannie qu'exerçait déjà l'évêque de Rome, opposant les richesses inouïes du prétendu successeur de St Pierre, cause de tout le mal, à la pauvreté du Christ et de ses premiers disciples. Il s'éleva avec non moins de vigueur contre l'adoration des saints, l'usage des reliques, les processions, les cierges allumés de jour dans les basiliques et les scandales auxquels donnaient lieu les vigiles du veilles dans les lieux de culte. Mais le principal objet de ses attaques est le monachisme. « Que signifient ces vœux de pau- » vreté et de chasteté? Jésus-Christ a-t-il demandé rien de » pareil ? Il ne nous demande pas de fuir le mal, mais de le » combattre. Qui doit exhorter les hommes à la repentance si » les chrétiens fuient dans le désert. Il vaut mieux administrer » sagement et libéralement les biens terrestres que de s'en » décharger comme d'un fardeau. » Revenu dans son pays, son maitre, Sulpice Sévère, et Exupère, évêque de Toulouse, lui accordèrent leur concours et, puissant orateur populaire, il remua toute la Novempopulanie en tonnant contre les « idolâtres et les cinéraires », désignant ainsi les adorateurs des images et des cendres des martyrs. Pendant dix ans, sa parole retentit de la Garonne à l'Èbre et de la Méditerranée à l'Océan.

Les écrits de Vigilance ne nous sont point parvenus. Nous ne le connaissons que par ses adversaires. C'est, du reste, le sort de tous' ceux qui ont déplu aux conducteurs de l'Église romaine de ne passer à la postérité que comme hérétiques et de n'être connus que par le témoignage de leurs juges impla-

cables. La crainte que Vigilance excita nous dit assez sa puissance. Ce sont les procès-verbaux du tribunal de l'inquisition, institué pour les combattre, qui nous font connaître les Albigeois \ ainsi nommés à cause du pays où ils étaient surtout répandus au xite siècle. Ils répudiaient l'autorité du Pape et de l'Église, rejetaient « Tadoration du sacrement, l'invocation des saints » trespassez, le service des images, des reliquaires des os » morts, et autres superstitions forgées par l'Eglise Romaine, » sous titre de parole non escrite : comme du purgatoire, du » sacrifice de la messe, de l'intercession des saints, des péléiï- » nages, reliquaires, veux de continance, règles de moineries » et autres cboses semblables2 ». Leurs ministres ou parfaits portaient avec eux dans une bourse de cuir un exemplaire du Nouveau-Testament qui ne les quittait jamais. Ce qui faisait le succès de leurs croyances était la pureté de leurs mœurs. « Nous » les voyons vivre bonnêtement, ne mentir ni ne jurer3, » répondaient ceux à qui l'on reprochait de les bien accueillir. Si on a pu, d'un côté, leur faire le reproche d'avoir des doctrines manichéennes et de l'autre une morale ascétique par trop sévère, l'on peut dire que du moment qu'ils avaient accepté l'autorité religieuse du Nouveau -Testament, ils avaient dans ses divins écrits un correctif qui leur aurait permis de revenir aune conception pins fidèle de la vérité et de la pratique du Christianisme. Leurs mœurs, contrairement aux affirmations de certains historiens catholiques, étaient remarquablement pures et par elles ils portaient dignement le nom de cathares (purs en grec) qu'ils se donnaient. Ils niaient le mérite des bonnes œuvres qui n'él aient à leurs yeux que le simple accomplissement d'un devoir imposé par Dieu. Pour être sauvé, l'homme n'avait, selon eux, d'autre moyen qu'une pénitence radicale suivie d'un changement absolu de vie. L'on sait comment le pape Innocent III fit prêcher contre eux la croisade qui, au commencement du xme siècle,

1. — Histoire des Cathares ou Albigeois, par C. Schmidt, 2 vol. in-8°. Paris, Cherbuliez, 1849.

2. — Histoire des Martyrs, de Jean Crespin , 1619, réimprimé à Toulouse, 1885, 1 vol., page 57.

3. — Histoire du Christianisme, par Etienne Chatel. Paris, G. Fischbacher, 1882, tome III, p. 467.

ensanglanta le Midi de la France. Ne doit-on pas voir leurs descendants dans les nombreux protestants qui s'y trouvent encore ? L'auteur de la Chronique du diocèse d'O/oron nous raconte que, lorsque Gaston VI, vicomte du Béarn, prêta l'appui de son épée à l'infortuné comte Raymond de Toulouse, il y eut dans la cathédrale de Sainte-Marie des profanations commises par les routiers du vicomte, qui répandirent sur le sol des hosties consacrées. Même l'nn d'eux, revêtu des habits pontificaux, se mit à chanter la messe, à prêcher et à recueillir les offrandes de ses compagnons. On se demande si des catholiques eussent jamais pu commettre un tel sacrilège ? Et pour l'expliquer, il semble naturel d'admettre que, dans la suite du vicomte qui était accusé d'avoir donné asile au meurtrier du légat, Pierre de Chateauneuf, il y avait des gens gagnés aux opinions des Albigeois1.

Si nous ne pouvons établir d'une manière certaine que les doctrines des Albigeois se soient répandues dans notre pays, les historiens de ces malheureuses victimes de l'Inquisition sont d'accord pour nous les représenter comme cherchant un refuge dans les vallées reculées des Pyrénées où, marqués de la croix rouge de la pénitence et exclus des Églises, les populations catholiques n'auraient pas tardé à les confondre avec les Cagots. Privés des ministres qui les avaient enseignés, surveillés de près par l'Inquisition, vivant dans des terreurs continuelles, les pénitents perdirent peu à peu le souvenir de leur ancien culte et acceptèrent le catholicisme. Ainsi s'expliquerait la requête adressée à Léon X par les Cagots de la Haute-Navarre, où ils affirment que leurs ancêtres avaient professé l'hérésié des Albigeois et que c'était la raison qui les faisait couvrir d'infamie 2.

Le mouvement de la Réformation devait avoir une influence autrement grande dans la vallée d'Aspe. Le xvie siècle est marqué par la Renaissance et la Réforme. L'esprit humain y rompt les

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