‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 3 sur 89 · IV ETUDE CRITIQUE · texte numérisé non relu

IV ETUDE CRITIQUE

rasse, et le chef suprême du peuple, élevé sur le pavois du guerrier, déclara l'autorité absolue dans sa personne, et héréditaire dans sa lamille. La rivalité des chefs de clans devint fatale à l'indépendance nationale. Les guerres, mal conduites, se changèrent en sanglantes défaites. Trenmor, bisaïeul du célèbre î'ingal, chef de cette partie de la Haute-Écosse qui borde la mer au nord-ouest, et qu'on appelait le Mov\en {chaîne des monts), fut le premier qui représenta aux chefs les funestes conséquences de leur division. Il leur proposa de commander chacun à leur tour; ils acceptèrent : tous furent vaincus. Trenmor prit à son sour le commandement, battit l'ennemi, et fut proclamé chef suprême par l'unanimité des tribus. Les druides voulurent réclamer les privilèges de leur ordre: Trenmor, sommé d'abdiquer, résista; une guerre civile s'ensuivit, dont l'issue fut la destruction presque totale des druides. Le petit nombre qui put se soustraire au carnage chercha un asile ignoré dans les forêts et les cavernes.

Du reste, l'autorité du roi, excepté en temps de guerre, était trèsbornée. Chaque chef restait souverain dans sa tribu; mais son pouvoir même n'y était pas illimité. Quand la gloire ou la sûreté de la tribu était menacée, les ordres des chefs étaient sacrés; mais si un individu se croyait opprimé dans sa tribu, il passait dans une autre, au sein de laquelle il trouvait tous les avantages que sa patrie lui refusait. La crainte de ces désertions rendait les chefs très-modérés dans l'usage de leur autorité. Comme le degré de leur puissance dépendait du nombre de leurs sujets, ils évitaient avec soin tout ce qui pouvait le diminuer.

Ce qui contribua surtout à affermir l'autorité des chefs dans leur tribu, et le pouvoir du roi sur les chefs, ce furent les chants des bardes. Ces bardes étaient des druides d'un rang inférieur, qui ne partagèrent point la ruine de leur ordre.

Le vainqueur, jaloux d'immortaliser son nom, épargna les dispensateurs de la gloire. Ils lui témoignèrent leur reconnaissance en le chantant comme un héros doué de toutes les vertus. Disciples des druides, initiés aux mystères de cet ordre fameux, leur génie et leurs connaissances les mettaient fort au-dessus de leurs compatriotes. Ils se formèrent l'idée d'un héros accompli, et donnèrent à leur roi le caractère qui n'existait que dans leur imagination. Les chefs prirent ce héros idéal pour modèle, et leurs efforts pour l'imiter créèrent dans leurs àines tous les sentiments héroïques qu'on trouve dans les poésies de ces temps. Cette émulation continuelle forma à la fin le caractère général de la nation, assemblage heureux de la valeur lière d'un peuple sauvage et des plus belles vertus d'une nation civilisée.

Les actions d'un tel peuple deviennent intéressantes et dignes de la postérité. La gloire de la nation éveille le génie du poêle. Il brûle d'immortaliser la renommée de sa patrie. Le langage vulgaire lui paraît au-dessous des grandes choses qu'il veut célébrer : la mesure et l'harmonie aident à imprimer ses récits dans la mémoire de ceux qui

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