‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 4 sur 89 · SUR OSSIAN. V · texte numérisé non relu

SUR OSSIAN. V

récoutent. C'eût été là sans doute l'origine de la poésie chez les Calédoniens, si cet art n'eût pas fait partie de la religion des druides. C'est à la poésie que la plupart des nations ont confié leur histoire. L'usage de répéter les poèmes historiques dans toutes les occasions solennelles et de les enseigner aux enfants, a suffi pour les conserver longtenaps sans le secours de l'écriture. Cette chronique auriculaire s'est perpétuée chez les Germains jusqu'au viir siècle. Le roi n'était pas le seul qui eût des bardes à sa suite; chaque chef avait les siens , et ceux-ci avaient sous leurs ordres un certain nombre de bardes inférieurs proportionné à la puissance du chef. Le roi donnait tous les ans u»ne fête où les bardes de toutes les tribus s'assemblaient pour répéter leurs poèmes. Il jugeait, avec les chefs, ceux qui méritaient d'être enseignés aux enfants. On trouve un exemple de ce concours dans les Chants de Selma. A l'armée , tous las bardes se réunissaient dans les occasions mémorables et chantaient en chœur, soit pour célébrer une victoire, soit pour déplorer la mort d'un personnage distingué. Les bardes servaient de héraultspour annoncer la paix ou la guerre. Les chefs et le roi n'employaient jamais d'autres ambassadeurs; leur personne était sacrée; et l'on voit dans Temora un usurpateur qui n'ose lever sur eux la main qu'il venait de tremper dans le sang de son roi. Les honneurs dont ils jouissaient rendirent dans la suite leur caste très-orgueilleuse. Ils composaient des satires sanglantes contre tous ceux que leurs protecteurs n'aimaient pas ; et, revêtus du caractère d'ambassadeurs, ils portèrent la licence jusqu'à accabler d'injures les chefs qui refusaient leurs propositions.

Il paraît qu'après l'introduction du christianisme, quelques-uns se firent prêtres. Ce fut peut-être pour cette raison qu'on les appela clercs^ du mot latin clericus. Les clercs, quelle que soit l'étymologie de leur nom, devinrent un fléau public. Abusant de la considération qu'on avait pour leur ordre, ils venaient en grand nombre chez les chefs et y vivaient à discrétion, jusqu'à ce qu'une autre troupe vînt les en chasser avec les armes de la satire. La tradition nous a conservé quelques-uns de ces combats poétiques; et rien ne prouve mieux jusqu'à quel point les bardes portaient alors la licence, et combien la poésie avait dégénéré.

Prodiguant sans choix la louange et le blâme, ils érigeaient en héros un petit tyran dont le nom était à peine connu au delà du vallon où il régnait. Prostituant ainsi sans pudeur la louange à ceux qui en étaient le moins dignes, les bardes rendirent leurs panégyriques méprisables. Les chefs, lassés d'eux, les chassèrent honteusement. Le peuple les accueillit. Errants de tribus en tribus, ils amusaient leurs hôtes en répétant les compositions de leurs prédécesseurs, ou en flattant leur vanité par de fausses généalogies. Ils eurent bientôt recours à des moyens plus puissants pour charmer le vulgaire. Ils inventèrent des fables, ils substituèrent les châteaux enchantés, les géants, les nains, les magiciens et tout le merveilleux des romans, à la vérité de l'histoire. Chacun, en répétant ces contes, y ajoutait

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