‹ OsseChapitre 84 sur 132 · Poeydavant, t. III, p · texte numérisé non relu

Poeydavant, t. III, p

vinee française, l edit de Nantes leur devint applicable, et, par suite, toutes les interprétations restrictives dont cet édit était l'objet. D'un autre côté, s'il leur arrivait de s'en réclamer pour se mettre à l'abri de quelque mesure particulière contraire à cet édit, on leur refusait le droit de l'invoquer, comme ayant été donné avant La réunion de la province à la France. Nous allons donc les voir serrés de plus en plus dans l'étau inextricable d'une double législation, jusqu'à la suppression officielle du protestantisme.

Nous avons raconté ailleurs les derniers accablements des églises du Béarn 1 par le parlement de Navarre. Qu'il nous sutlise ici de résumer brièvement les dernières applications des mesures qui les étouffaient.

Privé des libertés nécessaires, étouffés par le manque d'air et d'expansion, limités dans leur action religieuse, dépouillés de leur académie et de tout moyen d'instruire la jeunesse, écrasés par les charges et les amendes, exclus de plus en plus des emplois publics et impuissants à obtenir justice, les protestants du Béarn voyaient se fondre tous les jours leurs ressources particulières.

En raison même de ses succès, le clergé et le parlement de Navarre ne cessaient de multiplier leurs plaintes contre leurs malheureuses victimes. Rien de plus instructif à cet égard que les procès -verbaux des assemblées générales du clergé de France. Quant au parlement de Navarre, il ne craignait pas de faire appel à toutes les ressources de la chicane. Tout lui servait de prétexte à procès : assemblée présidée par un ancien ou un diacre, résidence des ministres, enterrements, relaps, etc. Ce n'était qu'ajournements, décrets, emprisonnements, bannissement de pasteurs.

Les démarches combinées du clergé et du parlement aboutirent à Fédit de 1608. qui réduisait à vingt les cent vingt-trois lieux d'exercice, sous prétexte que dans les autres ne se trouvaient pas dix familles résidentes. Or les preuves qu'elles s'y trouvaient effectivement étaient si claires, dit Elie Benoit, «• que

1. — Bulletin du Protestantisme Français, tome XXX. pages :><> v\ 97 bs.

» les moines, qui sont capables de tout, n'avaient pas la hardiesse » de le contester » .

Cet édit, loin de les satisfaire, ne fit qu'exciter leur désir d'étouffer ce qu'ils appelaient « l'hydre de l'hérésie ». La passion que le parlement et en particulier le premier président Lavie déployait dans cette affaire était telle, que les États du pays s'en plaignirent, disant que « le parlement avait anéanti presque » toutes les anciennes libertés du pays, et quoique un des plus » nouveaux du royaume, il savait, aussi parfaitement que les plus » anciens, tous les moyens d'épuiser la bourse des plaideurs et » de rendre les affaires éternelles ».

Dans leur cahier de 1669, les réformés réclament, entre autres choses, le droit d'avoir des écoles privées à leurs dépens, et protestent contre l'enlèvement de leurs enfants, le bannissement de leurs ministres et les entraves apportées à la perception des deniers nécessaires à la poursuite de leurs affaires.

Un arrêt du Conseil intervint en date du 15 septembre 1670, qui apporta de nouvelles atteintes aux droits des réformés. Si le parlement ne doit pas avoir la connaissance des affaires de la religion, le gouverneur de la province, le comte de Guiche, ne pourra les juger que provisoirement et, pour qu'elles soient définitivement tranchées, il devra s'adjoindre l'intendant de la généralité de Bordeaux, d'Aguesseau. Les vingt lieux d'exercice sont maintenus, mais le nombre des ministres, qui n'avait pas été limité, est fixé à deux et encore ne doivent-ils recevoir de gages d'autres consistoires ou colloques. On ne permet plus qu'une école par lieu d'exercice et qu'un régent, payé par ceux du dit lieu. Les Béarnais sont exclus du bénéfice de l'édit de Nantes. Enfin dans les lieux où il y a des protestants, fussentils même en majorité, rien n'oblige à élire un tiers des jurats protestants, on peut même ne pas en élire un seul.

Ces restrictions ne firent qu'exciter ceux qui poursuivaient la ruine totale des Réformés. Lavie, « leur infatigable persécuteur », ne pouvait être satisfait que le jour où ses victimes seraient entièrement réduites. Aussi les accablait-il par toutes sortes de poursuites aussi injustes que cruelles.

De son côté également, le clergé do France ne perd pas de vue la destruction du protestantisme en Béarn, et dans son

assemblée générale de 1080, il demande la réduction à dix «1rs vingt temples restés debout, prétendant que les prétendus réformés (lotissaient plus que jamais et que les catholiques eu souffraient beaucoup.

Le synode d'Orthez de 1682 répond dans une supplique au roi : « Qu'il n'y a personne qui ne connaisse l'état où les BUp- » pliants ont été réduits par la rigueur de cet édit (celui de 1668) » et des autres qui ont suivi, qui ne juge que cette avance est » une cruelle ironie de ceux qui se plaisent à insulter aux misé- » rables. Les suppliants ont toujours regardé cet édit comme » fort rigoureux pour eux, néantmoins ils se sont toujours oppoo ses, par la crainte d'un plus grand mal, à ce qu'il fut ébranlé, » et ils soutiennent aujourd'hui que les agents du clergé doivent » être déclarés non recevables aux conclusions de leurs requêtes » pour les raisons suivantes :

» 1° Parce que tout ce qu'ils demandent est contraire à l'édit » qui est perpétuel et irrévocable, et que la gloire du Roi est » intéressée à son maintien ;

» 2° La déclaration de Sa Majesté du 1er février 1600 vise tout » particulièrement cet édit, ce qui montre combien le Roi tient » à cœur son observation ;

» 3° Parce que le Roi, par son arrêt du 15 septembre 1070, » a défendu expressément de faire de nouvelles remontrances » contre cet édit. »

Hélas ! qu'y avait-il de perpétuel et d'irrévocable sous le régime du bon plaisir ?

Par une contradiction flagrante*, dans la même demande les agents du clergé prétendaient d'autre part que les gens de la religion réformée étaient si fort diminués, qu'ils n'avaient plus besoin d'autant de temples. Les protestants opposèrent à ers ■négations un état constatant qu'en 1(58-2 il y avait encore en l(fern six mille cent quatre-vingt-huit familles et vingt-sept mille sept cent vingt-trois personnes faisant profession de la religion.

Contre tout droit, le clergé parvint à obtenir un nouvel ('dit en janvier 1685, réduisant à cinq les vingt lieux d'exercice autorisés en Béarn, à savoir un par sénéchaussée Osse l'ut maintenu pour la sénéchaussée d'Oloron), interdisant l'élection de jurais protestants et remettant au parlement la connaissance

des affaires de la religion, laissées jusqu'alors au gouverneur de la province.

Quelque rigoureux que fût ce nouvel édit, il fut rendu inutile par les procédés de l'intendant Foucault, qui réduisit militairement, en quelques mois, les Béarnais restés encore fidèles à la Réforme *.

1. — A côté de ces mesures spéciales, il ne faut pas perdre de vue que les réformés du Béarn étaient aussi atteints par les restrictions de plus en plus accablantes qui frappaient tous les protestants français. La désorganisation systématique des églises réformées avait commencé en 1661 par la suppression du synode général et celles des colloques, intermédiaires entre les synodes provinciaux et les consistoires. Les ministres n'étaient plus admis aux réceptions des personnes d'autorité. Les parjures du protestantisme qui revenaient à leur première croyance, étaient condamnés au bannissement perpétuel (relaps) (1665). Les réformés ne pouvaient plus passer maîtres dans les métiers. Leurs enfants furent admis à changer de religion à « quatorze- ans pour les mâles et douze pour les femelles » ; à partir de 1681, cet âge fut ramené à sept ans pour les deux sexes. Les prêtres furent autorisés à se présenter chez leurs malades. Enfin, leurs écoles (académies) pour l'instruction de la jeune noblesse, furent interdites. Cela se passait déjà en 1666. Cette même année commença cette émigration qui devait emporter à l'étranger une partie des forces vives de la France. La cour s'alarma, et le 16 février 1669 parut une déclaration qui adoucit la situation générale des réformés : on leur rendit le droit de maîtrise et l'on défendit aux prêtres d'aller chez leurs malades sans y être appelés.

Les réformés crurent qu'une ère de réparation et de repos s'ouvrait définitivement pour eux, mais leur illusion prit bientôt fin et depuis 1674 les édits et arrêts oppressifs recommencèrent. L'émigration reprit sur une grande échelle et « pendant les années 1682 et 1683, les arrêts » et les déclarations contre les religionnaires se succèdent comme les » coups pressés d'un glas funèbre ; ce ne sont qu'interdictions de tem- » pies, dispersions d'assemblées, fermetures d'écoles, expulsions des » familles réformées des diverses villes, pendant qu'on les retient par » force dans le royaume ». En effet, pour empêcher l'émigration qui prenait des proportions inquiétantes, on envoya d'abord à la potence ceux qui essayaient de quitter la France, ensuite ils furent condamnés, les hommes aux galères et les femmes à la réclusion perpétuelle. De 1674 au mois d'octobre 1685, la législation contre les réformés comprend sept édits, quarante-trois déclarations, quarante-sept arrêts du Conseil, sans parler des arrêts des parlements et des sentences de police et autres ordonnances, si bien qu'on a pu dire que l'édit qui révoquait celui de Nantes n'a fait que légaliser l'affreuse situation faite aux réformés par les lois particulières qui les frappaient. — Voir Henri Martin, Histoiri de France, tome XIII, p. 599 et ss., et p. 630. Édits, déclarations >'t arrêts concernant les RelUjionnaires, 1662-1751. Paris, Fischbacher,

MDCCCLXXXV.

Nous avons hâte d'en finir avec cette exposition par trop écœurante des mesures odieuses auxquelles furent exposés les protestants en Béarn de 1020 à I08f>. On nous dit que, après tout, elles ne furent que des représailles. Peut-on comparer l'état révolutionnaire, qui succéda à la guerre de 1569 et ne dura qu'un au, à cette longue agonie sous laquelle se débattirent plusieurs générations de Béarnais et sous laquelle ils succombèrent les uns après les autres? Il a fallu toute l'implacable ténacité de l'église de Rome pour courber sous le joug ce pays jusque-là fier et indompté. Reconnaissons-le, le protestantisme y a été vaincu et c'est une de ces victoires dont on peut s'enorgueillir, car elle n'est point commune. Mais ce qui peut rabat lie l'orgueil des vainqueurs, ce sont les procédés auxquels ils ont dû recourir, procédés que ni la postérité ni l'histoire ne sauraient justifier. Il suffit de les citer pour venger les victimes. Trois dragonnades, 1620, 1621, 1638, sans parler des logements militaires.de 1652 à 1653, édits, arrêts, déclarations, ordonnances, autant d'atteintes aux droits sacrés de la conscience et de l'humanité ; retrait progressif à des innocents de leurs droits politiques, civils, religieux ; violation du sanctuaire auguste de la famille par la suppression des écoles et l'enlèvement des enfants; et comme le mal enfante le mal et que par voie de conséquence une violence en appelle une autre, ces magistrats, ces prêtres entraînés par le fanatisme, perdent toute notion d'indulgence et de charité, c'est peu, mais de justice et d'humanité! Honneur à leurs victimes! Honnetf* en particulier à ceux qui ont résisté, qui, pour obéir à leur conscience, ont souffert toutes les humiliations et tous les dépouillements ! Honneur à ceux qui ont consenti à perdre leur position, leurs biens, leur famille, qui ont tout quitté pour des considérations plus hautes, pour garder leur foi! Honneur enfin à ces Huguenots indomptables, grâce auxquels le grand principe de la liberté de conscience règne aujourd'hui sans conteste dans notre chère Patrie !

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