Montory, commune du canton de Tardcts
2. — Martyrologue, pag€ SV.> bis et 890 de l'édition do 1619, do colle de Toulouse,* 188(J, tome 111, p. 8(35 et 860.
» clameurs, auxquels ils ne firent aucun semblant de prester » l'oreille, ainsau contraire (crevans de despit et voyans l'admi- » rable et ferme constance de la mère, qui persistoit en la » confession de Jésus-Christ, et vraie invocation du nom de Dieu), » la tormentèrent à toute outrance, tantost la trainans par les » cheveux, tantost lui donnans d'horribles coups de bastons de » bouix et exerçans leur rage en toute cruauté, ils ne sçavoycnt » que lui dire autre chose, sinon : « Parle, parle Huguenote. » » Elle, conduite tousjours par l'esprit de Dieu, monstra qu'elle » estoit du nombre des enfans d1icelui, n'ayant point receu un » esprit de servitude pour estre derechef en crainte, ains l'esprit » d'adoption, par lequel elle crioit: Abba, Père1. Et ne Volant » jamais trouvée ébranlée, elle acourageoit son mari et ses filles, » en leur disant en langage du pays : No bous estonnets y>^, » prenets courage ; car si Diu nous ha la graci d'eus retira de » ciper une si aunorable mourt, nous em trop hurous, per so » que nous nous en iram dret au ceu. Quoant à mi, io m'en » bau tres-contente, no estan pas la prunier a, qui a endurât » persécutioo per la querelle de Jésus-Christ, car ed y a agut » un nombre infinit de Martyrs qui an rachetât la vertat de » noste Religioo de lour propi sang, et qui à présent son en la > glori cternalle. Io soey toute assegurade qu'après mon » trespas io serey ab eds -.
•> Parlant ainsi, et invoquant très- ardemment le Seigneur ». Jésus, les persécuteurs Tempeschèrent de parler d'avantage, » et, jaloux de la fermeté de sa foi, mirent fin à leur cruauté par » plusieurs coups de bastons de bouix, qu'ils ruèrent sur sa tête, » avec telle fureur et violence, que la lui ayant escrasée, ils en » firent sortir et couler le cerveau, et ainsi elle expira à la veuë
1. — Citation de l'épitre de St Paul aux Romains, ch. VIII, v. 15.
2. — Voici la traduction de ces paroles : Ne vous étonnez pas, prenez courage; car si Dieu nous fait la grâce de nous retirer d'ici-bas par une si honorable mort, nous sommes trop heureux, -parce que nous nous en irons droit au ciel. Quant à moi, je m'en vais très contnitt'. n'étant pas la première qui ait enduré la persécution pour la cause de Jésus-Christ, car il y a eu un nombre infini de martyrs qui ont scellé la vérité de notre religion de leur propre sang et qui à présent sont en la gloire éternelle. Je suis toute assurée qu'après mon trépas je serai avec eux.
» de son mari et de ses tilles, lesquelles ont déclaré et témoi- » gné ce que dessus en l'an 1615. Et lesquelles enfin par leurs » pleurs, clameurs et gémissements, accompagnez d'indicible » constance, fleschirent les cœurs des persécuteurs, à ce qu'ils » se contentassent de la mort de leur mère, sans les meurtrir, » ni leur père aussi. Ce fut ainsi que cette honorable femme, » défaillant quant au corps, mourut en bonne vieillesse et ras- » sasiée de jours, en persévérance de foi et vraie piété. »
C'eut été déflorer ce naïf récit que de le transcrire dans notre langue moderne. La foi simple et vivante de Miramonde de Loustau nous montre ce qu'était celle de l'église d'Osse, foi sublime jusqu'au martyre, au-devant duquel il lui semble naturel d'aller, foi que l'épreuve fait briller d'un vif éclat, comme nous aurons d'ailleurs à le constater souvent dans le cours de cette histoire.
Le trait des habitants de Lées, venant poursuivre les Huguenots d'Osse, nous permet de juger à quel état de surexcitation les fauteurs de la guerre civile avaient monté les esprits, et le fait que les habitants d'Osse s'étaient « jetiez entre les » bras du secours de la Roine » nous est une indication que l'armée, par laquelle Montgommery délivra le Béarn et réduisit à néant le coup de main tenté par Charles IX, venait d'arriver et que l'heure de la délivrance allait bientôt sonner. Ces traits nous montrent que dans le parsan d'Oloron, comme dans les autres parties du Béarn, l'esprit de l'Évangile avait pénétré les masses profondes de la nation : ce ne sont pas seulement des ministres, mais des gens du peuple, qui par leur résistance ferme, deviennent les victimes d'une réaction fanatique. Ces héros de la foi, qui sont aussi les martyrs du sentiment national, avaient trouvé dans le christianisme mieux compris une réponse à leurs besoins religieux. Ce que les historiens catholiques affectent d'appeler la Réforme « prétendue », avait produit des actes aussi admirables que les martyres de l'Église primitive. Cette foi, réputée nouvelle, puisée aux sources mêmes de la religion chrétienne, dans les livres sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament, traduits dans la langue du peuple, inspira à ces nobles victimes du fanatisme ce courage indomptable et cette expression merveilleusement élevée et touchante de leur attachement à Jésus-Christ, leur seul et unique Sauveur.