Histoire Diocésaine d'Oloron, t. II, p
» on ne nomma plus que deux jurais protestants sur six ci quatre » députés du même culte sur douze... La puissance civile était » arrachée à l'hérésie »... « On n'eut pas, dit naïvement le curé » de Salies, sans cette mesure, arrêté L'influence d'un parti trop » remuant. » P. 378.
De son côté, malgré ses promesses solennelles, Louis XIII, selon les justes prévisions de Lescun, ne crut pas devoir exécuter Tédit de remplacement des biens ecclésiastiques, et les réformés durent pourvoir à peu près seuls aux dépenses de leurs églises.
Ils furent ensuite exposés à toutes sortes de vexations, on leur interdit le chant des psaumes dans les rues ou dans leurs boutiques l, on les obligea à observer les fêtes catholiques, on leur défendit d'acheter de la viande le vendredi, enfin on apporta des restrictions sans fin au fonctionnement de leurs églises, si bien que le synode national de Castres (4626) arrêta que le roi serait supplié de laisser aux églises du Béarn le libre exercice de leur discipline.
. Cette même année, on appela au poste de premier président du parlement de Navarre un homme qui devait incarner le fanatisme le plus étroit et le plus farouche. En vain les protestants béarnais se réclamèrent-ils de l'édit de Nantes pour obtenir une chambre mi-partie, on la leur refusa. Cependant l'œuvre des conversions avançait rapidement. Les moyens les plus vils et les plus criminels étaient également employés ; tantôt on achetait les âmes par des promesses d'argent, d'emploi, d'honneurs, tantôt on tentait de les réduire par la violence. On interdisait aux parents d'avoir des écoles et des collèges à leur gré pour l'instruction de leurs enfants, que souvent on ne se faisait aucun scrupule d'enlever.
En 1631, sous prétexte que les réformés du Béarn avaient pris part aux dernières guerres» civiles, ce qui était faux, le roi diminua les faibles subsides qu'il leur avait accordés jusqu'alors pour l'entretien de leurs ministres. A ceux-ci une déclaration de 1633 défendit d'aller prêcher en dehors de leur lieu de
1. — Poeydavant, t. III, p. 317 et ss., et pour tout ce qui suit jusqu'à l'année 1653, liv. XVII et XVIII, passim.
résidence. Cette déclaration, enregistrée par le parlement de Navarre Tannée suivante, devait être la. source de nombreuses difficultés. Les lieux de résidence étant peu nombreux, les réformés devaient souvent parcourir des distances fort considérables pour se rendre au prêche. On avait l'espoir, trop bien réalisé, que cette mesure empêcherait l'instruction des Béarnais isolés, qui deviendraient une proie plus facile pour le catholicisme. C'est probablement de cette façon que la vallée d'Aspe, à l'exception d'Osse, le seul lieu d'exercice, retomba complètement sous la domination du prêtre.
Une nouvelle atteinte aux droits de la famille eut lieu en 163G. Sous prétexte de défendre et de protéger les droits des mineurs et des domestiques, les parlements de Guyenne et de Navarre voulurent assurer contre l'autorité du père de famille, aux enfants et aux gens à gages, la liberté de devenir catholiques.
A côté de ces arrêts iniques, nous aimerions à connaître les tracasseries particulières auxquelles les réformés étaient constamment exposés. Nous en avons quelques échos dans les actes du synode national tenu à Alençon en l'année 1637. Les députés du Béarn s'y plaignent de la rigueur du parlement de Pau, qui leur défendait de sonner leurs cloches à certains jours, d'ordonner des jeûnes, d'appeler des décisions du synode de la province au synode national.
Mais que pouvaient pour eux leurs frères de France? N'était-ce pas à ce même synode que le commissaire du roi dicta des ordres comme à de pauvres gens « destitués de tous supports», défendant aux pasteurs d'accuser l'autorité de mauvais desseins, ou d'employer dans aucun sermon ni écrit les expressions de tourments, martyres, persécution de l'église de Dieu, de se servir contre le pape ou contre les catholiques en général de paroles qui pourraient offenser.
A ces demandes impératives, le modérateur répondit, comme on répond quand on tremble, dit un historien du temps : « Les » synodes ont déjà enjoint à tous les pasteurs de prêcher le » respect et la soumission à Sa Majesté et aux magistrats, mais o rassemblée se repose sur la bonté du roi pour empêcher les
entreprises de personnes mal intentionnées, qui voudraient
» persécuter ses sujets à cause qu'ils sont de la religion réfor » mée1. »
Ces humbles paroles n'empêchèrent pas les entreprises des convertisseurs en Béarn, et Tannée suivante, 1638, pour avancer leur œuvre qui, h leur gré, n'allait pas assez vite, ils eurent recours à une nouvelle dragonnade ; des gens de guerre portèrent dans le pays le pillage, la désolation et la mort. Cela dura assez de temps pour que les habitants, que l'autorité ne protégeait pas, purent constituer une compagnie de trois cents soldat s, qui leur permit de tenir tête aux exacteurs. On n'osa pas, tant était grande l'exaspération des Béarnais, les poursuivre pour levée de troupe non autorisée.
En 1640, Tévêque d'Oloron obtint un arrêt qui interdisait l'exercice de la religion dans les lieux où ne se trouvaient pas dix familles résidentes et domiciliées. C'est ainsi que le culte fut supprimé à « Lucq, Saucède, Buzy et Sainte-Marie2, et dans d'autres endroits ». Le synode des églises du Béarn, justement alarmé par ce nouvel acte arbitraire du parlement de Navarre, envoya des députés à la cour, porteurs d'une requête où ils demandaient : 1° de révoquer le dit arrêt; 2° d'être maintenus dans tous les temples qui leur avaient été reconnus; enfin, 3° de lever l'interdiction qui limitait l'exercice de la religion aux lieux de résidence des ministres. Leur démarche fut inutile. Tout conspirait à ruiner le protestantisme qui « diminuait journellement a » et que des défections éclatantes contribuaient à affaiblir. En effet, plusieurs ministres avaient abjuré avec éclat ; c'étaient ; Couture, Casamajor, Brunet, Fondeville, Martin, auxquels le roi paya de grosses pensions.
Ce système de persécutions incessantes portait de trop beaux fruits pour qu'il ne fut pas froidement poursuivi. L'année même de la mort de Louis XÏI1 fut en effet signalée par une nouvelle violation de la parole royale. En 1643, on ôta aux réformés le peu de biens qui leur avaient été donnés pour l'entretien de
1. — Histoire des synodes nationaux des églises réformée* dé Fronce, par G. de Félice. Paris. Grassart, 1884, p. 204.
"2. — Menjoulet. Chronique du diocèse et du pays d'Oloron, t. 11. page 246.
3. — Menjoulet. Chronique du diocèse et du pays d'Olomn, p. 2;>1.
leurs ministres. Toutefois, on n'osa pas les désoler entièrement en leur enlevant le droit de faire des levées et des collectes de deniers, selon les besoins de leurs églises, dont l'entretien ne dépendra plus que de leur bonne volonté.
Ce fut l'occasion d'une recrudescence de zèle de la part des réformés, qui multiplièrent extraordinairement leurs lieux d'exercices, lesquels, si Ton en croit Poeydavant, furent portés de quatre-vingts à trois cents. Le parlement s'en inquiéta et ordonna, le 24 janvier 1644, que l'arrêt qui défendait tout exercice en dehors du lieu de résidence du ministre fut observé dans toute sa rigueur. Les églises, loin d'être découragées, demandèrent, mais en vain (synode de 1644), d'entretenir à leurs frais un collège pour la jeunesse protestante. Un arrêt du conseil, enregistré à Pau le 14 juillet 1644, déclara qu'il leur était loisible d'envoyer leurs enfants au collège que Sa Majesté entretenait à Pau à ses dépens. On sait que ce collège était dirigé par des jésuites. Les réformés avaient tant à se plaindre des juges catholiques du parlement de Navarre, qu'ils avaient renouvelé leur demande d'une chambre mi-partie ; un second arrêt la repoussa. Enfin un troisième supprima l'exercice de la religion dans les endroits où il n'y aurait pas dix familles faisant profession de la religion réformée. Ainsi chaque réclamation de la part des protestants servait de prétexte à de nouvelles restrictions, et tous les jours ils voyaient multiplier contre eux les procès et les poursuites pour les motifs les plus insignifiants, tels que la non observation des jours de fêtes du catholicisme et le chant des psaumes dans les rues. Entre temps, les logements militaires continuaient leur œuvre de conversion (1652 et 1653) *.
La situation des protestants Béarnais était encore aggravée par le fait de leur réunion aux églises de France, qui, proposée au synode de Gharenton (1631), devint définitive à partir du synode d'Alençon (1637). Par cette union, les synodes du Béarn perdirent leur caractère national et souverain, pour devenir de simples synodes provinciaux, et les réformés de ce malheureux pays se trouvèrent exposés aux atteintes de deux législations qui leur étaient contraires. Par le fait de leur réduction en pro-