PAUL DE LESCUN
La vallée d'Àspe a la gloire d'avoir donné son nom au héros, au martyr de la foi réformée et de l'indépendance nationale du pays de Béarn. Paul de Lescun, conseiller du conseil souverain et député à la Cour pour la défense des églises réformées, mettant au-dessus de son intérêt particulier la cause des libertés béarnaises et de la foi protestante, ne recula devant aucune démarche, aucun péril pour concourir à leur maintien. Il a bien mérité de sa patrie et de ses coreligionnaires. Son nom, à peine connu de nos jours, doit être tiré de l'oubli et remis en honneur.
Lorsqu'Henri IV fut devenu roi de France, ou que, selon son joli mot, il eût annexé la France à la Navarre, il avait juré de respecter les fors du Béarn, et jamais il n'aurait permis qu'on portât atteinte aux privilèges de sa patrie bien-aimée, un des plus beaux fleurons de sa couronne. Marie de Médicis et Louis XIII avaient renouvelé le même serment. Mais les évêques du Béarn allaient faire facilement revenir ce dernier sur un serment prêté à des hérétiques. Quoiqu'ils ne représentassent qu'une infime minorité, ils demandèrent, au mois de mai 1616, la remise de tous les biens ecclésiastiques et en particulier des temples et des cimetières, la présidence des Etats du Béarn et la nomination au conseil souverain d'un nombre de catholiques égal aux protestants ; et pour servir mieux leur cause, ils firent paraître un écrit intitulé : Avis véritables aux catholiques du Béarn (1 51 5), où ils montraient les avantages et la légitimité de la réunion du royaume de Navarre à la France. La question religieuse se doublait donc ici d'une question politique.
C'est à partir de ce moment que Paul de Lescun monta sur la brèche pour la défense de l'indépendance du Béarn et la liberté
des églises réformées. Il descendait, par une branche latérale, delà famille dont il portait le nom, famille honorée jadis d'une des douze baronnies du Béarn, et dont les titres étaient en ce moment entre les mains du comte de Gramont1. Il était seigneur de Pietz, terre située aujourd'hui dans le canton d'Arzacq. Après de sérieuses études, il était devenu avocat et membre du conseil souverain de Pau. Doué d'une imagination vive, d'une volonté énergique, d'une activité dévorante et joignant à un sens droit une foi sincère, il s'était souvent signalé par son éloquence et devait montrer plus tard que, s'il savait manier la plume, il saurait au besoin tenir une épée. Aux avis favorables il répliqua par La Réponse à l'avis par un surveillant béarnais, ce qui provoqua une polémique de brochures violentes, dans lesquelles les défenseurs anonymes de la cause catholique s'abaissèrent à des attaques personnelles à l'adresse de Lescun et du président du conseil souverain, Gazaux, dans un style d'une grossièreté incroyable.
Comme il soutenait cette guerre de plume, Lescun fut député à la cour par l'assemblée de La Rochelle, qui voyait dans les affaires du Béarn une menace pour toutes les églises de la réforme française et qui, d'ailleurs, avait à se plaindre d'atteintes graves et nombreuses à l'édit, telles que : enlèvements d'enfants, profanations de sépultures, abolitions de lieux d'exercice, expulsions de pasteurs, etc., etc. Lescun, au nom des églises du Béarn, lit entendre à la cour un langage ferme, montrant combien étaient exorbitantes les prétentions des évêques, attendu que les neuf dixièmes du pays professait la foi réformée, que les catholiques y jouissaient d'une liberté complète, qu'ils avaient même plus de facilité pour leur culte que les réformés, vu qu'il y avait plus de trois cents prêtres, outre les évêques, chanoines et prédicateurs, qu'ils avaient la messe fort proche, tandis que les réformés, en certains cantons, allaient chercher un prêche à trois lieues de leurs maisons ; que les catholiques possédaient les trois quarts des églises et les deux tiers des biens ecclésiastiques qu'ils avaient obtenus, soit en les rachetant, soit par les faveurs du pouvoir. Que le nombre de
i. — Menjoulet. Chronique du Diocèse d'Oloron, tome II, p. 210.
leurs desservants croissait chaque jour, au lieu qu'on supprimait depuis quelque temps, par l'autorité du roi, les places des ministres qui venaient à vaquer par la mort.
Ces raisons si solides étaient appuyées par des considérations politiques du plus grand poids. Les Béarnais tenaient à leurs fors et à leurs libertés autant qu'à leur propre vie. Les États, depuis trois cents ans, administraient le pays conjointement avec le souverain, qui n'avait jamais fait aucun changement à la constitution sans leur avis et consentement, et ne pas les consulter et les entendre sur cette affaire, c'était frapper au cœur une nation libre, qui n'avait rien fait pour mériter une telle disgrâce. D'ailleurs, l'indépendance du Béarn n'avait-elle pas été solennellement consacrée par Henri IV, et Louis XIII n'avait-il pas juré, à sa majorité, de n'y porter aucune atteinte ?
Hélas, l'éloquence de Lescun échoua devant le parti-pris de la cour. Favoris et ministres, gagnés à la cause du clergé, ne tenaient pas à ce que le roi prenne tant connaissance des affaires. « Ils le savaient facile, et partant capable d'entendre » la raison et ils craignaient que la question bien expliquée ne » leur fit perdre le prix de leurs ruses. » (Élie Benoit.)
Le 31 décembre 1616 eut lieu une séance décisive au conseil d'État réuni sous la présidence de Mangot; les députés du Béarn, Lescun, et Diserotte l'éloquent pasteur d'Oloron, étaient accompagnés des députés généraux des réformés et du duc de Bohan, du duc de Candale et des trois fils du duc de Laforce, gouverneur du Béarn : le marquis de Laforce, le baron Amet et le comte de Montpouillan, compagnon favori du roi. Les députés généraux, de Berteville et Maniald, parlèrent d'abord, insistant pour qu'on repoussât la demande des évêques. Enfin Lescun, parlant pour les députés du Béarn, résuma avec une mâle éloquence tout ce qu'il avait pu dire ou écrire sur l'indépendance de son pays, sur l'illégalité de la demande des évêques et sur la sainteté des promesses royales et termina en assurant qu'un exil perpétuel ou une mort honorable leur serait beaucoup plus douce que le moindre changement en la religion et en l'Etat.
On répondit aux demandeurs que le roi avait résolu d'unir le royaume de Navarre et la souveraineté de Béarn au royaume de France.
De leur côté, à la suite de cette décision, les États du Béarn, convoqués le 2 lévrier 1617, donnèrent Tordre au syndic Colom de « s'opposer à toutes dépêches et lettres-patentes qui pour- » raient être envoyées et généralement à tout acte qui avait » pour but d'établir l'union que l'on déclare contraire aux fors » du pays, tant qu'elle ne sera pas approuvée par l'assemblée » générale du Béarn ».
Ainsi, cette question de la propriété des biens ecclésiastiques, soulevée par les évêques de Lescar et d'Oloron, devait avoir pour conséquence funeste la perte de l'indépendance du Béarn, car la cour de France était dominée par 1 idée tbéologique que Dieu était propriétaire de ces biens et qu'ils devaient nécessairement être à la disposition de ceux qui, aux yeux du roi, étaient ici-bas les seuls représentants de la divinité.
Il nous semble étrange, après la révolution de 1789, de contester à une nation le droit d'user à son gré des biens considérables détenus par l'Église et que les ancêtres ont laissés dans un but d'utilité publique, surtout quand cette nation, qui avait modifié sa croyance religieuse, en faisait un usage légitime. En Béarn. ces biens, administrés à part, servaient au payement des ministres, à l'éducation nationale, aux soins des pauvres et aux hôpitaux, et aussi à la défense des libertés locales par l'entretien de la garnison de Navarrenx, place de sûreté, qui avait pour but de garantir l'indépendance politique du pays. Une partie de ces biens avaient été vendus. La reconstituer était une grosse affaire. Il ne s'agissait de rien moins que de bouleverser le pays, en déchirant les contrats auxquels ces terres avaient donné lieu depuis cinquante ans et porter ainsi atteinte aussi bien au droit naturel des particuliers qu'au droit public. On comprend que les catholiques modérés étaient eux-mêmes opposés à une semblable mesure1. Malgré tout, l'édit fut donné au mois d'octobre 1617 et pendant trois ans, le gouverneur, le conseil souverain et les États de Béarn repoussèrent unanime-
L — a Les évêques n'ont aucune charge ni adveu de ceux au nom » desquels ils parlant, ains au contraire s'ils sçavoient leurs demandes, » ils les rejetteroient comme contraires à leurs privilèges et à ce qu'ils » ont ci-devant poursuivy et obtenus eux-mêmes. » — Mémoires de Lescun, Bibl. de Pau.
ment toutes les tentatives de la cour pour le faire accepter. Ils ne cédèrent qu'à la violence.
Le fils d'Henri IV, le petit-fils de Jeanne d'Albret, devait brutalement briser la fière nationalité béarnaise. Il devait lui porter au cœur le coup mortel en l'attaquant à la fois dans ses droits civils, politiques et religieux. Après trois ans de résistance unanime et énergique, Louis XIII vint en personne en Béarn, à la tête d'une armée, pour faire exécuter l'édit que lui avait dicté le clergé de France. Rien de plus lugubre que son arrivée à Pau. Ce peuple, qui savait jadis si bien témoigner à ses princes son enthousiasme et son amour, garde un morne silence. Le roi commande, brise le conseil souverain, réforme les États, s'empare de Navarrenx, licencie l'armée béarnaise, rend à l'église romaine les temples, où il va entendre la messe, remplace l'université d'Orthez par un collège de Jésuites et laisse dans le pays une armée étrangère commettre tous les excès possibles. Cela lui prit cinq jours, après lesquels « il retourna à Paris plus » heureux et plus gai qu'on ne l'avait jamais vu et où l'atten- » daient des fêtes qui devaient durer tout l'hiver ».
En effet, l'armée royale fut loin d'être une simple parade. Les soldats venaient conquérir, et comme on ne leur opposa aucune résistance, ils remplirent le rôle de convertisseurs : « On n'enten- » dait sortir de la bouche des plus modérés, dit Elie Benoît1, » que des menaces de punition exemplaire ; de pendre, de tran- » cher la tête, d'abolir dans tout le royaume la religion réformée, » qu'ils appelaient maudite religion; de chasser tous ceux qui en » feraient profession, ou de leur faire porter quelque marque » d'infamie. Les soldats rompaient les portes des temples, » démolissaient les murailles, déchiraient les livres et les » tableaux où les commandements de Dieu étaient écrits. Ils » volaient et frappaient à coups de bâton et d'épée les paysans » qui venaient au marché de Pau, présupposant qu'ils étaient » tous huguenots. Ils forçaient les réformés qui leur tombaient » entre les mains à faire le signe de la croix et à se mettre à » genoux quand la procession passait. Les femmes n'osaient
2. — Elie Benoît, tome II, p. 295, cité par G. de Félice, Histoire du Protestantisme de France, T édition, Toulouse, 1880.
» paraître dans les rues Il y ao eut quelques-unes qu'on
» faisait jurer, parce qu'elles étaient grosses, de faire baptiser » leurs enfants à l'Église romaine quand elles seraient accou- » chées. On enlevait les enfants sans qu'il fut possible de les » recouvrer ; et tout cela se faisait sous les yeux du roi, sans » qu'on put obtenir même qu'il en écoutât les plaintes. Dans le » reste du pays les soldats vivaient à discrétion, publiaient » que le roi leur avait donné le pillage des lmguenots, cbassaient » les ministres, outrageaient leurs femmes et menaient bommes » et femmes à la messe à coups de bâtons. »
Voilà comment Louis XIII rétablit la religion catholique, apostolique et romaine en Béarn et se montra bon roi à l'égard de ce peuple qui ne se défendait pas, et auquel il avait juré de maintenir ses fors et ses libertés. Les soldats obtinrent plus de conversions en quelques jours que n'avait fait la nuée de moines et de jésuites qui, depuis quinze ans, s'était abattue sur le pays. Oloron reçut six compagnies et sans doute notre vallée eut sa part dans ces affreux traitements et vit se renouveler les scènes de 15G9, quand les seigneurs catholiques, aidés des troupes françaises, se mirent à persécuter les réformés.
Tant d'horreurs n'étaient pas sans soulever de colère et d'indignation les cœurs de ces Béarnais qui, depuis des siècles, avaient joui d'une telle indépendance à l'égard de leur souverain, qu'il leur était arrivé de le déposer, lorsqu'il avait tenté de toucher à leurs prérogatives. Le despotisme les soumettaient à une rude école. Lescun, fou d'une sainte douleur, avait fait appel à ses coreligionnaires de France : « Nos ennemis sont trop » puissants et nos forces trop petites pour en pouvoir repousser » les effets; si eux-mêmes sont portés partout le clergé de » France, il est raisonnable que nous soyons assistés de ceux » qui, étant joints avec nous par union de religion, le doivent » être par le même ressentiment. »
Il avait adopté pour mot d'ordre ce vers de Virgile :
Flectere si nequeo Superos. Acheronta motebo{. Il ne pouvait accepter ce mépris de tous les droits et se 1. — Si je ne peux fléchir les dieux, je remuerai les enfers.
soumettre résigné à un tel déni de toute justice. « La force, disait-il, n'est droit que chez les barbares. » Mais que pouvait-il faire ?
Le moment était on ne peut plus mal choisi pour une résistance à main armée. La France, en paix sur toutes ses frontières, pouvait disposer de toutes ses forces pour écraser la petite principauté. Lescun avait eu le talent de faire la cause du Béarn celle de tous les protestants français. Il était en particulier à l'assemblée politique de Loudun, 1519, qui déclare ne pas vouloir se séparer avant d'avoir obtenu satisfaction sur les affaires du Béarn, et qui, sur les promesses du roi, s'était ajournée à six mois à La Rochelle. C'est dans cet intervalle que Louis XIII vint faire ce qu'il appelait la conquête du Béarn. Le moment était grave. L'assemblée, malgré les avis d'hommes d'une grande portée, comme le ministre Pierre Du Moulin et Du Plessis-Mornay, se réunit quand même. Le roi la déclara illégale1. Elle continua ses séances. Lescun la présida quelques jours, et pendant qu'elle organisait la résistance, les Béarnais essayaient de se soulever.
1. — Avec nos idées modernes, il nous semble étrange que l'Éclit de Nantes ait consacré le droit des protestants de tenir des assemblées générales pour s'occuper de leurs affaires politiques et militaires, relatives à l'exécution de l'Édit et à leurs places du sûreté. Nous comprenons encore moins que la parole royale n'ait pas suffi au maintien de la liberté des citoyens. Mais il faut se souvenir que dans ces temps de fanatisme religieux, la volonté du roi dépendait souvent d'un jésuite déclarant hérétique le quart du royaume et trouvant des arguments pour que les promesses solennelles et même les édits irrévocables n'aient aucune valeur. Quoi de plus nécessaire alors pour les huguenots que d'avoir des garanties matérielles. C'est ce qu'avait compris le génie d'Henri IV et que méconnut celui de Richelieu. L'observation loyale des édits eût été le seul moyen d'apprendre aux Français à vivre en paix les uns vis-à-vis des autres, et quand cette tolérance mutuelle fût passée dans les mœurs, les garanties matérielles de l'Édit auraient été abolies par suite de leur inutilité. Mais comment le fanatique Louis XIII pouvait-il observer un Édit qu'il subissait par contrainte. Son confesseur, le Père Arnoux, lui disait : « Les promesses du roi sont ou de » conscience ou d'Etat. Celles faites aux huguenots ne sont pas de cons- » cience, car elles sont contre les préceptes de l'Église et si elles sont » d'Etat, elles doivent être renvoyées au conseil privé, qui est d'avis de » ne les point tenir. » Cité par G. de Félice, Hist. des Prot., p. 314. C'est en vertu de maximes semblables que, du moment que les protestants n'eurent plus de garanties extérieures, ils furent écrasés par la violence et que les droits les plus élémentaires leur furent retirés.
Le gouverneur, le due de Laforce, qui s'était prononcé pour la résistance, avait fait appel, avec l'appui des Etats, aux capitaines des Parsans, pour réunir les troupçs béarnaises, licenciées par le roi. Une tentative de s'emparer de Navarrenx, que tenait fortement le baron Poyanne à la tète de troupes franeaises, échoua misérablement. Le capitaine Bensin occupa, par l'ordre du gouverneur, avec soixante hommes, les tours de Salles-Mongiscard. Poyanne, ne prenant conseil que de lui-même, marcha contre les troupes protestantes et les somma de qui! ter la place. Bensin lui dit qu'il n'en ferait rien sans l'ordre du gouverneur. Pendant ce temps, Poyanne de son côté, de sa propre autorité, levait et faisait venir des troupes. Bensin fut forcé de capituler et sortit à la tête de ses hommes avec les honneurs militaires. Ce fut l'occasion d'une nouvelle calamité pour leBéarn. Laforce, accusé d'avoir fait occuper les tours de Mongiscard, d'avoir fait prendre les armes à trois capitaines des Parsans abolis par le roi, d'avoir laissé l'assemblée des églises réformées faire des collectes pour soudoyer l'ancienne sénéchaussée du Béarn, dut s'enfuir et le duc d'Epernon arriva le 24 avril 1621 à la tête d'une armée en Béarn, qui fut soumis en quinze jours. Cette nouvelle invasion fut l'occasion de nouvelles atrocités, et Laforce fut remplacé par le maréchal de Thémines. C'était le régime du sabre, imposé à ce malheureux pays.
Au mois d'août suivant, nous retrouvons Laforce àMontauban, qu'il eut l'honneur de défendre avec succès. En effet, Louis XIII s'était décidé à frapper un grand coup. A la tête de son armée, il arriva à Saumur qu'il enleva à un vieillard inoffensif, le fidèle ami de son père, l'honnête Duplessis-Mornay. De là, après vingtsix jours de siège, il s'empara de St-Jean-d'Angély, et puis de Çlairac, qui fit aussi une résistance vigoureuse, et enfin vint échouer au siège de Montauban ; obligé de l'abandonner, il est également arrêté devant les murs de Montpellier, où il dut accepter de traiter avec les protestants. Il leur promit l'exécution de l'Édit de Nantes et leur laissa deux places du sûreté : Montauban et La Bochelle.
. Ainsi la politique cléricale de Louis XIII avait abouti à une guerre civile, qui fut sans profit pour le roi et pour les protestants, dont il avait augmenté les méfiances. Ah, comme Henri IV
comprenait autrement son rôle de roi, se mettant au-dessus des partis et garantissant par sa seule autorité les libertés des uns et des autres.
Lescun ne vit pas le résultat négatif de cette levée de boucliers, à laquelle il avait contribué pour une bonne part. L'assemblée de La Rochelle venait à peine de se séparer, qu'il fut arrêté. Déclaré coupable du crime de haute trahison par le parlement de Bordeaux, il fut condamné à la peine de mort. Sa famille fut dégradée et tous ses biens confisqués. Un jésuite se présenta pour l'assister à ses derniers moments, il repoussa ses services. Après avoir été traîné sur la claie, on lui trancha la tête et ses membres furent écartelés. Sa tête fut exposée à la porte de Royan la face tournée du côté de La Rochelle. Ce fut avec la plus grande sérénité qu'il alla au devant de Celui qui juge justement.
Ainsi périt le héros de l'indépendance du Béarn. Ainsi les hommes firent taire cette voix implacable et cesser les battements de ce cœur qui ne pouvait prendre son parti de l'injustice. On l'a traité d' « habile sectaire1 ». Habile, si l'on prend ce mot dans le sens que lui donnait le comte de Gasparin, lorsqu'il disait que la plus grande habileté c'est la sincérité ; de cette façon-là, Lescun fut habile. Mais si l'on veut entendre par là celui qui, par des menées artificieuses, arrive à ses fins, convenons que ce mot s'applique mieux à ses adversaires. Quant au mot de sectaire, ne désigne-t-il pas celui qui place la cause de son parti avant celle de Dieu et des hommes? Ici rendons à chacun ce qui lui est dû et reconnaissons que ce vocable ne convient pas à notre martyr.
Son supplice eut lieu le 18 mai 1622. Quelques mois plus tard, Laforce recevait le bâton de maréchal et deux cent mille écus.
L'âme ardente de Lescun vit encore dans les écrits qu'il a laissés, dans ses Mémoires et son Apologie des Églises du Béarn, où il venge la Réforme des calomnies dont on s'est plu à la noircir.