‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 38 sur 89 · FERGUS · texte numérisé non relu

FERGUS

C'était l'ombre de ton père, ô Toscar! c'est le présage du trépas de quelque héros de sa race : car ce fut ainsi qu'il apparut sur le Cromla, avant la chute du courageux Maronan.

Verte UUin, que j'aime tes collines boisées et tes vallons fleuris! Le calme habite aux bords de tes torrents, et le soleil dore tes fécondes campagnes. Qu'il est doux d'entendre les sons de la harpe dans le palais de Selama*, et les cris du chasseur sur la montagne de Cromla !

Mais nous sommes dans la sombre Ithona, environnés de la tempête ; les vagues secouent leurs têtes blanchissantes audessus des rochers, et nous tremblons au milieu de la nuit.

TOSCAR.

Fergus, héros en cheveux blancs , qu'est devenu ton courage? Tu étais l'âme des combats, je te vis toujours intrépide dans les dangers, et la joie étincelait dans tes yeux au milieu des batailles. Fergus, qu'est devenue ton âme belliqueuse? Nos pères ont-ils jamais tremblé?

Regarde : la mer est calme, les vents orageux se taisent, les flots frémissent encore sur l'abîme, et semblent craindre le retour de la tempête; mais le ciel s'éclaircit. Vois sur nos rochers naître l'aurore. Le soleil va sortir bientôt de l'orient dans toute sa splendeur.

J'avais déployé mes voiles avec joie, devant le palais du généreux Comlath. Je passai près de l'île des Vagues, où la vierge quil aime poursuivait une biche ; je lavis, elle ressemblait à ce premier rayon du jour qui perce les brumes de l'aube.

Ses cheveux noirs flottaient sur sa gorge d'albâtre. Le corps penché en avant, elle tirait de l'arc; et, dans l'effort, son bras, tendu en arrière, éblouissait comme la neige de Cromla. « Viens sur mon cœur, m'écriai-je, belle fille des montagnes!... »

4. On a cru pondanl longtemps, dans le nord de l'Ecosse, que c'étaicnl les ombres des morls qui Tormaienl les lempèles. Ce préjiipé suhsisle encore parmi le peuple, car il croit que les tourbillons el les coups de vent sont occasionnés par des esprits.

2. Palais de Toscar, sur la côte dUlsler, près la montagne du Cromla.

COMLATH ET CUTHONA. 95

Mais elle passe les jours et les nuits dans les larmes, et pense sans cesse au généreux Gomlath. Aimable fille, oùpourrai-je retrouver la paix de ton cœur?

CUTHONA.

Loin de ces lieux est une colline escarpée, qui penche sur la mer ses vieux arbres et ses rochers couverts de mousse : les flots roulent à ses pieds ; sur ses flancs habitent les biches légères : on la nomme Arven.

Là s'élèvent les tours de Mora; là Gomlath, les yeux fixés sur les flots , attend l'unique objet de son amour. Les jeunes filles reviennent de la chasse : Gomlath voit leurs yeux baissés et remplis de larmes.... Où est la fille de Rumar?... Mais, hélas! elles ne répondent point....

Fils de l'étranger, ce n'est que sur Arven que mon cœur peut retrouver la paix.

TOSCAR.

Eh bien! Guthona retournera sur Arven, où est la paix de son cœur : elle retournera vers la demeure du généreux Gomlath ; car ce héros est l'ami de Toscar. J'ai partagé ses fêtes.

Levez-vous, vents doux et légers d'UUin, tendez mes voiles vers les rivages d'Arven, où Guthona retrouvera le bonheur.

Mais Toscar coulera ses jours dans la tristesse. Assis dans ma caverne solitaire, je prêterai l'oreille au vent murmurant dans mes arbres : je croirai entendre la voix de Guthona.... mais elle sera loin de moi, dans la demeure du vaillant Gomlath.

CUTHONA.

Ah! quel est ce nuage? Il porte les ombres de mes aïeux. Je vois les franges de leurs robes aériennes. Quand me faudrat-il mourir, ô Rumar, ô mon père? car la triste Guthona pressent sa mort. Gomlath ne me reverra-t-il point avant que je descende dans mon étroite demeure?...

Il te reverra, fille infortunée; son vaisseau fend l'écume de rOcéan. Il arrive : la mort de ïoscar a ensanglanté sa lance : il a reçu lui-même un coup mortel dans le flanc : je le vois , à l'entrée de la caverne de Thona , pâle et montrant sa large plaie.... Où es-tu, Guthona, où es-tu? Le chef de Mora expire, et te demande des larmes....

Mais cette vision, toutes ces images, s'effacent de ma pensée:

96 COMLATH ET CUïHONA.

je ne vois plus ces héros. Bardes des siècles à venir, ne vous rappelez jamais la mort de Gomlath sans verser des larmes. Il mourut avant le temps, et la tristesse se répandit dans Mora. Sa mère regarda son bouclier suspendu à la muraille, et le vit teint de sang' ; elle comprit alors que son fils n'était plus, et Mora retentit des cris de sa douleur.

Infortunée Guthona, tu restes seule auprès des morts. La nuit vient, et le jour lui succède, sans que personne paraisse pour élever leurs tombes. Tu écartes de leurs corps les oiseaux de proie ; pâle et désespérée, tu ne cesses de les arroser de tes pleurs.

Les guerriers de Fingal arrivent, et la trouvent morte de sa douleur; ils élèvent une tombe sur les deux héros; à côté de Gomiath repose sa bien-aimée....

Ne viens plus te montrer dans mes songes, ô Gomlath! J'ai chanté ton hymne funèbre ; que ta voix n'éloigne plus de ma demeure le sommeil bienfaisant.

Oh I que ne puis-je oublier mes amis jusqu'à ce qu'on ne voie plus la trace de mes pas, jusqu'au jour où j'irai les rejoindre avec joie dans les nuages, tandis que mes membres, fatigués parles ans, reposeront dans le tombeau I

i . On croyait alors que les armes laissées par les héros dans leurs palais se couvraient de sang aussitôt qu'ils étaient morts , quelque éloigné que fut le champ de bataille qui les avait vus périr.

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