Ço sont les Ruerricrs de Swaraij
« Combien de mes hëros, disait-il, combien de chefs d'Inisfail, dont la joie éclatait dans nos fêtes, sont maintenant couchés sans sépulture à travers la plaine!,.. Je ne compterai plus leurs pas sur la bruyère, je n'entendrai plus leurs voix à la chasse des chevreuils. Pâles et muets, ils gisent dans le sang de leurs plaies, ces guerriers qui furent mes amis. Esprits de ces héros qui m'aimaient, venez visiter Cuchullin dans sa solitude, venez sur les vents qui font gémir le feuillage des grottes de Tura, venez converser avec moi; c'est là qu'éloigné des humains, je vais finir mes derniers jours. Nul barde ne gardera ma mémoire; nul monument ne portera mon nom. Pleure-moi, ô Bragela! Cuchullin se cache parmi les morts, car sa renommée s'est évanouie. »
Ainsi gémissait le chef d'Érin, errant dans les bois déserts du Cromla.
Fingal, debout sur son vaisseau, brandissait sa pique acérée : terrible était l'éclat de son armure, comme les feux sombres du météore de la mort, qui effrayent le voyageur égaré, à l'heure où la lune s'éclipse dans les cieux.
« L'esprit de la guerre a semé le trépas, dit Fingal, et je vois partout le sang de mes amis. Le deuil couvre les champs de Lena ; la solitude habite les forêts du Cromla : elles ont vu tomber leurs chasseurs dans la force de l'âge; et le fils de Semo n'est plus. Ryno, Fillan, mes enfants, faites retentir le cor; montez sur cette colline, et, debout sur la pierre du tombeau de Lamdarg, appelez les ennemis. Que votre voix domine les bataillons, comme celle de votre père, lorsqu'il engage le combat et déploie sa valeur. J'attends sur ce rivage l'odieux Swaran : vienne avec lui tout son peuple! Ils verront combien sont âpres à la vengeance les amis des morts ! »
Ryno vole comme l'éclair ; Fillan le suit d'un pas moins rapide : son regard est sombre comme les brumes de l'automne. Déjà leur voix a retenti sur les bruyères de Lena : les enfants de l'Océan ont reconnu les sons du cor de Fingal. La vague battue par les vents ne descend pas des grèves du royaume des Neiges avec plus de fougue et de bruit que les fils de Loclin du penchant de la colline. A leur tête marche Swaran, la menace à la bouche et la rage au cœur. De ses yeux étincelants jaillissent les traits du meurtre.
Fingal reconnaît le fils de Starno, et se rappelle Agandecca. Swaran, jeune encore, avait pleuré sa sœur. Fingal lui envoie le barde Ullin pour l'inviter au festin de la guerre; car son âme est tristement émue au souvenir de ses premières amours.
Ullin , d'un pas ralenti par l'âge , marche vers le fils de Starno et lui dit :
a 0 toi qui habites loin de nous sur la terre de Loclin, viens à la fête du chef de Morven , et passe ce jour dans le repos ; demain, ô Swaran, nous combattrons, nous briserons les boucliers.
— Non, pas demain! répond le fils de Starno ; c'est aujourd'hui que nous briserons les boucliers : va dire à Fingal que, demain, ma fête sera célébrée sur la terre qui foulera son cadavre. J>
Ullin revient vers Fingal :
oc Eh bien! dit Fingal' en souriant, que demain Swaran donne sa fête; aujourd'hui, mes fidèles, nous briserons les boucliers. Ossian, reste à mes côtés ; Gaul, aiguise ton glaive; Fergus, bande ton arc; et toi, Fillan, prépare ta lance. Levez tous vos larges boucliers; que les cimiers de vos casques soient les crinières de la mort. Marchons au-devant de la gloire, et, si la nuit nous surprend, ralliez-vous aux lueurs de mon armure. »
L'ouragan déchaîné sur Morven, les nuages amoncelés à travers les cieux, les flots de l'Océan furieux envahissant ses rivages, sont moins terribles que la mêlée des deux peuples sur la plaine immense de Lena. Les cris des mourants hurlent parmi les collines, comme les aboiements de la foudre dans la nuit, lorsque la nue se déchire au-dessus de Cona, et qu'on entend les cris aigus de mille fantômes portés sur les vents.
Fingal s'élance au plus épais des rangs ennemis. Les chênes courbés gémissent, et les rochers roulent sous les pieds des bataillons.
Le sang ruisselle sous la main de mon père*. Il se rappelle
i . Le po('tc ne s'arrOle point n ilirc qn'UUin revient et qu'il rapporte à Fingal la réponse de Swaran ; on le verra souvent supprimer ces liaisons intermédiaires.