‹ OsseChapitre 72 sur 132 · Arch. Dép., E. 1093, f · texte numérisé non relu

Arch. Dép., E. 1093, f

.">. — Arch. Dép., E. 1101, 1° 26 et suivants.

gens d'Accous, mécontents, voulaient faire appel de la sentence du sénéchal d'OIoron auprès du conseil souverain de Pau. Mais craignant des longueurs et des frais pour un résultat incertain, ils se mirent d'accord avec les habitants de Lées pour une transaction.

Les deux communes décident , chacune pour ce qui la regarde, de choisir des procureurs qui désigneront l'arbitre (trancador) du différend.

A Accous, c'est dans le temple appelé vulgairement de Saint- Martin, où les habitants ont coutume de s'assembler pour délibérer des affaires communales, que sont élus Bertrand d'Usauropocq d'Accous, Bertrand d'Àbbadie de Jouers, Philippe de Gorgol ei Peyrotou deFrexo.

A Lées, c'est devant l'église paroissiale que les habitants ont été rassemblés au son de la cloche et qu'ils élisent Atonet de Sobie, Bernard de Casabielle, Arnaud de Saffores et Jean dePon des lieux de Lées et d'Athas ; ils décident en outre que si ceux qu'ils viennent de choisir parviennent à s'entendre avec le syndic d'Accous, on prendra comme arbitre M. Gatiot de Latourette, « ministre de la palaure de Diu en Aspe », avec toute autre personne qui paraîtra convenable et suffisante au syndic.

Les syndics des deux communes ne tardèrent pas à s'entendre sur le choix de Gatiot de Latourette comme arbitre (trancador et audidor de toutes leurs contestations), et acceptent d'avance sa décision.

La procuration qui revêt le ministre des pouvoirs voulus, date du 25 septembre 1589 ; elle est signée des témoins suivants : Pees de Purguette d'Osse, Me Bertrand de Casenave de Luc, habitant à Accous, et nous, François Dixau, notaire d'Aspe et Gratian d'Estanhazier, coadjuteur de Me Bernard de Sallafranque, abbé (laïque) de Borce, notaire en Aspe.

Après que les mandataires des communes et l'arbitre se furent plusieurs fois transportés sur le terrain, objet du différend, intervint une sentence qui mit tout le monde d'accord. En voici le résumé : « Les terres du salhet seront laissées comme elles » avaient été auparavant délimitées par acte public dressé parle » notaire d'Accous, Bertrand de Min vie lie, du 24 aoûl 1 182. Les » terres labourables resteront entre les mains des propriétaires

» actuels. Toutes les parties jouiront du reste pour y prendre » saligues (osiers), pierre et sable. Enfin, nul ne pourra y faire » de prairie du côté de Léez ou de celui d'Accous, sans le » consentement de la commune intéressée. » .

Cette affaire en elle-même n'a pas grand intérêt, mais elle nous éclaire sur la personne du ministre d'Osse, et c'est pour cela que nous l'avons rapportée. Nous y saisissons, sur le vif, son influence pacificatrice. Nous y voyons la confiance que lui témoignent librement des populations qu'on a longtemps crues absolument réfractaires à la Réforme. Enfin ce qui est encore plus caractéristique, c'est de constater dans cette affaire le profond changement produit dans les esprits des habitants de Lées, si fanatisés en 1569 contre les habitants d'Osse : eux qui voulaient alors ni plus ni moins les exterminer tous, sont maintenant les premiers à réclamer l'intervention du ministre dans l'arrangement de leurs propres affaires. Qu'on ne dise pas ici qu'ils ont dù probablement céder à des influences considérables, car quelles raisons auraient-ils pu avoir pour ne pas poursuivre, purement et simplement, ce procès où jusqu'ici ils avaient eu tous les avantages. Voilà que ceux qui étaient, vingt ans avant, si acharnés contre leurs voisins, consentent librement à un arrangement pacifique. Gomment l'expliquer, si ce n'est par l'influence de cet esprit évangélique se répandant parmi les hommes et produisant des sentiments de concorde et de paix.

Certainement, nous avons ici une précieuse confirmation que le Béarn n'était pas alors sous un régime de terreur et de sang, comme on l'a trop souvent répété. Et comme on reconnaît l'arbre à ses fruits, l'on peut reconnaître ici le vrai caractère du régime inauguré par Jeanne d'Albret et pieusement continué par ses enfants, Henri d'abord et puis Catherine de Bourbon, à laquelle son frère, devenu Henri IV de France, avait laissé la régence de son royaume de Navarre. C'était véritablement un régime de conciliation et de paix. L'amitié entre les hommes découle bien de la véritable religion, selon la parole du Christ : « A ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous » avez de l'amour les uns pour les autres. »

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