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CHAPITRE TROISIÈME

ORGANISATION INTÉRIEURE de l'église d'osse (1665-1685).

Il nous était indispensable de nous rendre compte, comme nous l'avons fait dans les deux chapitres précédents, de l'organisation des églises réformées du Béarn et des circonstances extérieures où elles se trouvaient, pour éclairer le document principal de l'histoire de notre église au xvue siècle.

Le conseil presbytéral d'Osse a la rare et bonne fortune de posséder dans ses archives le dernier recueil des actes du consistoire d'Osse. C'est un cahier de demi-grandeur, couvert en parchemin assez usé, contenant cent quarante et un feuillets. L'écriture est diverse et irrégulière. Le premier acte est du 5 mai 1665 ; le dernier, qui est le dernier acquit du dernier pasteur, a été signé le 16 avril 1685. Grâce à ce précieux registre, nous pouvons étudier de près le fonctionnement d'une église en ces temps malheureux.

Il nous est doux d'échapper, pour un moment, à l'exposition de violences imméritées et de nous reposer au sein d'un paisible sanctuaire. Entrons-y. C'est à peine si les échos du dehors en viennent troubler la paix profonde. Nous y rencontrons non des anges, mais des hommes, des hommes avec leurs défauts et leurs préjugés, mais animés d'un ardent amour du bien. Ils ont leurs faiblesses, mais leurs convictions sont fortes, et pour eux les vertus et les espérances chrétiennes ne sont pas un vain mot. Que dis-je ? même à voir le sérieux qu'ils apportent aux affaires de leur église, on sent qu'ils ont conscience d'être dans le vrai, et que celle-ci mérite le beau nom qu'ils lui donnent à l'exclusion de tout autre, celui d'église de Jésus-Christ.

Pour ca donner un tableau aussi précis que possible, nous exposerons successivement les différents éléments Tournis par notre recueil, traitant tour à tour de la population, des ministres, du consistoire, du culte et des écoles, de la discipline, de l'administration financière et des rapports avec le corps des églises.

Il est bon, avant de retracer des iniquités encore plus graves, de se reposer au sein de cette église de Huguenots. L'air qu'on y respire est fortifiant. Et quelque troublés qu'ils soient par le malheur des temps, on sent que leur foi fortement trempée n'est pas de celles qui se laissent facilement entamer.

1° Population.

Osse faisait partie du colloque d'Oloron, qui comptait au commencement du xvne siècle dix églises recueillies1, savoir : Oloron avec deux pasteurs, Navarrenx, Monein, Lueq, Arudy, Bielle, Osse, Barétous, Gastetnau, Josbaig.

En 1665, il y avait encore huit églises autrement groupées. Mais la population protestante n'était plus qu'une faible minorité.

Voici l'état de la population de ce colloque, tel qu'il fut dressé par le synode de la province :

Nombre de familles.

Oloron 143

Arudi et vellages voisins 48

Issor 28

Osse et Aspe 75

Luc, Préchac, Josbaigt 28

Monein et environs 24

Navarrenx, Josse, Méritain 81

Gastelnau et Sus 39

Total (469 familles) 469

Ainsi il y avait quatre cent soixante -neuf familles, ce qui représentait une population d'environ deux mille quatre cents réformés, sans compter, dit le rôle, « les familles qui ont été » oubliées et celles qui ne contribuent pas au paiement des » gages des ministres ».

1. — On appelait église recueillie celle où résidait le ministre et où se réunissaient les fidèles.

Les soixante -quinze familles d'Osse représentent près de quatre cents réformés; c'est le môme nombre qui fut retrouvé au commencement du siècle actuel.

Ce même état indique dans le colloque d'Oloron onze temples et sept ministres1.

Ce que ne dit pas cette sèche statistique mais que nous savons par ailleurs, c'est que ces protestants tenaces appartenaient aux meilleures familles du pays*2. Ainsi la commune d'Osse comprenait alors le bordallat d'Ardios, qui est situé à trois heures de marche du village, et qui constitue depuis 1819 la commune de Lourdios; ce bordallat était tout catholique, tandis que les protestants se trouvaient tous, soit dans le village, soit dans les granges qui l'avoisinent. D'après un procès qui eut lieu cette année-là, nous pouvons constater qu'il était assez difficile de trouver parmi les catholiques du village des gens ayant qualité pour exercer les fonctions de jurats. Par contre, les notables faisaient profession de la foi réformée. Notre registre cite parmi les membres du consistoire deux notaires et un chirurgien.

2° Les Ministres.

Nous devons à l'obligeance de M. Soulice, bibliothécaire de la ville de Pau, qui, par ses savantes recherches dans les actes de

1. — Ces chiffres sont ceux du rôle que Je synode du Béarn de 166S avait établi pour l'opposer au recensement que l'intendant Claude Pelot avait tait pour le Conseil, sur les renseignements fournis par le pari émeut et le clergé, et qu'on avait refusé de communiquer aux réformés. En effet, les chiffres de l'intendant sont bien inférieurs à ceux du rôle. Il donne, par exemple, pour la sénéchaussée d'Oloron, mille quatre cent soixante-treize personnes, chiffre évidemment trop faible, comme le montre un autre recensement fait en Ki82 par un intendant de la province, Du Bois Baillet, et donnant alors pour la sénéchaussée d'Oloron deux cent trente-cinq familles et mille six cent dix-neuf personnes. Voir pour ces questions de chiffres Bulletin du Protestantisme Français, I. V, p. i et 258. Soulice : Intendant Fonçant et la Rèvocar lion ru Béarn, p. 13, note, et Menjoulet : Chronique du diocèse d'Oloron, t. II, p. 306, note. Voir aussi pour la liste des églises du colloque d'Oloron : Archives Départementales (B.-P.), B. 329.

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