SUR OSSIAN. XXI
orgueil fut réveillé par les sarcasmes piquants du docteur Johnson: et les craintes qu'il pouvait avoir au sujet des dépenses que nécessiterait l'impression des originaux gaéliques furent dissipées par un^ souscription qu'ouvrit dans l'Inde une société d'Ëcossais , curieux de voir imprimer, dans le langage de leurs ancêtres, ces poèmes qui avaient bercé les loisirs de leur jeunesse. Une somme mille livres sterling fut avancée, en 1784, à Mac-Pherson pour commencer sa publication. Sir John Sinclair affirme, dans l'appendice de sa Dissertation, avoir vu Mac-Pherson occupé sérieusement de cette édition si désirée des textes originaux. Le capitaine Morison, très-versé dans la connaissance du vieil idiome gaélique, l'avait aidé à faire une copie complète de ces poèmes, pour que les originaux ne fussent pas altérés par la négligence des ouvriers typographiques. C'était ainsi alors que M. Mac-Farlane en avait traduit littéralement en latin une parlie, traduction qui fut achevée depuis par ses soins, et qui accompagne la belle édition du texte original, créée par la Société écossaise de Londres. Mais Mac-Pherson, qui devenait moins actif en vieillissant, et à qui les jouissances d'une grande fortune donnaient d'autres goûts, d'autres occupations, avançait très-lentement. Il mourut en 1796, léguant à M. John Mac-Kensie la somme nécessaire à l'exécution de l'entreprise. Celui-ci perdit plusieurs années à discuter, avec les savants écossais , la forme que l'on donnerait à l'édition , le caractère dans lequel on imprimerait le texte original, l'orthographe que l'on suivrait, et mille autres détails. On transcrivit de nouveau tous les poèmes , conformément à l'orthographe de la Bible en langue gaélique ; on fabriqua exprès un papier propre à ce genre d'impression; un traité fut passé avec une société de libraires de Londres, et l'impression commençait lorsque mourut Mac-Kensie. Un de ses parents, du même nom, son exécuteur testamentaire, chirurgien en second au 42" régiment d'infanterie, fort incapable par sa position de suivre l'entreprise, prit le sage parti de remettre tous les manuscrits entre les mains du secrétaire de la Société écossaise de Londres, pour que l'édition parût sous les auspices de cette Société. En conséquence, cette Société, réunie en assemblée générale, le 17 mai 1804, nomma une commission de six membres, chargés de préparer, de conduire et de surveiller l'impression , et c'est environ deux ans après que fut achevée la magnifique édition que sir John Sinclair a dirigée.
« Pourrait-on se persuader, dit l'abbé Cesarotti, qui a traduit en beaux vers italiens les chants du barde gaélique, pourrait-on se persuader qu'il s'est trouvé de notre temps deux hommes très-singuliers, tout à fait semblables l'un à l'autre par le talent poétique , par l'adresse d'imiter parfaitement une autre personne et un autre siècle, par l'héroïsme d'une modestie extravagante, enfin par l'obstination à soutenir jusqu'à la mort leur imposture littéraire? »
Avant la publication faite par Smith des originaux gaéliques qu'il avait traduits, le savant Thomas Hill avait donné, en 1783, une brochure contenant quelques chansons et d'autres poésies erses , recueil-