‹ OsseChapitre 80 sur 132 · Archives des Basses-Pyrénées, E. n · texte numérisé non relu

Archives des Basses-Pyrénées, E. n

lions suivantes : « On affecta un vieux château au culte réformé, » il était flanqué d'une forte tour et une cloche, la plus grosse » du pays, y était suspendue... Le nouveau temple, inauguré » en 1805, a été élevé sur les ruines de l'ancien ; il a les mêmes » fondements et par conséquent les mêmes dimensions. » Ce qui pourrait confirmer cette assertion, c'est qu'à la suite de travaux faits en 1870, on a mis à découvert les fondements de la tour, placée au sud-ouest de l'édifice. Cette tour, qui était un clocher, servait probablement d'auvent et d'entrée à l'édifice.

Quoiqu'il en soit de l'origine du temple, il n'en est pas moins vrai que l'acquisition de cette propriété et son appropriation furent entièrement faites par les réformés qui, dans le choix de cet emplacement, laissèrent percer leurs sombres pressentiments à l'égard de l'avenir. Entouré de propriétés particulières et caché derrière des murs élevés, il fallait traverser une cour privée pour s'y rendre. Ils n'osaient pas exposer au grand jour le sanctuaire d'un culte tenu en suspicion. Autour du temple était un terrain assez restreint qui, jusqu'à la Révocation et depuis 1789 jusqu'en 18o8, a servi de cimetière pour la population protestante.

Le synode de Morlaas en 1025 rappelle aux églises l'arrêt du précédent synode tenu à Orthez \ relatif à leur devoir de construire des temples. Nous aimons à croire que les fidèles d'Osse, dont le zèle était depuis longtemps à l'épreuve, ne furent pas au nombre de ceux dont la lenteur provoqua cette décision.

Mais la construction des lieux de culte n'était qu'une bien faible partie des nécessités du moment. Il fallait créer des ressources et organiser fortement les égli-ses pour qu'elles puissent vivre à l'aide du concours des fidèles. Il fallait surtout pourvoir au maintien de leur union et au fonctionnement de leur discipline.

La discipline des églises du Béarn est toute imprégnée de la grande idée chrétienne du sacerdoce universel : Jésus-Christ est le seul, l'unique médiateur, le seul nom donné aux hommes par lequel ils sont sauvés de la condamnation éternelle. Aussi sup-

. 1. — Ch. L. Frossard. Iji Discipline Ecclésiastique du pays de Béarn, 1». et Bulletin <lr la Société des Sciences, Rettres et Arts de Pau, 2e série, tome XX, p. 179.

pression de tous les intermédiaires que Rome a mis à côté de Jésus-Christ ou lui a substitués, qu'ils soient dans le ciel comme la vierge Marie et les saints, ou sur la terre comme les prêtres et leur hiérarchie. L'œuvre de Christ s'étend à tous, et tous ceux qui en sont les objets doivent témoigner leur foi par leurs œuvres et leurs paroles.

Également éloignés de l'incrédulité moqueuse, négation de toute religion, et de la superstition qu'enfante la peur d'un Dieu justement courroucé, les réformés proclament avec St Paul et St Augustin la soumission fdiale de l'homme à son Père céleste, avec lequel Jésus-Christ l'a réconcilié. C'est ce que la théologie appelle la justification par la foi. Cette croyance, puisée dans les livres des apôtres et des prophètes, donne à leurs yeux à la sainte Bible une valeur inestimable. C'est là qu'ils puisent leur nourriture spirituelle, la confirmation de leurs espérances religieuses, la consolation dans leurs épreuves, en un mot les principes et les conseils qui les dirigent dans les affaires et les diverses circonstances de la vie. Le père de famille, véritable prêtre dans sa maison, en fait matin et soir la lecture dans un culte privé où maîtres, serviteurs, enfants assistent avec recueillement, et en même temps présente à Dieu les prières que son cœur lui inspire. Ce culte intime, plus que toute autre chose, nous explique la conservation du protestantisme sur notre sol français. On a reproché à cette piété austère de manquer parfois de cette amabilité que St Paul recommande au chrétien. Disons que la vie revêtait pour eux le caractère d'un combat plutôt que celui d'un joyeux banquet.

Cette religion de la famille, qu'on peut opposer à celle du célibat, groupe tous ceux qui, dans un même endroit, ont la même croyance, et en constitue une église, de l'administration de laquelle nul n'est exclu. Elle est dirigée non parmi homme, mais par une commission de pères de famille nommée Consistoire. Ses membres portent le nom de surveillants (traduction du mot grec s-ig/.otto'. évêques). Il y a trois sortes de surveillants: les ministres, les anciens et les diacres l.

1. — V. pour ce qui suit : La discipl. ecclés. du pays de Bèarn, publiée pour la première fois par Ch. Frossard, pasteur. Paris, Grassart, 1877.

Le ministre de mini*ter, serviteur) est donné à l'église par le synode, qui s'est assuré de ses bonnes mœurs, de sa doctrine, de sa capacité. N'ont droit à ce titre que ceux qui desservent une église, mais il leur appartient pour la vie. Leur fonction est de présider au culte publie, qui consiste en prières et en explications de la parole de Dieu faites « en toute simplicité et sans ostentation » : le peuple tout entier prend part au chant des psaumes. En outre, le ministre est tenu d'instruire la jeunesse dans la religion ; le catéchisme est public. Au pasteur et à sa famille de donner l'exemple des bonnes mœurs. Les ministres sont égaux entre eux et nul ne peut « prétendre puissance et domination » sur les autres. Ils président « par ordre » (à tour) le consistoire, qui peut suspendre un ministre indigne ; le synode seul peut le déposer. S'ils ne peuvent continuer leurs fonctions par suite de vieillesse ou d'infirmités, « leur honneur et état » leur sont maintenus.

Les anciens (wpi«6mpoi) veillent sur les mœurs : leur ministère est privé, mais ils n'en ont pas moins charge d'âmes ; chacun est responsable des familles de son quartier. Ils doivent reprendre, exhorter, encourager et dans les cas graves dénoncer les délinquants au consistoire, qui leur donne la commission de les citer devant lui. Ils sont choisis par le consistoire et proposés au peuple, qui pendant quinze jours est admis à réclamer contre leur nomination définitive. C'est le suffrage universel restreint. Le peuple y prend part, sans avoir pourtant la responsabilité du choix.

Les diacres (owtxovoi, serviteurs), comme dans l'église primitive, ont la charge des aumônes. Ils recouvrent les cotisations des fidèles et font les payements prescrits par le consistoire, où le diacre a sa voix comme l'ancien. Parfois le diacre était nommé chaque année, d'autres fois la charge était confiée à un agent spécial, salarié par le consistoire. Souvent un ancien était choisi pour diacre.

Ces trois sortes de surveillants ont tous voix égale dans les délibérations de l'assemblée, où les distinctions sociales disparaissent ; l'humble artisan y est assis à côté du grand seigneur, le ministre qui la préside n'a comme eux que sa voix. Si, à raison des fonctions qu'il remplit, il a fait des études spéciales et a

reçu du synode la charge d'enseigner selon la parole de Dieu, cependant il n'a dans l'église que l'autorité d'un ancien et celle de sa valeur personnelle. Il est à croire que ce radicalisme fut cause que la Réforme, en Béarn comme en France, ne recruta aucun des prélats qui, au début, l'avaient favorisée de leur sympathie.

Le consistoire, placé à la tête de l'église, ne la remplaçait jamais, et dans toutes les questions où des intérêts particuliers étaient engagés, il convoquait les chefs de famille, pour qu'ils prennent tous ensemble avec lui une décision unanime et solidaire. Ces réunions en corps de tous les chefs de famille avaient lieu assez fréquemment, quand il s'agissait des écoles, du choix d'un régent, de l'appel d'un ministre, de la fixation des traitements, etc. Il est intéressant de voir par là comment le consistoire n'était que la commission exécutive des volontés de l'église. Rappelons aussi en passant que chaque église avait son école, pour le maintien de laquelle elle ne reculait pas devant les plus grands sacrifices. L'école était en effet la vraie pépinière de la Réforme.

Tous les ans, le consistoire renouvelait le quart de ses membres qui, après un mandat de quatre ans, rentraient dans la vie privée. Le même homme pouvait bien plusieurs fois exercer la charge d'ancien, mais avec un intervalle entre chacun de ses mandats. Aussi cette assemblée, à chaque renouvellement annuel, voyait de nouveaux membres prendre part à ses séances, qui se tenaient tous les huit jours. Il s'établissait ainsi une sorte de roulement, d'après lequel tous ceux qui jouissaient de quelque considération, en raison de leur piété et de leur conduite, venaient tour à tour s'asseoir sur les bancs du consistoire. On comprend alors l'intérêt que chacun prenait à la marche de l'église. L'honneur attaché à cette fonction est dépeint dans ces paroles vibrantes de Paul de Lescun, membre du conseil souverain de Béarn : « Les conseillers des cours du parlement de » France ne refusent point les charges de conseillers de l'Eglise, » ni les députations aux assemblées générales, témoin Paris et » Rouen, nous sommes d'ordinaire en Béarn anciens de notre » consistoire, demandant l'aumône à la porte du temple pour les » pauvres et je l'ai demandée plusieurs fois. Comment pouvai-je

» donc refuser de demander justice pour l'église à celle de sa » Majesté? Dire que j'en ai brigué la commission est contraire a » La vérité, de laquelle j'ai pour témoins tous ceux qui m'ont fait » l'honneur de me commettre pour le service de l'église1. »

Ainsi le consistoire était un conseil de pères de famille, délégués par l'église pour le maintien de l'ordre et de la foi. Devant lui passaient bien des affaires qui, sans sa bonne intervention, auraient pu dégénérer en désnn lies, procès ou haines invétérées. Par son action, à la fois paternelle et puissante, il entretenait la bonne harmonie dans le troupeau, et le zèle des fidèles pour la religion. Cette discipline reste à travers les âges, comme un reflet de cette église, austère et forte, qui ne pouvait tolérer le moindre écart dans la conduite de ses membres, le plus léger relâchement dans les devoirs de la piété. On a pu la trouver vexatoire et nous reconnaissons qu'elle est incompatible avec nos mœurs actuelles, mais on peut en dire ce qu'on a dit si bien de celle des églises réformées de France : « Il est honorable » pour les réformés de l'avoir établie et maintenue ; ce n'est » point un romain de la décadence qui se fut donné une maison » de verre, ni un peuple sans vertu qui a pu se plaindre de l'in- » suffisance des lois civiles et demander à Dieu même d'en » ajouter de plus rigoureuses 2. »

Au-dessus de tous les consistoires était le synode ou assemblée générale des églises du Béarn. « Chacun an le synode sera » convoqué au jour et au lieu ordonné par l'autorité du magis- » trat souverain, où se trouveront tous les ministres et un » ancien de chacune église, des plus capables, et au cas que le » dit magistrat ne s'y puisse trouver, y commettra tel personnage » que bon lui semblera pour y assister. »

Le premier synode du Béarn s'est tenu en 1563. Connue celui de Paris tenu en mai 1559, il fut un synode constituant. « En un synode tenu à Pau l'an 1503 au mois de septembre » fut dressé un corps de discipline ecclésiastique pour entrete- » nir à l'avenir tout le ministère de l'Évangile en bon ordre » et remettre sus la légitime vocation des pasteurs, diacres et

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