‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 34 sur 89 · Bisaïeul de Fingal · texte numérisé non relu

Bisaïeul de Fingal

LA GUERRE d'iNISTONA. 79

la voix de ses bardes ; ils chantent la force de son bras et les exploits de sa jeunesse.

Oscar revenait de la chasse. Il entendit les louanges de Fingal. Il prend le bouclier de Branno ' , qui était suspendu au mur du palais. Ses yeux se remplissent de larmes. Le feu de la jeunesse colore ses joues. Sa voix est faible et tremblante ; il saisit ma lance et l'agite d'un air menaçant. Il adresse ces paroles au roi de Morven :

« Fingal, roi des héros, et toi, Ossian , le premier après lui, vous avez combattu dans votre jeunesse; vos noms sont fameux ; mais Oscar est ici comme le brouillard de la colline, qui paraît un moment et s'évanouit pour toujours. Mon nom sera ignoré des bardes ; le chasseur ne cherchera point ma tombe sur la bruyère. Héros comblés de gloire, laissezmoi combattre dans la guerre d'Inistona. C'est un pays lointain ; le bruit de ma mort ne viendra point jusqu'à vous; mais quelque barde m'y trouvera et recommandera mon nom dans ses chants. La fille de l'étranger verra ma tombe et donnera quelques larmes au jeune guerrier venu de si loin pour combattre. Le barde, au milieu de la fête, s'écriera : Écoutez^ je vais chanter Oscar ^ ce vaillant étranger.

— Tu combattras, héritier de ma renommée, répondit le roi de Morven. Qu'on prépare un vaisseau pour porter mon héros sur la côte d'Inistona. Fils d'Ossian, souviens-toi de nos exploits , souviens-toi que tu es de la race des héros. Que l'étranger ne dise pas avec dédain : « Ils sont faibles, les « enfants de Morven.... » Dans les combats, renverse et rugis comme la tempête ; dans la paix, sois calme comme le soir d'un beau jour. Dis au roi d'Inistona que je me souviens de sa jeunesse et du jour où nous combattîmes sous les yeux d'Agandecca. »

Déjà les voiles sont déployées, le vent siffle dans les agrès*. Les rochers sont blanchis par l'écume des flots, et l'Océan mugit sous le vaisseau d'Oscar. Mon fils découvre enfin,

A. Branno, père d'Evirailina, ou Evir-Allin, femme d'Ossian, et mère d'Oscar. La tradition a conservé le souvenir de ses exploits , et son hospitalité est passée en proverbe.

2. Il y a dans l'original : Lèvent sifjle dans les courroies des mats ^ parce que , du temps d'Ossian , on se servait de courroies de cuir au lieu de cordes.

80 LA GUERRE d'iNISTONA.

du sein des mers , la côte d'Inistona ; il entre dans la baie retentissante de Runa, et renvoie son glaive au malheureux Anir.

A la vue du glaive de Fingal, ce héros se lève, ses yeux se remplissent de douces larmes; il se rappelle les combats ce sa jeunesse. Deux fois Fingal et lui combattirent avec gloire sous les yeux de la belle Agandecca. Les héros tremblants se tenaient à l'écart, comme s'ils eussent vu deux fantômes furieux lutter ensemble dans les airs.

c( Aujourd'hui, s'écrie le roi d'Inistona, je suis vieux, mon glaive rouillé repose dans mon palais. Digne rejeton de la race de Morven, Anir leva aussi la lance dans les combats. Mais il est faible maintenant et flétri par les années. .Te n'ai point de fils que je puisse envoyer au-devant de toi, qui puisse te conduire au palais de ses aïeux. Argon est dans la tombe, et Ruro l'a suivi. Ma fille est dans le palais du rebelle étranger', elle languit du désir de voir ma tombe : son époux commande à dix mille lances, et vient de Lano comme un nuage qui porte la mort. Enfant de Morven, viens t'asseoir à la fête d'Anir. »

La fête dura trois jours, et, le quatrième, Anir connut le nom d'Oscar*; la joie redoubla, et ils allèrent ensemble poursuivre les sangliers de Runa.

Fatigués, les deux héros se reposèrent au bord d'une fontaine : des larmes s'échappèrent en secret des yeux d'Anir. Il poussa un profond soupir.

« Là, dit-il, là dorment les enfants de ma jeunesse. Cette pierre couvre mon cher Ruro, ce chêne gémit sur la tombe d'Argon. 0 mes enfants! du fond de votre sombre demeure, entendez-vous ma voix? Est-ce la vôtre qui murmure dans ce feuillage qu'agitent les vents?

— Roi d'Inistona, dit Oscar, comment sont-ils tombés, tes enfants? Le sanglier farouche passe souvent sur leurs tombes; mais il ne les détourne pas de leur chasse : ils poursuivent encore, dans l'espace, des nuages légers qui ont pris la forme

Page 1