II ETUDE CRITIQUE
défendue de l'authenticité de ses poèmes, nous nous sommes entourés des matériaux les mieux choisis. Des écrivains d'élite . John Marc-Arthur, Campbell, le docteur Blair.le célèbre Johnson, Clarke, J. Smith,' Thomas Hill. Henri Mac-Kensie, l'abbé Cesarotti . qui traduisit Ossian en vers italiens; John Sainclair, qui dirigea Tédition f/aëlique de 1807 , et parmi nous le savant Ginguené, nous ont tour à tour prêté leurs lumières.
Si l'élude que nous oiïrons au lecteur lui paraît de quelque mérite, c'est aux savants que je viens de nommer qu'en appartient tout l'honneur.
Les Celtes, qui occupèrent l'Europe, des bouches de l'Oby jusqu'aux rives les plus reculées de la vieille Bretagne, ne sont guère connus que de nom dans l'histoire. Leur langue , qui s'est conservée sur quelques points séparés par d'immenses contrées, atteste l'étendue de leur domination: mais c'est l'unique monument qui leur ait survécu. De tous les peuples que les écrivains classent sous ce nom générique, les plus renommés habitèrent les Gaules. C'est de là. selon César et Tacite, qu'ils passèrent peu à peu dans les îles de la Grande-Bretagne, Tacite croit que les Calédoniens, qui peuplaient les montagnes de l'Ecosse septentrionale , étaient originaires de Germanie. Mais ce nom même de Calédoniens, composé de deux mots : CAÉL, gaulois, et don. colline, p irait contredire l'opinion de Thistorien romain , et démontrer que les Calédoniens sortaient des Gaules. Les montagnards d'Ecosse prennent encore aujourd'hui le nom de Caél et appellent leur langue caélic, nom que les autres nations ont adouci et modifié en celui de gaélique. Quoiqu'il en soit de leur origine, les Calédoniens formaient, au temps d'Agricola, un peuple nombreux qui résista courageusement aux invasions des maîtres du monde. C'était une race d'hommes puissants et de haute stature, à la peau blanche, aux cheveux blonds, au regard fier, jaillissant de prunelles azurées ou verdâlres, à la voix rude et sonore. Leurs mœurs étaient simples comme celles de tous les peuples primitifs: leur gouvernement était un mélange d'aristocratie et de monarchie, dominé par l'influence religieuse des druides. Mais qu'était-ce que cette corporation des temps héroiques? L'ambitieux récit des guerres de César, et des masses de pierre que le temps n'a pas achevé d'user, ne nous apprennent rien à cet égard. L'histoire des croyances et de la législation druidique n'existe point : on a dil et redit mille fois la légende du gui sacré; mais quel était cet emblème, le seulqui soit resté d'un culte perdu? Nous sommes réduits à l'ignorer. Plus nous avançons dans la vie, plus les matériaux "deviennent rares à qui veut reconstruire quelque édifice des anciens jours; que de choses dans l'histoire humaine, qui furent grandes et j)uissantes, et dont il nous est resté à peine les noms!.,.
Des prétentions éruditis ont fouillé les sources de l'ét^mologieà propos du mot druide. Les uns ont bien voulu le faire dériver du celte deru , qui signifie chénc. Le mot grec ipOc a pu les aider. D'au-
SUR ossiAN. m
très, plus hardis, ont avancé que druide est francisé d'après le mot gaélique de-rouydd^ composé de deux mots celtes, de ou di (Dieu) et rouydd (s'entretenant). Sans juger la valeur de ces reclverches, j'adopterai volontiers la seconde explication , qui me semble , sinon plus littérale, au moins plus expressive. Quoi qu'il en soit, un fait d'une importance majeure doit nous frapper d'abord : c'est l'ascendant qu'exerce, à l'origine de tous les peuples, l'élément religieux surl'organisation des sociétés. La théocratie avait confié au seul peuple hébreu la mission providentielle de garder le dogme du vrai Dieu ; mais elle régnait (défigurée, sans doute, par l'ignorance de l'état sauvage, et plus tard par les vices de la civilisation païenne) , elle régnait partout, puissante par son principe caché, sur toutes les nations qui ont traversé la surface du monde antique. Les vicissitudes religieuses ont préparé de loin , et plus d'une fois décidé les révolutions politiques.
Les Calédoniens se divisaient en tribus ou clans. Chaque clan avait son chef, et chaque chef était indépendant. Presque toujours en guerre avec les Romains, les tribus se réunissaient pour faire cause commune au premier signal qui annonçait l'ennemi. Après le combat, chacun se retirait pour reprendre la vie nomade du chasseur. Lorsque les druides arrivèrent à l'état de corruption, ils s'emparèrent pea à peu de la puissance suprême, à la faveur du merveilleux dont ils éblouissaient le vulgaire crédule. Les superstitions du fétichisme s'évanouissent devant ce mystérieux sacerdoce qui enveloppait ses rites d'un mystère impénétrable. Mélange dé panthéisme et de métempsycose emprunté aux brahmanes de l'Inde, le druidisme enseignait l'éternité de l'esprit et de la matière ; il ofi"rit aux passions sauvages de ses adeptes la perspective d'un autre monde, où les héros devaient retrouver tout ce qui avait fait leur joie dans celui-ci. La foi en cette résurrection fut acceptée avidement par les peuples du Nord , race de fer, indomptable comme son climat. La vie austère des druides, le commerce secret qu'on leur croyait avec le ciel , vinrent en aide à leur pouvoir. Dominant par la terreur qu'ils inspiraient des choses surnaturelles , ils s'appliquèrent à régner par la science. Dépositaires de l'enseignement et du dogme de la vie future, ils réunissaient en un seul faisceau l'éducation publique, le sacerdoce et la magistrature. Les chefs de tribus restèrent chargés de la puissance executive; mais le droit de créer la loi était entre les mains des druides. Ce fut par leur ordre que les armées durent s'assembler pour la défense commune; ils choisissaient parmi eux un magistrat supérieur, dont l'autorité, comme celle des dictateurs romains, commençait et finissait avec le danger.
Mais lorsque les assauts perpétuels de la conquête romaine rendirent les guerres interminables , le corps des druides , ne se recrutant plus parmi les principaux de la nation , les nobles de ces temps héroïques, s'afi'aiblit peu à peu; leur autorité finit par être usurpée dans le tumulte inséparable de la vie armée. Le sacerdoce plia sous la oui-