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CHAPITRE PREMIER LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES

Nous lisons dans VHistoirede France de Duruy : « Le dernier » coup fut porté : le 22 octobre 1685, un édit révoqua celui de » Nantes. Il supprimait tous les privilèges accordés par Henri IV » et Louis XIII; interdisait aux protestants l'exercice public de » leur culte, excepté en Alsace; ordonnait aux ministres de quit- » ter le royaume dans les quinze jours et défendait aux autres » de les suivre, sous peine de galères et de la confiscation des » biens. On arriva à des conséquences monstrueuses : les réfor- » niés n'eurent plus d'état civil ; leurs mariages, si, à l'aide d'une » fraude et d'un mensonge, ils ne les avaient pas fait consa- » crer par l'église catholique, furent regardés comme nuls, » leurs enfants comme bâtards. Les biens de quiconque était » constaté hérétique furent confisqués. Une part était assurée » au dénonciateur. »

Tel était le régime sous lequel allaient vivre les protestants d'Osse pendant plus d'un siècle. L'œuvre de conversion avait progressé d'une telle façon dans toute la France que l'on avait persuadé au roi qu'il n'y avait plus de protestants et par conséquent qu'on pouvait révoquer sans injustice les édits qui les toléraient. Si malheureuse était la situation des réformés, qu'ils accueillirent cet édit avec reconnaissance, pensant qu'il allait mettre fin aux affreux traitements qu'on leur faisait subir. En effet, selon le dernier article, les protestants ne devaient être « ni troublez ni empéchéz sous prétexte de religion, pourvu » qu'ils se. conformassent aux clauses de ledit: c'est-à-dire • » que leurs enfants soient élevés catholiques ». Mais hélas,

cette clause, due à Séguelay, ne fut guère observée et Louvois écrivait le 21 novembre aux intendants : « Sa Majesté ne » voulant plus qu'une seule religion dans son royaume, il » faut que les P. R. se convertissent ou être traités fort dure- » ment 1 . »

Par suite de l'édit, les ministres du Béarn passèrent la frontière, la plupart se rendirent en Hollande, où plusieurs assistèrent au synode des églises wallonnes assemblé à Rotterdam le 24 avril 1686 2. Parmi ces derniers, nous devons relever du colloque d'Oloron Arnould de Casa-Major d'Oloron et Isaac Campagne de Bugnein. Nous retrouvons à New-York (Etats- Unis), le nom de Pierre de Peiret, ministre, ainsi que celui d un Jean Latourrette d'Osse3. Réfugié en Angleterre, ce pasteur passa en Amérique sur le navire « Robert », et pendant dix-sept ans il prêcha la parole de Dieu dans l'église française de New- York.

Il était marié avec Marguerite La Tour, qui est dite « du Béarn » et avait déjà au moins deux enfants lorsqu'il arriva sur la terre étrangère, Pierre et Madeleine, nés probablement à Osse. Nous savons qu'il s'était marié en 1680. Victime d'injustes poursuites, il n'était pas de ceux que la persécution abat. Quatre enfants lui naquirent à New-York et furent baptisés dans l'église française de cette ville : Suzanne, le 18 novembre 1690; Gabriel, le 30 janvier 1694; Françoise, le 1er mars 1696, et Elisabeth le 22 décembre 1700. Cette dernière eut pour parrain et marraine ses aînés Pierre et Madeleine. Il mourut le 1er septembre 1704. « Les restes de cet excellent ministre, dit M. Baird,

1. — Jean Claude. Plaintes des Protestants, édition Puaux. Fischbachei\ 1885, p. 49, note 1.

2. — Bulletin du Protestantisme Français, tome VII, pages 426 et suivantes.

3. — Ce Latourrette était probablement le fils du notaire David de Latourrette. Ce dernier, encore jeune lors de son départ de la vallée épousa, le 16 juillet 1693, Marie Mercereau, fille d'une famille de la Saintonge et en eut plusieurs enfants : Marie, Jean et David et probablement Pierre. Ces deux derniers, mariés à des françaises réfugiées comme eux, étaient en 1735 membres de la congrégation française de Staten Island. — Ch. Baird, Hist. des Réfugiés Huguenots en Amérique, trad. française. Toulouse, 1886, p. 390, note 2; p. 273, note 2.

» reposent dans le cimetière de la Trinité à New-York. Sa tombe » porte l'inscription franco-latine suivante : »

Cl-lîIT LE RÉVÈRENT M. PlERRE

Pkirkte,M. i). St. Kv. qui, chassé dk Franck pour LA religion, a

PRÊCHÉ LA PAROLE DE DlEU DANS

l'Église Françoise de cette

VILLE, PENDANT ENVIRON 17 ANS, AVEC L'APPROBATION GÉNÉRALE, ET QUI, APRÈS AVOIR VÉCU COMME

il Avorr prêché jusques a l'âge

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