‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 24 sur 89 · Il y a dans l'original roi des Coquilles · texte numérisé non relu

Il y a dans l'original roi des Coquilles

basanée a la couleur de mon arc. Ses yeux lancent l'éclair. Sa chevelure tombe de sa tête en onde de flammes, lorsque, penché en avant, il agite sa lance! Fuis, roi de l'Océan, fuis; car voici la tempête le long des vallées sonores.

— Quand m'as-tu vu fuir, quel que fût le nombre des lances ennemies? Quand m'as-tu vu fuir, fils d'Arno, guerrier sans courage? J'ai bravé les tempêtes du Gormal et les gouffres des flots. J'ai bravé les nues orageuses , et je fuirais un guerrier ! Non ! fût-ce Fingal lui-même, mon âme ne serait point émue à son aspect. Levez-vous pour combattre, mes fidèles! Faites-moi une ceinture d'acier! Restez fermes autour du chef, comme nos rochers, qui bravent l'orage, et opposent leurs manteaux de forêts à la furie des vents. »

Les héros s'avancent. Telles, dans l'automne, deux nuées chargées de foudre s'élancent l'une contre l'autre , de deux cimes opposées, ou tels qu'on voit deux torrents s'atteindre, se mêler, se combattre et mugir, confondus dans la plaine : ainsi se heurtent et se mêlent les armées de Loclin et d'Inisfail. Le chef combat le chef; le guerrier joint le guerrier; Tacier frappe, est frappé. Les casques volent en éclats : le sang coule et fume; les cordes vibrent sur les arcs tendus; les flèches sifflent dans l'air, et des lances froissées jaillissent des reflets blafards, dont la nuit troublée s'illumine.

Des cris de mort se croisent dans la mêlée. Tel est le bruit confus de l'Océan, quand la tempête fouille ses profondeurs; tels senties derniers éclats du tonnerre. Quand les cent bardes de Gormac auraient uni leurs voix pour chanter cette bataille, leurs voix seraient restées trop faibles pour transmettre à l'avenir les noms de tous les morts. Les héros tombaient sur les héros comme des épis fauchés, et le sang des braves creusait des ruisseaux.

Pleurez, bardes, pleurez la mort du noble Sithallin! Que les gémissements de Fiona fassent retentir la demeure de son cher Ardan! Ils sont tombés, comme deux chevreuils au désert, sous la main deSwaran. Swaran rugissait, au milieu de ses guerriers, comme l'esprit de l'orage, quand, assis sur les nuées du Gormal , il regarde avec joie périr le matelot naufragé.

Ta main n'est pas oisive, ô chef de l'île des Brouillards! CuchuUin, ton bras donna plus d'une fois la mort. Ton glaive était comme le serpent de la foudre, qui tue d'un souffle les

enfants des vallées, et secoue l'incendie sur la chevelure des collines. Dusronnal hennissait sur les corps des héros, et Sifadda baignait ses pieds dans le sang. Sous leurs pas, le champ était labouré comme le désert de Gromla', lorsque l'ouragan, conduit par les esprits de la nuit, ravage l'humble bruyère et tord les géants de la forêt.

Pleure sur tes rochers, ô fille d'Inistore '^ ! Fille plus belle que l'esprit des collines, lorsque, sur un rayon du soleil couchant, il traverse les plaines silencieuses de Morven, penche ta belle tête sur les flots. Il est tombé, ton doux amant; il est tombé, pâle et sans vie, sous le glaive deCuchullin. Son jeune courage ne montrera plus en lui le digne rejeton des rois. Trenar, ton bien-aimé, n'est plus, ô fille d'Inistorel Ses dogues fidèles hurlent dans son palais, en voyant passer son ombre. Son arc est détendu dans sa cabane ; le silence pleure dans ses bois.

L'armée de Swaran s'avance comme la mer. Mais, comme le rocher brise le choc des flots, ainsi les guerriers d'Inisfail attendent et bravent l'armée de Swaran. La mort élève toutes ses voix à la fois, et les mêle au son des boucliers. Chaque héros est une colonne de ténèbres, et son glaive en sa main brille comme un rayon de feu. La plaine gémit comme le fer rouge sorti de la fournaise, que cent marteaux frappent tour à tour.

Quels sont ces guerriers indomptables sur la bruyère de Lena? On dirait deux nuages, dont les chocs redoublés sèment l'éclair et la foudre autour d'eux. Sans doute, c'est le fils de l'Océan *, et le roi d'Érin *. Les deux armées, inquiètes.

i . L'île de Schye. Ce n'est pas sans raison qu'on la nomme l'île des Brouillards : ses liantes montagnes arrêtent les vapeurs de l'Océan , et y causent des pluies presque continuelles.

2. C'était la fille de Gorlo , roi d'Inistore , ou des îles Orcades. Trenar était frère du roi d'Inisco , qu'on croit être une des îles de Shetland. Les Orcades et les îles de Shetland étaient alors soumises au roi de Loclin. On voit ici que les dogues de Trenar savent sa mort aussitôt qu'il est tué. On croyait alors que les âmes des héros allaient immédiatement après leur mort sur les collines de leurs pays, et qu'elles visitaient les lieux où ils avaient passé le temps le plus heureux de leur vie; on croyait aussi que leurs ombres apparaissaient à leurs dogues et à leurs chevaux.

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