‹ OsseChapitre 57 sur 132 · Bordenave, page 133 et suivantes · texte numérisé non relu

Bordenave, page 133 et suivantes

foyer principal de la conjuration, où la populace, fanatisée par l'abbé de Sauvelade, le cordelier Pesquitez et l'avocat Tasta, se soulève, prend comme otage le ministre Ponteto et un marchand de Lagor, François de Laborde, et tient tête pendant huit jours aux soldats de la reine. A la prière de Ponteto, celle-ci fit grâce aux coupables et l'affaire en resta là.

La réunion des États du Béarn qui suivit cette* tentative fut des plus nombreuses. On y vit une foule de catholiques fanatiques qui n'avaient point coutume de s'y rendre. L'évêque d'Oloron Claude Régin était à la tête de l'opposition, la reine lui en témoigna sa surprise en lui rappelant « qu'il l'avait autrefois conseillée de n'aller à la messe », et refusa de retirer ses ordonnances de 1566. Les députés catholiques lui demandèrent la liberté de rentrer chez eux. Elle leur fit répondre que « les mau- » vais sujets et serviteurs n'ont pas besoin de congé, qu'elle ne » voulait les forcer de rien, qu'ils demeurassent ou qu'ils se reti- » rassent selon qu'ils voudraient, combien qu'elle eût fort désiré » qu'ils eussent mis fin à toutes les autres affaires qui concer- » liaient le bien public, en quoi ses sujets la trouveraient toujours » aussi facile à leur accorder toute juste requête1 ». Les seigneurs catholiques se répandirent alors dans le pays pour chercher à l'agiter, sans y réussir. Gramont fit partout respecter l'ordre. Le bruit ayant couru que des fanatiques, conduits par le baron de Lusse, seigneur basque, complotaient d'enlever la reine, on vit les montagnards de la vallée d'Ossau, catholiques et protestants, accourir pour la défendre 2.

Ne pouvant réussir en Béarn, les mécontents crurent que la Basse-Navarre se prêterait mieux à leur dessein. On persuada aux Basques, qui s'étaient jusqu'ici montrés réfractaires à la réforme, que la reine voulait attenter à leurs libertés religieuses et politiques. Mais le mouvement fut assez vite arrêté par la présence du jeune prince de Béarn, qui fît droit à quelques justes réclamations des Navarrais, dont la bonne foi avait été surprise.

La réunion des États qui suivit cette échauffourée, en 1567,

Page 1