‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 21 sur 89 · POEME EN SIX CHANTS · texte numérisé non relu

POEME EN SIX CHANTS

CHANT PUEMIER.

Arto, roi d'Irlande, venait de mourir dans son palais de Temora, laissant Cormac, son fils, au berceau. Les tribus, assemblées pour donner un tuteur à l'héritier du pouvoir, réunirent leurs suffrages sur Cuchullin, fils de Semo, souverain de l'une des Hébrides. L'élection était à peine achevée, qu'on vint apprendre à Cuchullin que Swaran , roi de Loclin, en Scandinavie , préparait une descente sur les côtes d'Irlande. Il envoie aussitôt un de ses officiers, Moran, réclamer le secours de Fingal, chef de ces Calédoniens qui habitaient la côte occidentale de l'Ecosse. Fingal se met en route, lorsque Swaran menaçait déjà l'Ulster, province d'Irlande. Cuchullin avait rangé en bataille l'élite des tribus sous les murs de Tura , et ses vedettes surveillaient toute la côte.

C'est là que le poème commence. L'action ne dure que cinq jours et cinq nuits. La scène est dans la plaine de Lena, auprès du mont Cromla, sur la côte de l'Ulster. Fingal, pèred'Ossian et roi du Morven, ou des montagnes d'Ecosse , est le héros de cette épopée gaélique.

Au retour de Moran, qui annonce l'approche des Scandinaves, Cuchullin tient conseil avec les chefs des tribus. — Connal, roi de Togorma , se prononce pour la paix à tout prix, jusqu'à l'arrivée des secours que Fingal a promis. — Calmar, fils de Matha , souverain de Lara, dans la province de Connaught , repousse comme une lâcheté l'avis de Connal , et la guerre est décidée. — En marchant au combat , Cuchullin s'aperçoit de l'absence de ses plus braves amis , Fergus , Ducomar et Caïrbar. — Fergus reparaît , et raconte la mort de ses deux compagnons. — Épisode de Morna. — Débarquement des Scandinaves. — Les deux armées font des prodiges de valeur, jusqu'à ce que la nuit les sépare et laisse la victoire indécise. — Cuchullin, fidèle à l'hospitalité des temps antiques , fait inviter Swaran au festin des guerriers. — Refus du chef ennemi. — Les bardes d'Irlande prennent leurs harpes pour chanter les héros. — Histoire de Grudar et Brassolis. — L'armée s'endort sur les bruyères , tandis que les vedettes surveillent les feux des Scandinaves. C'est la fin de la première journée.

Cuchullin * se reposait près des murs de Tura, sous un arbre au tremblant feuillage, à Tabri d'une roche tapissée de

i. Cuchullin, en langue gaélique, signifie la voix d'UlUn. C'est le nom que les bardes donnèrent au fils de Semo, parce qu'il commandait les

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bruyère fleurie. Sa pique et son bouclier étaient jetés auprès de lui sur le gazon. Il rêvait, en silence, au guerrier Caïrbar*, qu'il avait tué dans les combats, lorsque Moran, chargé de surveiller l'Océan, reparaît plein de trouble.

« Lève-toi, Guchullin, lève-toi, dit le jeune homme; voici les vaisseaux de Swaran : Guchullin, l'ennemi est immense; la mer sombre roule avec ses vagues une foule de héros.

— Enfant de Fithil, répond le chef aux yeux bleus, je te vois toujours trembler : tapeur a grossi le nombre de mes ennemis. Sais-tu si ce n'est pas Fingal, le roi des Monts Solitaires*, qui vient me secourir dans les plaines vertes d'Ullin ' ?

— J'ai vu leur chef, reprit Moran; il est haut et menaçant comme un rocher de glace. Sa lance ressemble à ce vieux sapin; son bouclier est aussi large que la lune au bord de l'ho-

troupes de l'Ulsler contre les Firbolg, ou les Belges, qui habilaienl le Connaughl. Guchullin, étant encore très-jeune, épousa Bragela, fille deSorglah , et passa en IrlanJe, où il vécut quelque temps a\ec Connal , roi de rUlster. Il s acquit bientôt une telle renommée de sagesse et de valeur, qu'on lui confia le gouvernement d'Irlande pendant la minorité de Cormac, et qu'il fut cliargé seul de conduire la guerre contre Swaran. Après s'être distingué par quantité de belles actions, il fut tué dans une bataille donnée dans la province de Connaught, à l'âge de vingt-sept ans. Sa force était si extraordinaire, qu'elle avait passé en proverbe, et que , pour donner une grande idée de la vigueur d'un héros, on disait qu'il avait la force de Guchullin. On montre encore les ruines de son palais à Dunscaih, dans l'ile de Schye, et la pierre où il attachait son dogue Luath s'appelle encore aujourd'hui la pierre de Guchullin.

i. Ge n'est jias ce Gaïrbar, fils de Borbar-Duthul , et frère de Cathmor, dont il sera question dans le po(?mc de Temora.

2. Fingal, nis de Gomhal et de Morna, fille de Traddu. Il est souvent question dans les poèmes suivants de Trathal, son aïeul, et de Trenmor, son bisaïeul Suivant la tradition , Trenmor eut deux fils : Trathal, qui lui succéda sur le trône d'I^osse, elGonar, appelé par les bardes Gonar le Grand , qui fut élu roi de toute l'ii lande. Gesl de ce Gonar que descendait Corraac , qui occupait le trône d'Irlande lors de iinvasion de Swaran. Quand on voit Guchullin avoir sitôt recours à un prince étranger, on en peut conclure ijue l'Irlande n'était i)as alors aussi peuplée qu'elle Vu. été depuis , ce (jui serait une furie présoniplion contre la haute antiiiuilé de cette nation. Tacile nous dit que, du temps d'Agricola , on crut qu'il Suffirait d'une légion pour réduire l'ile entière sous le joug des Romains : ce qui n'aurait pas été possible si elle avait été habitée depuis plusieurs siècle».

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