Bordenave, page
2. — MHc de Vauvilliers. Histoire de Jeanne d' Alb r et, reine de Navarre, 2e édition, Paris, Leblanc, 1823, tome II, p. 33.
fut un vrai triomphe pour la reine Jeanne. Jamais on ne les avait vus si nombreux : les sujets fidèles s'y pressaient pour (MoulVer les voix factieuses. Les évèques furent les plus empressés. Même celui d'Oloron se chargea de traduire en béarnais les épitres et les évangiles, et I on y décida que les prédications seraient faites désormais en langue vulgaire.
La réforme semblait être complètement implantée en Béarn lorsque cette paisible contrée fut bouleversée à la suite des événements qui agitaient la France. Malgré l'édil de janvier 1562 qui leur garantissait la liberté religieuse, les huguenots avaient été forcés de prendre les armes, plutôt encore pour défendre leur vie que pour soutenir leurs droits ; malgré deux: guerres terminées par les édits d'Amboisc et de Longjumeau, partout les protestants étaient impitoyablement poursuivis et massacrés. Les villes étaient semées de leurs cadavres. « Il eu périt dix mille en trois mois1. » Le prince de Coudé et les Chàtillon, décrétés do prise de corps, s'enfuirent à La Rochelle, où ils se trouvèrent à la tète de l'armée la plus considérable qu'ils eussent commandée. On essaya d'enlever Jeanne et ses enfants qui se trouvaient alors à Nérac. Mais confiant au baron d'Arros la lieutenance de son royaume, elle réussit à tromper ses adversaires et à rejoindre l'armée des princes. Avec elle était une armée de quatre mille hommes, toute la fleur de la noblesse béarnaise ; elle laissait ainsi son pays à la merci du roi de France.
Catherine de Médicis avait su s'y ménager des intelligences. Les quelques seigneurs béarnais, mécontents du changement de religion, les deux chapitres d'Oloron et de Lescar, les remuants barons basques et en particulier de Lusse, qui avait reçu le collier de l'ordre de Saint-Michel, malgré sa prise d'armes contre sa souveraine, organisent la remise au roi de France des États de Jeanne d'Albret, que Ton prétend être prisonnière à La Rochelle. Le baron lieutenant, surpris par la rapidité avec laquelle ce complot est exécuté, n'a que le temps de se jeter dans Navarrenx
1. — De Ft'lice. Histoi re des Protestants de France, Toulouse, T édition, p. 195, et Henri Martin, Histoire de France, 4' édition, tome IX, p. 232-234.
avec une partie de ceux qui étaient restés fidèles à la reine. Toutes les autres villes sont tombées au pouvoir des révoltés et la guerre civile avec toutes ses horreurs est déchaînée de toutes parts. Bientôt une armée étrangère viole le territoire béarnais et y sème partout la terreur. Charles IX a commissionné Antoine de Terride, comte de Lomagne, pour gouverner les États de sa tante, lesquels pour la première fois sont témoins des horribles excès que peut enfanter le fanatisme. Nous ferons connaissance dans le chapitre suivant avec quelques-unes des malheureuses victimes dont l'histoire nous a conservé les noms. Le sang coule à flot dans ce malheureux pays où jusqu'alors « nul n'avait » été offensé en sa personne ni en ses biens 1 ». Et à côté des nombreux réformés mis à mort, il faut noter des catholiques dont le crime était leur fidélité à leur souveraine.
Cependant la place de Navarrenx, à peine approvisionnée, fit meilleure résistance que ne s'y attendaient les chefs de l'occupation étrangère. Terride vint l'assiéger avec toutes ses forces disponibles, et pour décourager ceux qui y avaient cherché un refuge il saisit leurs biens et fit brûler leurs maisons. Le brave de Salle termine ainsi une lettre à Jeanne d'Albret : « Ils sacca- » gèrent arsoir (hier au soir), ma maison de Sales et Marsan. » Dieu soit loué ! » Cette énergie des assiégés eut raison des français et des basques et permit à la reine de recouvrer son pays sans faits de guerre trop compliqués. Jeanne, qui ne pouvait détourner à son profit une partie de l'armée des princes, confia à un capitaine d'une habileté consommée le soin de lui reconquérir ses États. Le comte Georges de Montgommery quitte La Rochelle avec des ordres précis, se rend en Albigeois, où il réunit en hâte une armée, se met en marche sans bagages, assuré d'avoir partout des secours de la part des religionnaires, traverse la Garonne à Miramont, près de Saint- Gaudens, sous les yeux de Bellegarde qui n'ose l'attaquer, passe sous les murs de Tarbes sans l'assiéger. Le 6 août il est à Pontacq ; le 7, il traverse le gave de Pau à Coarraze, puis passant par Asson, par Sainte-Colomme, sous les murs d'Oloron, arrive à Navarrenx au moment où les assiégeants, effrayés de son approche, viennent