SUR OSSIAN. XI
de transplanter dans leur patrie les arts utiles qui fleurissaient chez les autres nations. L'art de bâtir avec la pierre fut au rang de ces conquêtes précieuses qui, sans dépouiller le vaincu, augmentaient les vraies richesses du vainqueur. On bâtissait toujours sur des éminences, afin de dominer le reste du pays et de peur d'être surpris par l'ennemi. Aussi appelait-on beaucoup de ces châteaux 5e/ama , c'est-à-dire hdlevue; et c'est de là qu'était dérivé le nom du palais de Selma , résidence ordinaire des rois d'Ecosse. La maison des chefs était ornée de tours. On ignore jusqu'à quel degré les Calédoniens avaient porté l'architecture. Ils ne bâtirent jamais de temple; aucun lieu n'était consacré particulièrement au culte de la divinité; Ossian témoigne même quelque mépris pour les temples et le culte d'Odin, dieu des Scandinaves, qu'il appelle Loda. Ils n'avaient aucune effigie, aucune statue de leurs dieux. Croyaient-il que la nature entière était le temple de la divinité? Il paraît bien difficile qu'ils n'eussent pas quelques notions de l'existence d'un être suprême; et Ossian, malgré son silence sur la religion de son pays, montre un esprit trop éclairé pour qu'on puisse le soupçonner de n'avoir pas eu l'idée de cette grande vérité.
Les Calédoniens n'ont fait, il est vrai , l'apothéose d'aucun de leurs héros, différents en cela de presque tous les peuples du monde. Mais on doit l'attribuer à l'idée qu'ils avaient de la puissance; ils la faisaient consister dans la force du corps et dans la hauteur de la taille , qualités que la mort détruisait. Comment n'auraient-ils pas admis un être suprême, eux qui croyaient à l'immortalité de l'âme, aux peines et aux récompenses de l'autre vie? ~
Les nuages étaient, suivant l'opinion des Calédoniens, le séjour des âmes après le trépas. Ceux qui avaient été vaillants et vertueux étaient reçus avec joie dans le palais aérien de leurs pères; mais les méchants et les barbares étaient e.xclus de la demeure des héros, et condamnés à errer sur les vents. Il y avait même différentes places dans le palais des nuages, et on en obtenait une plus ou moins élevée à proportion de son mérite et de sa bravoure; opinion qui ne contribuait pas peu à exciter l'émulation des guerriers. L'âme conservait dans les airs les mêmes goûts, les mêmes passions qu'elle avait eus pendant la vie. L'ombre d'un guerrier conduisait encore des armées fantastiques, les rangeait en bataille , livrait des combats dans l'espace. S'il avait aimé la chasse , il poursuivait des sangliers de nuages , monté sur un coursier de vapeurs. En un mot, le bonheur dont on jouissait dans le palais aérien était de se livi er éternellement aux mêmes plaisirs qu'on avait goûtés pendant la vie. Les Calédoniens croyaient que les âmes commandaient aux vents et aux tempêtes, opinion qui subsiste encore parmi les montagnards : ils pensent que les tourbillons et les rafales de vent sont occasionnés par les esprits qui se transportent d'un lieu à un autre. Les anciens Écossais comptaient parmi les plus grands plaisirs des ombres celui de disposer à leur gré des éléments; mais ils ne leur accordaient aucun pouvoir sur les hommes. Jamais héros ne