‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 20 sur 89 · XXII ETUDE CRITIQUE · texte numérisé non relu

XXII ETUDE CRITIQUE

lies en 1780 pendant une excursion dans les montagnes de la Haute- Écosse. Il examine et résout affirmativement, preuves en main, la question de l'existence réelle de Fingal et de ses héros dans les vieilles traditions écossaises, et, passant à la comparaison des poèmes nn,zinaux avec la traduction de Mac-Pherson , il explique raisonnablement les variantes qui peuvent s'y rencontrer. Ces variantes ne viennent pas seulement de la différence des dialectes, mais des désordres, des altérations, retranchements, additions et mélanges que différentes personnes y ont introduits en divers lieux ou époques. Il paraît que le peuple chantait ces poésies par fragments décousus, en y mêlant des fables locales ou des chansons sur les mêmes sujets , composées par des poètes d'un temps postérieur, dans un goût et en style différents de ceux d'Ossian. De là vinrent plus tard les compilations plus ou moins indignes de l'auteur primitif. Le travail de Smith et de Mac- Pherson fut une œuvre de critique sérieuse.

« Les matériaux rassemblés avec un soin laborieux, il fallut, dit John Smith, confronter les différents recueils manuscrits, en retrancher les parties évidemment supposées , réunir les épisodes qui avaient du rapport entre eux, quoique séparément placés, remettre à leur place quelques incidents transportés d'un poème à l'autre, ce qui rendit nécessaire l'addition çà et là de quelques lignes pour la liaison des parties.... Nous n'avons pas, et nous l'avouons, dit-il ailleurs en parlant de Mac-Pherson, les poèmes entiers d'Ossian; nous en avons cependant plusieurs, et au moins une partie de tous. L'édifice n'est pas entier, mais il en existe de très-grandes ruines. »

Ce système de travail, avoué par Mac-Pherson lui-même, nous explique suffisamment, dit l'abbé Cesarotti, la répugnance qu'il paraît avoir toujours eue à montrer librement son original. Il possédait plusieurs manuscrits d'Ossian, mais aucun qui fût. en original, Ossian lui-même; Ossian n'existait intégralement dans aucune copie, quoiqu'il fût disséminé dans toutes.

Sur les autres points de la question , comme de savoir si Ossian était Irlandais ou Calédonien, et véritablement fils du héros Fingal; de fixer le siècle où il vécut , et de distinguer dans les aventures de sa famille ce qui est purement vrai de ce qui peut y être ajouté de poétique et de fabuleux, Cesarotti croit sage de s'en rapporter à ce que les auteurs nationaux les plus estimés ont écrit à cet égard. « Quoi que l'on veuille dire ou penser, ajoute-t-il, les œuvres de I'Homère celtique existent; elles sont toutes de la même couleur, elles ont certainement un auteur. Que cet auteur soit du temps de Caracalla ou de saint Patrice , qu'il soit natif de Morven ou d'Ulin, qu'il appartienne à la famille d'un petit roi du pays ou d'un simple montagnard , c'est tout à fait la même chose pour qui le considère comme poète. Ceux qui ne veulent pas l'appeler Ossian peuvent le nommer Orphée : on pourra douter qu'il ait eu Fingal pour père , mais personne ne doutera Jamais qu'il ait été fils d'Apollon.»

C'est pousser un peu loin l'enthousiasme , et nous aimons mieux

SUR ossiAN. - xxm

nous en tenir, avec John Smith, au jugement porté par Ortez, Denis et Harold, qui ont traduit YOssian de Mac-Pherson, le premier en espagnol et les deux autres en allemand : que les chants du barde gaélique élèvent l'âme, parlent à la sensibilité la plus exquise autant qu'à l'imagination la plus ardente , qu'ils soutiennent çà et là la comparaison avec ceux d'Homère , et l'emportent souvent sur la poésie hébraïque, qu'on a tant louée et peut-être si mal comprise.

Page 1