‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 5 sur 89 · VI ETUDE CRITIQUE · texte numérisé non relu

VI ETUDE CRITIQUE

les circonstances qu'il croyait les plus propres à fixer l'attention et à exciter l'admiration de ses auditeurs. Un grand nombre de ces contes a passé jusqu'à nous. Les montagnards d'Ecosse les récitent encore aujourd'hui. Quelques-uns sont si longs, qu'il faut plusieurs jours pour les répéter. Ceux qui les savent par cœur ont une mémoire si prodigieuse, qu'ils n'omettent pas la moindre circonstance. Ce qu'il y a de plus étonnant sans doute, c'est d'entendre sous un ciel rigoureux, au milieu d'une chaîne de montagnes couvertes de neiges et de glaces, des descriptions magnifiques qui surpassent toute la pompe orientale. Tous ces romans sont en vers, ou plutôt en prose rimée. Les poèmes d'Ossian sont en prose mesurée. Ossian vivait avant l'introduction du christianisme en Ecosse, c'est-à-dire vers la fin du iii^ ou au commencement du iv' siècle. Ce fut l'an 303 que la persécution de Dioclétien fit passer queques chrétiens en Bretagne, La douceur et la tolérance du gouverneur Constance Chlore y attirèrent bientôt un grand nombre de sectateurs de la religion persécutée. Quelques-uns, par crainte ou par zèle pour la propagation de la foi ,■ quittèrent le pays soumis aux Romains et vinrent s'établir chez les Calédoniens; ils trouvèrent ces peuples d'autant plus disposés à recevoir leur nouvelle doctrine, qu'ils avaient absolument oublié la religion des druides. Ces premiers missionnaires chrétiens vécurent dans les cavernes et dans le fond des forêts; ce qui les fit appeler par les Calédoniens culdées ^ c'est-à-dire solitaires. Ossian les nomme dans plusieurs de ses poèmes.

Fingal, fils de Comhal et petit-fils de Trenmor, naquit le jour de la mort de son père. Quand il fut sorti de l'enfance, il reconquit ses États et s'illustra par des guerres dont l'Irlande fut le principal théâtre. Ce fut dans une de ces expéditions qu'il épousa Roscrana, fille de Cormac et mère d'Ossian. Le rétablissement de Ferad-Artho sur le trône d'Irlande fut le dernier exploit de Fingal; il remit solennellement sa lance à Ossian. Notre barde en fit un digne usage pour la défense du faible et de l'opprimé, jusqu'à ce que la vieillesse l'ei'^t fait tomber de ses mains. Alors, privé de son père et de son fils Oscar, que Caïrbar l'usurpateur avait tué par trahison, devenu aveugle et infirme, il charma sa douleur en chantant les exploits de ses amis. Il se traînait souvent à la tombe de Fingal, et se consolait, comme il le dit lui-même, en la touchant de ses mains tremblantes. Malvina, l'épouse de son fils, ne l'abandonna point. C'est à elle qu'il adressa la plupart de ses poèmes, surtout ceux où Oscar joue le principal rôle. Malvina apprenait par cœur les poèmes d'Ossian à mesure qu'il les composait, et les chantait en s'accompngnant de la harpe. Après la mort d'Ossian, les bardes les apprirent de Malvina, et les répétaient <le préférence à leurs propres ouvrages. Les détails historiques qu'ils contiennent, autant que la beauté de la poésie, les renda eut chers à tous les Calédoniens; mais ce qui ajoute surtout à leur prix, c'est qu'on y trouve une peinture fidèle des mœurs du temps, et qu'ils peuvent servir à l'histoire de l'esprit humain.

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