‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 35 sur 89 · Cormalo, son gendre, qui voulail le délroncr · texte numérisé non relu

Cormalo, son gendre, qui voulail le délroncr

2. On croyait que c'était enfreindre les lois de l'hospilalilé.que de demander le nom d'un étranger avant de l'avoir traité pendant trois jours. Quand on disait de quelqu'un qu'il demandait le nom de Tetrauger, c'était l'injure la plus grave dont on pùl le blesser : c'était lui reprocher qu'il n'exerçait pas riiospitalité, celle grande verlu des temps héroïques.

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des cerfs et des chevreuils; ils bandent leur arc aérien, ils aiment encore tous les amusements de leur jeunesse et montent avec joie sur les vents '.

— Gormalo, reprit le vieillard, commande à dix mille guerriers. Il habite les bords du lac de Lano *, dont les noires ondes exhalent les vapeurs de la miort. Il vint au palais de Ruro; il prit part à la joute des lances *; il était jeune et beau comme le premier rayon de l'aurore. Mes guerriers lui cédèrent la victoire, et ma fille lui donna son cœur.

« Argon et Ruro revenaient de la chasse ; ils versèrent des larmes de dépit, ils ne purent voir sans indignation que les héros de Runa eussent cédé à un étranger; ils donnèrent pendant trois jours des fêtes à Gormalo. Le quatrième. Argon jouta de la lance avec lui. Mais qui pouvait lutter contre Argon? Le chef de Lano fut vaincu, son orgueil s'en irrita : il résolut en secret la mort de mes deux fils.

« Un jour qu'ils poursuivaient ensemble les biches timides sur les collines, la flèche de Gormalo fend l'air, et mes deux fils tombent expirants. Le perfide revint trouver l'objet de son amour, la fille d'Inistona : ils s'enfuirent ensemble à travers le désert, et Anir resta seul.

« La nuit vint, le jour lui succéda, et je n'entendais ni la voix d'Argon ni celle de Ruro. Enfin parut leur chien fidèle, le fidèle Runaro. Il bondit aux portes de mon palais, il pousse des hurlements plaintifs, et sans cesse tourne ses regards vers le lieu funeste où ses maîtres gisent inanimés. Nous le suivons : bientôt les deux cadavres nous apparaissent, et nous creusons leur fosse auprès de cette fontaine.

(c G'est toujours là qu'Anir se repose quand la chasse est finie ; je me penche sur leurs tombes, et mes larmes coulent.

< . 11 y a dans l'original : Ils se réjouissent dans les coquilles. On disait alors sa réjouir dans les coquilles , pour dtixQ/aire bonne chère et hoire lar~ gcment. Les Calédoniens buvaient dans de grandes coquilles. Ossian croyait, ainsi que les Grecs et les Romains , que l'àme séparée du corps conservait encore les mêmes goûls qu'on avait eus pendant sa vie.

2. Lano était un lac de Scandinavie, célèbre du temps d'Ossian, par le» vapeurs empestées qu'il exhalait dans l'automne.

3. On appelait cette joule, en usage chez les anciens peuples du Nord, l'honneur de la lance.

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— Ogar, Ronnan, chefs de Morven, s'écria le bouillant Oscar, rassemblez tous mes guerriers. Aujourd'hui, nous allons sur les bords du lac de Lano; Cormalo ne se réjouira pas longtemps : la mort aiguise la pointe de nos glaives. »

Ils traversent le désert, semblables au nuage qui porte la foudre : les vents le roulent sur la plaine; l'éclair bleuâtre sillonne ses flancs, et les bois d'alentour redoutent l'orage.

Déjà le cor d'Oscar annonce la bataille, toutes les vagues du Lano frémissent, et les guerriers de Cormalo se pressent autour de son bouclier.

Oscar combat, comme Oscar a toujours combattu. Cormalo tombe sous ses coups, et ses guerriers vont se cacher dans leurs obscures vallées. Le vainqueur ramène la fille d'Inistona au palais d'Anir ; la joie brille sur le front du vieillard, il bénit le héros de Morven.

Quels furent les transports d'Ossian quand il aperçut de loin le vaisseau de son fîls! Le voyageur égaré dans une terre inconnue, et qu'une nuit affreuse environne de fantômes, ne voit pas avec une joie plus vive briller un nuage lumineux aux portes de l'Orient.

Nous le conduisîmes en chantant au palais de Selma. Fingai ordonne une fête; mille bardes élèvent aux nues le nom du vaillant Oscar. Morven retentit des accents de leur voix. La fille de Toscar chante aussi les louanges du héros: sa voix était douce comme une harpe qu'on entend le soir dans l'éloignement, et dont le zéphyr apporte à l'oreille les sons mélodieux.

0 vous, qui voyez encore la lumière, conduisez-moi sur mes collines : placez-moi près d'un rocher, au milieu d'une touffe épaisse de coudriers, non loin d'un chêne au mobile feuillage. Placez-moi sur un tertre de gazon vert, où je puisse entendre le murmure d'un torrent éloigné.

Fille de Toscar, prends la harpe, chante l'hymne de Selma. Qu'à ta voix, le doux sommeil surprenne mon âme au milieu de sa joie; que les songes de ma jeunesse reviennent et me retracent les jours glorieux de Fingal !

Je vois tes tours, ô Selma I je vois tes arbres et tes murs qu'ils ombragent. Je vois les héros de Morven et j'entends les chants des bardes. Oscar brandit le glaive de Cormalo, mille jeunes guerriers en admirent l'éclatant baudrier. Ils regardent

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mon fils avec étonnement, ils vantent la force de son bras; ils remarquent la joie qui brille dans les yeux de son père, et soupirent après la même renommée.

Vous l'obtiendrez, enfants de Morven , et je célébrerai aussi votre gloire. Souvent mon âme s'échauffe, je cède au désir de chanter, et je n'oublie point les compagnons de ma jeunesse ; mais le sommeil descend au son de la harpe de Malvina, et les songes commencent à m'environner de riantes images.

Loin de moi , enfants de la chasse ; ne troublez point mon repos. Ossian va converser avec ses aïeux. Loin de moi, enfants de la chasse ; ne troublez point les ombres qui viennent visiter mon sommeil.

LA

Ce poème est appelé, dans l'original, poëme de Guidée, parce qu'il est adressé à un des premiers missionnaires chrétiens, qu'on appelait culdées, c'est-à-dire solitaires, à cause de la vie retirée qu'ils menaient.

Voici la donnée historique de ce poëme.

Fingal, à son retour d'Irlande, d'où il avait chassé Swaran, donna une fête à tous ses héros. Il oublia d'inviter Maronnan et Aldo, deux chefs qui ne l'avaient point accompagné dans son expédition. Ils conçurent un vif ressentiment de cet oubli, et passèrent au service d'Erragon, ennemi de Fingal, et roi d'un canton de la Scandinavie appelé Sora. La valeur d'Aldo lui acquit bientôt une grande réputation dans Sora; et Lorma, femme d'Erragon, conçut pour lui une violente passion. Il l'enleva, et revint auprès de Fingal, qui demeurait à Selma. Erragon fit une descente en Ecosse. Aldo périt dans un combat, et Lorma mourut de douleur; mais Erragon fut tué lui-même par Gaul, fils de Morni, l'un des guerriers favoris de Fingal.

Lora était une petite rivière dans les environs de Selma, palais des rois de Morven; c'est sur ses bords que se livra la bataille qui fait le sujet de ce poème.

Fils de l'étranger, habitant des cavernes silencieuses, est-ce le vent qui murmure dans tes bois? Est-ce l'écho de ta voix qui frappe m.on oreille? Le torrent gronde, mais j'entends aussi des accents mélodieux. Chantes-tu les héros de ta patrie? Chantes-tu les esprits du ciel'?

Habitant solitaire du rocher, promène tes regards sur cette vaste bruyère : tu vois ces tombes couvertes d'une mousse jaunie; tu vois leurs pierres revêtues de mousse; tu les vois, mais les yeux d'Ossian sont fermés à la lumière.

Un torrent tombe de la montagne, et roule ses ondes autour d'une verte colline; sur le sommet, quatre pierres s'élèvent au milieu d'un gazon flétri; deux arbres courbés par les tempêtes secouent à l'entour leurs branches échevelées.

C'est là que tu reposes, Erragon, c'est là ton étroite demeure : depuis longtemps tes fêtes sont oubliées dans Sora, et la rouille a noirci ton bouclier dans le palais de tes pères. Erragon, roi

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