SUR OSSIAN. XIX
plus attentif et plus réservé; et que lorsqu'il donna l'autre, il crut devoir prendre ce ton de liberté que donnent la réputation , les succès et les applaudissements, mais qui était aussi dans son caractère, naturellement porté à la présomption et à l'orgueil ; qu'enfin , depuis ce moment, il mit plus d'empressement à faire 'v^te que d'application à bien faire; qu'il aima mieux enlever les suffrages par une publication rapide, que de les mériter en formant une collection plus soignée des originaux qu'il possédait, et en se procurant, par de nouvelles recherches, ceux qui lui manquaient encore. »
Il était assurément fort difficile, poursuit Ginguené , de mettre dans une pareille affaire plus d'esprit de justice, de modération et d'impartialité. Il résulte pourtant du rapport de M. Mac-Kensie, et des conclusions adoptées par VHighland society, que Mac-Pherson, au lieu de faire à Ossian une réputation qu'il ne méritait pas, a nui , par précipitation, par présomption et par négligence, à celle qu'il pouvait lui faire, et que ce barde méritait. C'est ce que la Société écossaise de Londres a prouvé mieux encore que celle d'Edimbourg ne l'avait fait, par l'impression du rapport de ses commissaires. En 1807, elle a élevé à Ossian le plus beau monument que la gloire puisse consacrer au génie. Devenue dépositaire de tous les poèmes originaux traduits par Mac-Pherson, et que différents motifs l'avaient toujours empêchée de publier elle-même , elle a fait faire une magnifique édition du texte gaélique, accompagné d'une traduction latine littérale. Le tout est précédé d'une nouvelle Dissertation sur l'authenticité des poésies d'Ossian, par un écrivain des plus distingués, sir John Sinclair. Le troisième volume de cet ouvrage est terminé par un travail précieux intitulé Observations supplémentaires sur cette même authenticité., par M. Mac-Arthur, le même qui a traduit et annoté la dissertation du savant abbé Cesarotti.
La dissertation de sir John Sinclair mit en lumière des résultats péremptoires. Nous n'en extrairons qu'un petit nombre de faits qui nous semblent porter avec eux un dernier degré de certitude. La vilk de Douai, en Flandre, possédait, avant notre révolution, en 1789, un collège écossais , et dans ce collège il existait un recueil manuscrit de poésies gaéliques, où se trouvaient presque toutes celles qui ont été traduites par M, Mac-Pherson. Sir John Sinclair, informé que M. Caraeron, évêque catholique, résidant à Edimbourg, avait eu connaissance de ce curieux manuscrit, lui demanda des renseignements. M. Cameron , dont il imprime les lettres, lui répondit qu'il avait en effet feuilleté ce recueil; que M. Farquharson , jésuite , ancien préfet de ce collège, l'avait écrit de sa main; qu'il était mort en Ecosse depuis quelques années, mais que M. Mac-Gillivray, alors professeur dans le même collège, y avait souvent vu ce manuscrit entre les mains de M. Farquharson , lequel avait plus de cent fois comparé devant lui la traduction de Mac-Pherson et le texte original, se plaignant toujours de ce que cette traduction faisait perdre à l'original une partie de sa force et de sa beauté. M. Farquharson était revenu en Ecosse