LA DÉLIVRANCE
DE CARRIGTURA.
Fingal, au retour d'une province romaine où il avait porté la guerre, résolut de visiter Cathula, roi d'Inistore, et frère de Comala, dont on a vu l'histoire dans un des poèmes précédents. — Quand il fut à la vue de Carrictura, palais de Cathula, il aperçut une. flamme sur le faîte : c'était alors le signal du danger. — Il entra dans une baie à quelque distance de Carrictura, et passa la nuit sur le rivage. — Le lendemain, il attaqua l'armée de Frothal, roi de Sora, qui assiégeait Cathula dans son palais, et s'empara de la personne de Frothal. C'est la délivrance de Carrictura qui fait le sujet de ce poème; mais il est semé d'épisodes.
Il paraît, par la tradition, que ce poème était adressé à un culdée (missionnaire chrétien), et qu'Ossian n'introduit l'épisode du fantôme de Loda , qu'on suppose être î'Odin des Scandinaves, que pour opposer sa parole à la doctrine du culdée. Quoi qu'il en soit, on voit du moins par là qu'Ossian avait des notions assez claires de l'Etre suprême, et que son esprit était dégagé des superstitions qui régnaient sur le monde ancien, avant la venue du Christ.
« Fils du firmament, roi du jour au diadème d'or, tu as quitté l'azur des cieux. L'Occident t'a ouvert ses portes de feu : c'est là qu'est le lit de pourpre où tu reposes. Les vagues de l'Océan s'approchent pour contempler ta beauté ; elles élèvent leurs têtes tremblantes, voilées d'écume, et, devant la majesté de ton sommeil , elles se courbent avec respect.. Repose dans ton asile nocturne , ô soleil ! demain tu recommenceras ta brillante carrière....
(( Mais qu'au son des harpes, mille torches ardentes s'élèvent dans Selma; qu'un chêne brûlant éclaire la salle des fêtes : voici Firgal qui revient triomphant. La guerre de Grona* est terminée ; elle a passé comme un son qui frappe l'oreille , vibre et s'évanouit. Chantez, bardes de Morven ; Fingal revient chargé de gloire*, a
\ . Ossiaa a chanlé la guerre de Crona dans un poëine paTticulicr. M. Mac-Pherson n'a pu en retrouver que quelques lambeaux qu'il n'a point traduits.
2. Cet hymne d'Ullin, qui commence le poonie, est en vers lyriques dans
Ainsi chantait Ullin, quand Fingal revenait de la guerre de Grona. La fleur de la jeunesse parfumait son visage ; une épaisse et noire chevelure ornait sa tête. Son armure bronzée couvrait ses membres robustes, comme on voit un nuage grisâtre envelopper le soleil, au matin d'un jour sombre, ou à l'approche d'un orage.
Fingal est suivi de ses guerriers : on prépare la fête.
« Chantres harmonieux de Gona, dit le roi, en se tournant vers ses bardes, vous dont les âmes se retracent les images des armées de nos pères, faites retentir mon palais des accords de vos harpes, faites entendre vos hymnes à Fingal. La tristesse a ses charmes, et sa douceur est comme l'ondée du printemps, quand elle amollit l'écorce d'un chêne antique, et que la jeune feuille fait poindre ses bourgeons rougeâtres.
« Ghanlez, ô mes bardes; demain nous déployons nos voiles. Demain je traverse l'Océan, et je me rends à Garrictura, au palais de Sarno, qu'habitait autrefois Comala. G'est là que le généreux Gathula donne ses fêtes : ses forêts sont peuplées de sangliers ; nous y ferons retentir les cris de la chasse.
— Gronan', enfant de l'harmonie, dit Ullin, et toi, Minona, qui touches la harpe avec tant de grâce, faites entendre les chants de Shilric : ils plairont au roi de Morven. Que Vinvela paraisse dans toute sa beauté ; elle vient, ô Fingal, j'entends sa voix, sa voix suave comme une plainte amoureuse. »
VINVELA.
Mon bien-aimé erre sans cesse sur la montagne, il poursuit le chevreuil léger. Ses dogues haletants l'environnent, et la corde de son arc frémit dans l'air. Te reposes-tu, ô mon amour, au bord de la source du rocher, ou près du torrent de de la montagne?
Le vent balance les joncs et fait voler le brouillard par-
l'original. Quand Fingal revenait de quelque eipédiiion mililaire,se8 bardes le précédaient en clianlanl.
i . On pourrait croirir que les rôles de Shilric et de Vinvela étaient représentés par Cronan et Minona. Leurs noms indiquent assez qu'ils jouaient et chantaient en public; car Cronan signifie son lugul>re, cl Minona, air tendre. II y a apparence que tous les poèmes dramatiques d'Ossian étaient représentés devant Fingal, dans les occasions solennelles. Ici, Cronan joue le rôle de Shih-ic, et Minona celui de Vinvela.
dessus tes collines. Je vais, sans être aperçue, m'approcher de celui que j'aime, et le voir du haut du rocher.
Que tu me parus aimable, ô Shilric, quand je te vis pour la pre mière fois, près du chêne antique de Branno * ! tu revenais dq la chasse, tu étais le plus grand, le plus beau de tous nos amis.
SHILRIC.
Quelle est cette voix que j'entends, cette voix douce et pure comme la brise du soir après les jours d'été?
Je ne suis point assis près des joncs ondoyants ; je n'entends point le murmure de la source du rocher. Je suis loin de toi, Vinvela, je combats sous l'étendard de Fingal.
Mes dogues fidèles ne me suivent plus ; je n'erre plus sur ma colline ; je ne te vois plus du haut du rocher effleurer avec grâce les gazons de la plaine, et suivre le cours de nos ruis^ seaux, brillante et belle comme la lune, quand elle réfléchit son image sur les flots du couchant.
VINVELA.
Tu m'as donc quittée, ô Shilric I Je suis seule sur la montagne ! Le chevreuil se promène sur le sommet ; il paît sans crainte l'herbe tendre; le bruit du vent, le frémissement de la feuille, ne lui donnent plus d'alarmes.
Mon beau chasseur est absent ; il est allé dans les pays lointains; il est maintenant dans le champ de la mort.
Étrangers, enfants de l'Océan, épargnez Shilric, mon bienaimé !
SHILRIC.
S'il faut que je périsse dans la mêlée de la guerre, n'oublie pas, ô Vinvela 1 n'oublie pas de m'élever un tombeau.
Quelques pierres grisâtres, couvertes de terre, me rappelleront au souvenir des siècles futurs. Quand le chasseur viendra s'asseoir près de ce tertre, pour y prendre, à midi, son repas frugal, il dira : C'est un guerrier qui repose ici, et ma renommée vivra dans ses éloges.
Souviens-toi de moi, Vinvela, quand je serai sous la terre.
VINVELA.
Oui, je me souviendrai de toi... Hélas ! mon cœur le devine
^. Branno, ou Bran, signifie torrent de la montagne. C'était le nom d'un fleuve. Il y a encore plusieurs rivières dans le nord de l'Ecosse qui s'appellent Bran.
et se brise, hélas ! mon beau Shilric périra ! Que ferai-je, ô mes amours, quand tu seras disparu pour toujours?
A midi, je viendrai pleurer sur ces collines : j'irai dans cette plaine silencieuse, je visiterai la place où tu te reposais au retour de la chasse....
Ah ! sans doute, j'en ai le funeste présage, mon beau Shilric périra; mais toujours, toujours je me souviendrai de lui.
« Je n'ai point oublié ce héros, dit le roi de Morven ; c'était un feu dévorant au milieu des combats ; mais maintenant mes yeux ne le voient plus.
« Un jour, je le rencontrai sur la colline : la pâleur était sur ses joues ; son front était sombre ; des soupirs douloureux soulevaient sa poitrine : il portait ses pas vers le désert.
cr II n'est plus dans la foule de mes guerriers, quand le son de mon bouclier les appelle. Repose-t-il dans l'étroite demeure, ce vaillant chef de Carmora?
— Gronan, dit Ullin, fais-nous entendre les chants de Shilric, quand il revint dans sa patrie et qu'il ne trouva plus sa chère Vinvela : il la croyait vivante , et marchait sur sa tombe.
« Soudain, il aperçoit son ombre errante comme un songe sur la plaine ; il la suit, il l'appelle : mais le doux fantôme ne l'abuse pas longtemps. Bientôt ce faible rayon cesse de luire, et l'ombre de Vinvela disparaît.
« Écoutons les chants de l'infortuné Shilric; leur tendre mélancolie caresse l'âme attristée! j>
SHILRIC.
Je suis assis au sommet de la colline, sur la mousse qui borde le torrent; le feuillage d'un arbre antique frémit sur ma tête; âmes pieds, les flots bourbeux rongent la bruyère de leurs bords; plus bas, le lac, agité par la bise, étend sa surface trouble et fangeuse. Le chevreuil descend les sentiers de la colline; on n'aperçoit aucun chasseur dans le lointain , on n'entend point siffler le tranquille bouvier. Il est midi, tout est calme ; je suis seul , et la tristesse s'empare de mes pensées.
Est-ce toi, Vinvela, que j'entrevois à peine sur cette bruyère? Tes longs cheveux flottent sur tes épaules; ton sein d'albâtre s'élève et s'abaisse, en exhalant de profonds soupirs ; tes beaux
yeux sont remplis de larmes. Tu pleures tes compagnes, que le brouillard de la montagne a dérobées à ta vue.
Je veux te consoler, mon amour, je veux te ramener à la demeure de ton père.... Mais est-ce toi que je vois? Franchis-tu les rochers et les montagnes pour voler dans mes bras ?...
Elle parle : que le son de sa voix est faible ! C'est le murmure du zéphyr entre les roseaux.
VINVELA.
Est-ce toi qui reviens, ô Shilric? As-tu échappé aux dangers de la guerre? Où sont tes amis? le bruit de ta mort a retenti sur la colline, je l'ai entendu, et mes larmes ont coulé pour toi.
SHILRIC.
Oui, je reviens, beauté chérie; mais je reviens seul, tes yeux ne verront plus mes amis; mes mains ont élevé leurs tombeaux dans la plaine : mais pourquoi réstes-tu seule sur cette colline déserte?
VINVELA.
Oui, je suis seule, ô Shilric, seule dans la sombre et froide demeure. Je suis morte de douleur pour toi. Shilric, je suis dans la tombe !
SHILRIC. .
Elle s'envole et disparaît, comme une vapeur légère, au souffle des vents!... Arrête, ma bien-aimée, arrête, et vois couler mes pleurs. 0 toi que j'ai vue si belle pendant ta vie, la mort ne t'a point changée.... Cher et doux fantôme, parle-moi de nos amours !
VINVELA.
A midi , quand le silence régnera dans nos plaines , je viendrai m'asseoir au bord de ce torrent, sur le sommet de cette colline; viens alors converser avec moi, cher objet de mes larmes, viens sur l'aile du vent de la montagne; fais-moi entendre, en passant, le doux son de ta voix, au milieu du calme universel.
Ainsi chantait Cronan, à la fête de Selma : mais déjà le matin commence à blanchir l'orient, et les flots se teignent d'azur à sa clarté naissante. Fingal ordonne à ses guerriers de préparer son vaisseau ; les vents se lèvent des collines de Morven, et viennent enfler ses voiles.
Déjà l'on découvre la côte d'Inistore et les tours antiques de
Garrictura; mais Fingal aperçoit, au haut du palais, le signal du danger, une flamme mêlée de fumée.
A ce spectacle, le roi de Morven se frappe la poitrine et saisit sa lance : son visage, où l'impatience éclate, est sans cesse tourné vers le rivage; ses regards accusent la lenteur des vents; ses cheveux flottent en désordre : il reste dans un silence terrible.
La nuit descend sur les flots, et la baie de Rotha reçoit le vaisseau de Fingal.
Un rocher chargé de forêts se prolonge le long de la côte. Sur le sommet est le cercle de Loda' et la Pierre-du-Pouvoir.
Au pied de la colline, s'étend une plaine étroite, couverte des débris de plantes et d'arbres, que les vents nocturnes ont arrachés du rocher sourcilleux. Dans ce vallon solitaire serpente l'onde bleuâtre d'un ruisseau, et le vent de la mer y fait voler sans cesse le chardon léger.
Trois chênes embrasés éclairent le rivage. La fête est préparée; mais l'âme de Fingal est triste, et sans cesse occupée du danger de son ami.
La lune montrait à l'orient sa pâle et froide clarté; le sommeil descendit sur l'armée ; les casques des guerriers assoupis brillaient au feu mourant des chênes; mais le sommeil ne ferma point les yeux de Fingal.
Il se lève, il prend ses armes, monte lentement sur la colline, pour observer de nouveau la flamme sinistre du palais de Cathula.
Elle ne jetait dans l'éloignement qu'une lueur obscure ; la lune se voilait lentement sous les nuages de l'orient : tout à coup fond de la montagne un vent impétueux; il portait l'esprit de Loda^.
Le fantôme se dresse sur sa pierre funèbre ; la terreur et les météores de la nuit l'environnent : il agite sa lance; ses yeux
4. Nous avons déj;\ dit que l'ospril de Loda ^lail probablemcnl le dieu Odin des peuples du Nord. Le cercle de Loda esl l'enceinle de pierres où on l'adorait, et la Pierre-du-Pouvoir esl l'idole.
2. La différence que les anciens Écossais metlaieni enlre les bons et les mauvais esprits , était que les bons apparaissaient souvent le jour dans les lieux écartés , au lieu que les mauvais ne paraissaient que la nuit.
percent comme des flammes sombres sa face ténébreuse, et sa voix murmure comme un éctio lointain du tonnerre.
L'intrépide Fingal s'avance, le glaive levé, et lui parle en ces termes :
« Fils de la nuit, remonte sur ton nuage, et fuis loin de moi. Pourquoi me menacer de tes armes fantastiques? Crois-tu m'eflfrayer par ta forme gigantesque? Sombre esprit de Loda, quelle force a ton bouclier de nuages, et le météore qui te sert de glaive? Vaine illusion dont les vents se jouent dans l'espace, vapeur du tombeau, remonte sur ton nuage; fuis loin de moi, faible enfant des ténèbres!
— Veux-tu me forcer à quitter l'enceinte où l'on m'adore ? répondit le fantôme d'une voix lugubre. Les rois se prosternent devant moi; le sort des armées est dans mes mains. Je regarde les nations et elles disparaissent ; mon souffle exhale et répand la mort ; je me promène sur les vents : les tempêtes marchent devant moi quand je descends vers la terre. Mais mon séjour est paisible au-dessus des nuages; rien ne peut troubler mon repos dans l'asile où je réside.
— Reste en paix dans ton asile, répliqua Fingal, et oublie le fils de Gomhal. M'as-tu vu porter mes pas du sommet de mes collines vers ton paisible séjour? Ma lance t'a-t-elle jamais attaqué sur ton nuage, sombre esprit de Loda? Pourquoi vienstu donc agiter contre moi ta lance aérienne? Va, ta menace est vaine. Le roi de Morven n'a jamais fui devant les plus fiers des héros ; comment les fantômes de l'air pourraient-ils l'effrayer? Non, Fingal connaît, Fingal brave leur impuissance.
— Retourne dans ta patrie, reprit le fantôme immobile; je ferai souffler dans tes voiles un vent favorable, car les esprits de l'air m'obéissent, c'est moi qui dirige la course des tempêtes. Le roi de Sora est mon fils ; il fléchit le genou devant mes autels*. Son armée assiège Garrictura : je veux qu'il triomphe. Retourne dans ta patrie, fils de Gomhal, ou redoute ma colère 1 »
A ces mots, le fantôme brandit sa lance aérienne et fit un mouvement contre Fingal.
Le chef de Morven, tirant son glaive redoutable, ouvrage du
•1 . Il y a, dans l'original; devant la pierre de mon pouvoir.
forgeron Luno', frappe le fantôme; l'acier brille comme un éclair, et traverse le corps aérien.
Le fantôme perd sa forme, et s'étend dans l'air comme une colonne de fumée que le bâton d'un enfant a rompue au moment où elle sortait d'une fournaise à demi éteinte.
L'esprit de Loda jette un cri , se roule sur lui-même, et se perd dans les vents. A ce cri terrible , Inistore trembla; les vagues l'entendirent dans leurs abîmes, et s'arrêtèrent épouvantées.
Les compagnons de Fingal se réveillent tous à la fois, et saisissent leurs lances ; ils s'aperçoivent que leur chef est abr-ent : inquiets, ils se lèvent, ils s'interrogent, et le bruit de leurs armures sonores éveille les échos de la nuit.
Cependant la lune s'avançait dans les cieux. Fingal rejoignit son armée. Quelle fut alors la joie de ses jeunes guerriers! Leurs âmes se calmèrent à sa vue, comme les flots après la tempête.
Ullin entonna des chants d'allégresse ; ses accents réjouirent les collines d'Inistore; on s'assembla autour des arbres allumés, et l'on raconta jusqu'au jour l'histoire des anciens héros.
Frothal, roi de Sora, était assis tristement au pied d'un chêne ; son armée environnait Carrictura : il lançait sur les murs des regards furieux ; il brûlait de se baigner dans le sang de Cathula, pour venger l'affront qu'il en reçut un jour.
Anir, père de Frothal ', régnait encore dans Sora : un vent favorable s'éleva sur les flots , et conduisit Frothal sur la côte d'Inistore. Il vint au palais de Sarno, et passa trois jours dans les fêtes; il y vit la belle Gomala; il la vit, s'éprit pour elle d'un fol amour, et voulut l'enlever.
Cathula s'oppose à ses efforts ; le combat s'engage : Frothal est vaincu et enchaîné dans le palais de Sarno. Il y resta trois jours dans le désespoir; le quatrième , Sarno le renvoya à son vaisseau.
Frothal retourna dans sa patrie; mais son âme était ulcérée contre le noble Cathula. Dès que la tombe eut enfermé Anir. Frothal revint à la tête d'une nombreuse armée. Le feu de la
^. Célèbre forgeron du pays Oe Loclin.
2. Anir élail aussi père d'Erragon , ilonl la mort est le sujet de la bataille de Lora.
guerre environna de toutes parts Garrictura, et menaçait de consumer les tours antiques de Sarno.
Les premiers rayons du jour éclairent Inistore. Frothal frappe son noir bouclier. Ses guerriers s'éveillent, et leurs yeux à peine ouverts se tournent vers l'Océan ; ils aperçoivent le vaillant Pingal sur le rivage.
« Quel est ce héros qui s'avance à pas précipités , dit Tubar? Frothal, c'est un ennemi; je vois sa lance levée ' : peutêtre est-ce le roi de Morven, Fingal, le premier des mortels ; ses exploits sont connus dans le Gormal , et le sang de ses ennemis rougit encore les murs du palais de Sarno. Irai-je lui demander la paix des rois**? La foudre du ciel est moins terrible que lui.
— Homme faible , répondit Frothal , veux-tu donc que ma vie commence par une lâcheté? veux-tu que je cède avant d'avoir jamais vaincu? Le peuple de Sora dirait : « Frothal « s'avançait comme un météore brillant; mais un sombre « nuage l'a rencontré, et l'a fait évanouir. » Non, Tubar, je ne céderai jamais; je veux que l'éclat de la gloire environne mes derniers jours. Non, Tubar, ne me parle jamais de céder! «
A ces mots , il s'élance : les flots de son armée inondent la campagne; mais ils rencontrent un rocher inébranlable : c'est Fingal; ils se brisent, et roulent en désordre à ses côtés. Ces faibles guerriers ne trouvent point leur salut dans la fuite. La lance de Fingal les poursuit; la campagne est couverte de morts; une colline escarpée sauve à peine le reste des fuyards.
Frothal voit la déroute de son armée ; il écume de rage ; ses yeux enflammés dévorent la terre sanglante; il appelle le généreux Tubar :
« Chef de Tora, mes guerriers ont fui devant Fingal , et ma gloire périt en naissant. Je veux combattre le roi de Morven; je veux assouvir la rage qui brûle mon cœur. Députe un barde à Fingal, pour lui demander le combat : ne réplique point et exécute mon ordre.... Mais, Tubar, j'aime une belle vierge dont l'asile est sur les bords du torrent de Tano; c'est la fille d'Herman, Utha, aux doux yeux et au sein d'albâtre.
\ . Nous avons dit que c'était le signal de la guerre; la lance baissée était celui de la paix.