XII ÉTUDE CRITIQUE
pouvait entrer dans le palais aérien de ses pères , si les bardes n'avaient chanté son hymne funèbre. Cet hymne paraît avoir été la seule cérémonie essentielle de leurs funérailles; car, d'ailleurs, ils mettaient beaucoup de simplicité dans cette dernière scène de la vie. On étendait le corps sur une couche d'argile, au fond d'une fosse de six ou huit pieds de profondeur. Si le mort était un guerrier, on plaçait à côté de lui son épée et douze flèches. On couvrait le corps d'une seconde couche d'argile, sur laquelle on mettait le bois d'un cerf ou d'une autre bête fauve, comme un symbole de la chasse: quelquefois on tuait le dogue favori du défunt, et on le plaçait sur cette seconde couche d'argile. On recouvrait le tout d'une terre choisie, et quatre pierres élevées aux quatre coins de la tombe en marquaient l'étendue. C'est à ces quatre pierres qu'Ossian fait si souvent allusion. On amenait un barde pour chanter l'hymne funèbre, et ouvrir au héros la porte du palais des nuages : car, si on oubliait cette cérémonie, l'âme restait enveloppée dans le brouillard du lac de Lego. Comme les vapeurs de ce lac causaient de fréquentes maladies, quelquefois mortelles, les bardes feignirent que c'était le séjour des âmes pendant l'intervalle qui s'écoulait entre le trépas et l'élégie funèbre. L'ombre du plus proche parent du mort était alors chargée de prendre la vapeur qui enveloppait son âme, et de la répandre sur son tombeau : on croyait que ce pieux rffice consolait l'âme infortunée. On sent combien les bardes étaient intéressés à entretenir ces idées , jour rendre leur ordre respectable et nécessaire.
On ne croyait point que la mort pût rompre les liens du sang et de l'amitié. Les ombres s'intéressaient à tous les événements heureux ou malheureux de leurs amis, et il n'y a peut-être point de nation dans le monde qui ait donné une croyance aussi étendue aux apparitions. La situation du pays y contribuait sans doute autant que cette disposition à la crédulité , qui est le partage ordina-ce des peuples ignorants. Ils erraient souvent dans de vastes et sombres solitudes . dans des bruyères et des laniies désertes : souvent ils étaient obligés d'y dormir en plein air, au milieu du siftlement des vents et du bruit des torrents. L'horreur des scènes qui les environnaient était bien capable de produire en eux celte disposition mélancolique de l'âme, qui leur fait recevoir si promptement les impressions surnaturelles. L'esprit occupé de ces sombres idées au moment où ils s'endormaient, troublés dans leur sommeil par le bruit des éléments, il n'est pas étonnant qu'ils dussent entendre les voix des morts , tandis qu'ils n'entendaient réellement que le murmure des vents dans le creux d'un arbre antique ou de q\ielque t'^cher voisin. Ils mettaient une grande différence entre l'apparition des bons et des mauvais esprits. Les premiers apparaissaient souvent à leurs amis pendant le jour, et dans des vallées riantes et solitaires; les autres ne se montraient jamais que la nuit, au milieu des orages ou de quelque scène lugubre. La mort ne détruisait point tous les charmes des belles; leurs ombres conservaient les traits et les formes de leur beauté. La terreur ne les environnait jamais. Elles