Év. selon St Mathieu, ch. V, v
Telle est la religion de la Bible, à peu près seule pratiquée en Béarn de 1570 à 1620. Elle existe encore dans plus d'une famille béarnaise, cette foi simple, joyeuse et libre. Dans l'Église primitive, où le peuple n'avait pas à sa disposition les copies alors rares et fort chères de l'Écriture Sainte, il devait tous les jours aller à rassemblée en entendre la lecture publique l. Aujourd'hui, grâce à l'imprimerie, elle est dans chaque famille. Le père la lit au culte domestique, la mère apprend à son fils à balbutier dès le premier âge le beau nom du Père Céleste -.
Mais avant de quitter ce sujet, notons un point sur lequel Jésus-Christ et ses apôtres insistent avec une force toute particulière, comme s'ils avaient le pressentiment qu'il serait méconnu dans l'avenir : nous voulons parler de la sainte liberté des fidèles. L'apôtre Jean dans son évangile rapporte cette grande parole de Jésus-Christ : Si le fils vous
1. — La Bible est un livre très facile à se procurer, grâce aux sociétés bibliques qui se donnent pour mission de la répandre à bon marché. Parmi les traductions catholiques, nous citerons celle de Lemaitre de Sacy (1668) approuvée par Mgr de Noailles, archevêque de Paris, et celle de l'abbé Glaire, approuvée par le pape Pie IX (1861). Monsieur Henri Lasserre, l'apologète de Notre-Dame de Lourdes, avait publié, avec L'approbation du pape, une traduction des évangiles, mais la congrégation de l'index vient de l'interdire. Les versions catholiques, faites sur le texte latin de la vulgate, ne sont que des traductions d'une traduction. Les versions protestantes, faites directement pour l'Ancien Testament sur le texte hébreu et pour le Nouveau-Testament sur le .texte grec, revisé lui-même d'après les travaux des savants modernes sur les plus anciens manuscrits, sont donc nécessairement plus fidèles à l'original. On comprend d'ailleurs que la Bible étant leur seule autorité, ils ont tout intérêt à avoir des traductions très exactes. On trouve des Bibles depuis 1 franc dans la plupart des librairies. Parmi les versions les plus récentes, nous devons signaler la révision d'Osterwald, publiée en 1881 par la Société Biblique de France, 22, rue d'Astorg, Paris, et celle du professeur Segond, docteur en théologie, à la Société Biblique protestante de Paris, oi, rue des Saints-Pères.
2. — Dans ces quelques réflexions, nous ne pouvons qu'être fort incomplet, ceux de nos lecteurs qui voudraient faire plus ample connaissance avec le protestantisme, consulteront avec profit : le Manuel des Chrétiens-protestants, simple exposition des croyances et des pratiques qui les caractérisent, par Einilien Frossard. pasteur. Toulouse chez M. Lagarde, libraire, 7, rue Roiniguières. Prix 1 fr. 2o.
affranchit, vous serez véritablement libres J. St Paul est un défenseur passionné de ce qu'il appelle : la, liberté glorieuse des enfants de Dieu2. Tout est permis, dit-il, mais tout n 'édifie pas. Tout est permis, mais je ne me rendrai esclave de rien 3. Aux Galates, que des docteurs juifs voulaient soumettre aux prescriptions mosaïques, il écrit : Tenez-vous fermes dans la liberté où Christ vous a appelés et ne vous remettez pas sous le joug de la servitude... Vous avez été appelés à la liberté, que ce ne soit pas pour vous un prétexte de vivre selon la chair, mais assujettissez-vous les uns aux autres par la charité'' . Parlez et agissez, dit St Jacques, comme devant être jugés par la loi de la liberté :j. « Vous êtes rois et sacrificateurs, dit St Pierre, mais ne prenez pas de votre liberté un prétexte de mal faire, mais conduisez-vous comme des serviteurs de Dieu*. »
Certes nous ne nions pas que la liberté n'ait ses périls, mais ses avantages sont si considérables, que quand même nous ne la saurions pas voulue de Dieu, nous n'hésiterions pas à lui donner la préférence. La liberté, qui a perdu l'homme en Eden, doit le sauver par le Christ. Jésus a prédit les maux qui en découleraient. Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; ne vous dis-je, mais plutôt la division1. Déjà nous en voyons des preuves dans le Nouveau-Testament : diversité de vue entre les chrétiens juifs et ceux qui appartiennent au monde païen, entre Paul et Pierre, partis divers à Corinthe, etc. 8.