‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 29 sur 89 · PERSONNAGES · texte numérisé non relu

PERSONNAGES

FiNGAL , roi de Morven.

CoMALA , fille de Sarno, roi d'Inislore, amante de Fingal.

HiDALLAN, fils de Lamor, amant de Comala.

,, ' { filles de Morni, compagnes de Comala.

MeLILCOMA, ) ) ^ D

Bardes.

Comala, fille de Sarno, roi d'Inistore ou des îles Orcades, avait conçu pour Fingal une passion si violente, qu'elle se déguisa en jeune guerrier pour le suivre. — Elle fut reconnue par Hidallan, un des chefs de l'armée de Fingal, dont elle avait méprisé l'amour. — Fingal était à la veille de l'épouser, lorsqu'on vint lui annoncer l'invasion de Caracul. En partant pour le combat, il laisse Comala sur une colline, promettant de venir la rejoindre dès le soir même, s'il survivait à la bataille. Victorieux, il envoie Hidallan audevant de la jeune fille. Celui-ci, pour se venger des dédains de Comala, lui annonce la mort de son amant. — Désespoir de Comala. — Fingal arrive : elle n'ose en croire ses yeux , elle le prend pour son ombre ; mais quand elle est sûre que c'est lui, elle expire de l'excès de sa joie. — Le fond de ce poëme est historique : Caracul, dont il est ici question, est Caracalla, fils de Septime-Sévère, qui, en 2Ji, entreprit une expédition contre les Calédoniens.

EESAGRENA.

La chasse est finie. On n'entend plus sur l'Arven que le bruit du torrent. Fille de Morni, viens des rives de Crona *, dépose ton arc, et prends ta harpe ; que nos chants joyeux commencent avec la nuit, et fassent retentir les échos de ces collines.

MELILCOMA.

La nuit tombant des monts étend ses voiles sombres sur

4.Crona»osl le nom d'un petit torrent qui se décharge dans celui de Carron.

COMALA. 65

les bruyères. Un daim reposait près du ruisseau de Grona. Je l'ai pris dans l'obscurité pour un tertre couvert de mousse; mais bientôt je l'ai vu bondir et disparaître. Un tremblant météore se jouait entre les rameaux de son bois, et les fantômes avançaient leurs têtes pâles au bord de leurs nuages.

DESAGRENA.

Ah ! ce sont les présages de la mort de Fingal. Le roi des boucliers est tombé , et Garacul triomphe ! Lève-toi, Gomala , sors de tes rochers : fille de Sarno, lève-toi, et verse des pleurs amers; ton bien-aimé n'est plus, et son ombre erre déjà sur nos collines.

MELILCOMA.

Vois, ma sœuri Gomala s'est assise au milieu du désert, et s'abandonne au désespoir. Deux dogues au poil gris secouent près d'elle leurs oreilles hérissées, et de leurs naseaux brûlants aspirent la bise du nord. Gomala repose sur son bras son front mélancolique, et le vent de la montagne se joue dans ses cheveux. Elle tourne ses beaux yeux vers les champs d'où son amant lui a promis de revenir avant la fin du jour. Mais, hélas î la nuit s'épaissit autour de nous : Fingal, ô Fingal ! où es-tu?

COMALA.

Torrent fougueux de Garron, pourquoi roules-tu des flots de sang ? Le bruit de la bataille a-t-il rugi sur tes bords ? Dort-il, le roi de Morven? 0 lune, fille du ciel, lève-toi, perce le nuage épais qui te couvre ; fais resplendir dans la nuit l'armure de nlon bien-aimé, ou plutôt que le météore qui éclaire les âmes de nos pères , allumant dans l'ombre sa lueur funéraire , me précède vers les lieux où mon héros est tombé.... Hélas! qui me défendra contre la douleur? qui me protégera contre l'amour d'Hidallan?... Je ne verrai donc plus Fingal triomphant au milieu de ses guerriers, comme le premier rayon du jour à travers la nue qui porte l'ondée matinale !

HiDALLAN, euvoyé par Fingal pour annoncer son retour à Comala.

Rassemblez-vous, brumes ténébreuses du Grona, enveloppez le chasseur dans vos linceuls flottants , dérobez à mes yeux la trace de ses pas ! Je veux perdre jusqu'au souvenir de mon ami. Les débris de la bataille sont dispersés ; les guerriers ne se pressent plus autour du bouclier. 0 Garron 1 roule des flots

66 COMALA.

de sang : le chef du peuple est couché pour toujours sur le champ de la mort I

COMALA.

Enfant de la nuit, dis-moi quel héros est tombé aux bords du Carron. Était-il blanc comme la neige d'Arven, éclatant comme l'arc de la pluie? Sa chevelure douce et bouclée ressemblait-elle au brouillard de la colline, dorant ses légers flocons aux reflets du soleil? Était-il, dans le combat, terrible comme la foudre, léger comme le chevreuil du désert?

HIDALLAN.

Oh ! que ne puis-je voir sa bien-aimée penchée sur son rocher, voir ses yeux rougis, obscurcis par les pleurs, et sa joue brûlante à moitié voilée dans ses cheveux ! Souffle , doux zéphyr, soulève l'épaisse chevelure de cette belle vierge; découvre à mes yeux ses bras d'albâtre, et son sein de neige flétri par la douleur !

COMALA.

Qu'entends-je?... Le fils de Comhal a-t-il perdu la vie?... Le tonnerre roule sur la montagne : l'éclair vole sur ses ailes de feu. Mais qui peut effrayer Gomala, lorsque Fingal n'est plus? Parle, messager sinistre, dis-moi, qu'est devenu celui dont le bras redouté broyait les boucliers ?

HIDALLAN.

Les nations errantes pleurent sur leurs collines ; elles n'entendront plus la grande voix de leur chef.

COMALA.

Que le malheur te poursuive dans tes plaines, roi du Monde ' ; que la destruction fonde sur toi ; que tes premiers pas rencontrent le tombeau; qu'une femme aimée te pleure, qu'elle expire de douleur au matin de sa vie , comme va mourir l'infortunée Gomala! Pourquoi m'as-tu dit, ô Hidallan, que mon héros est mort? J'aurais espéré quelque temps son retour; j'aurais cru l'apercevoir sur les rochers lointains. La forme d'un arbre aurait pu tromper mes j-eux, et le bruit des vents imiter son cor à mon oreille déçue.... Oh ! que ne suis-je auprès de lui sur les bords du Carron ! Mes larmes brûlantes réchaufferaient ses lèvres glacées I

<• L'empereur Sévère, père de Caracalh , qui avail ordonné l'expédilion contre les Calédoniens.

COMALA. 6t

HIDALLAN.

Il n'est point couché près du Carron; c'est sur Arven que les guerriers élèvent sa tombe. Éclaire, ô Lune, de tes pâles regards, les restes de Fingal; qu'à ta clarté, Comala puisse voir encore de loin l'éclat de son armure !

COMALA , s' adressant à ceux qu'elle croit voir porter le corps de Fingal.

Arrêtez, enfants du tombeau, arrêtez; je veux encore une fois voir mon bien-aimé. Hélas ! il m'a laissée seule à la chasse ; j'ignorais qu'il partait pour la guerre : il me disait qu'il reviendrait avec la nuit ; est-ce donc ainsi qu'il devait revenir, le roi de Morven !... Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'il devait périr, triste habitant du rocher * ? Tu voyais dans l'avenir le jeune héros nageant dans son sang! et tu ne l'as pas dit à Comala !

MELILCOMA.

Quel bruit entends-je sur Arven? Quelles sont ces formes errantes qui se meuvent et brillent dans la vallée , comme les ondes amoncelées d'un fleuve à la clarté de la lune?

COMALA.

Quel autre serait-ce que l'ennemi de Comala ^, le fils du roi du Monde?

Ombre de Fingal, du sein de ton nuage , dirige l'arc de Comala ; que Caracul tombe comme le lièvre de la forêt.... Mais c'est Fingal que je vois là-bas', accompagné des âmes de ses aïeux. 0 mon unique aimé, pourquoi ton ombre vient-elle effrayer et charmer mon âme ?

FINGAL parait entouré de ses guerriers.

Bardes, prenez vos harpes sonores, chantez la guerre de Carron. Caracul a fui devant moi sur la plaine où son orgueil espérait triompher. Il a fui devant moi, semblable au météore dont le sein recèle un fantôme de la nuit , quand les vents le

i. Sans doule qu'il existait encore quelques druides au commencement du règne de Fingal , et que Comala en avait consulté un sur l'événement de la guerre contre Caracalla, Elle l'appelle enfant du rocher, parce que l'ordre des druides était détruit; ceux qui restèrent se retirèrent sur les rochers et dans des cavernes.

Page 1