‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 47 sur 89 · Femme de Laihmon · texte numérisé non relu

Femme de Laihmon

LATHMON. 137

dans le palais de mon père? il ne dirait pas que son fils cède la victoire à de faibles guerriers ! »

Mais quel est celui qui s'avance vers nous? Les coteaux frémissent au bruit de sa marche; un essaim d'esprits aériens voltigent au milieu des éclairs qui jaillissent de ses armes : ce sont les esprits tutélaires' des guerriers qui doivent tomber sous les coups du roi de Morven. Le bonheur te sourit, ô Fingal ! Tes enfants hériteront de ta gloire ; ils te devancent, et reviennent à toi triomphants.

Fingal s'approche, son air est plein de majesté; les exploits de son fils ont charmé son orgueil. La joie éclate aussi sur le visage de Morni; les yeux du vieillard se voilent de douces larmes. Nous allons tous ensemble au palais de Selma, prendre place au festin de la paix.

Les filles de Morven viennent à nous en chantant; la douce et timide Evir-Allin^ les accompagne ; sa chevelure noire tombe à flots sur son cou d'albâtre. Elle tourne en secret les yeux sur Ossian. Sa main légère touche la harpe, et nous applaudissons tous à la fille de Branno.

Fingal se lève et parle à Lathmon. A chaque mouvement de son bras, le glaive de Trenmor tremble à son côté.

«Fils de Nuath, pourquoi viens-tu chercher la renommée dans Morven? Nous ne sommes pas de la race des faibles, et nos glaives sont teints du sang des braves. Avons-nous jamais porté la guerre dans ta patrie?

(f Fingal ne se plaît point dans les combats, quoiqu'il sente la force de son bras. Ma gloire monte sur la ruine des téméraires qui m'outragent, et ma foudre tombe sur tout ce qui me résiste. Quand le combat s'engage, les tombeaux des guerriers s'élèvent de toutes parts !

« 0 mes ancêtres ! bientôt je resterai seul, mais couvert d'une gloire immortelle; mon départ de la vie laissera derrière moi une trace de lumière. Retire-toi, Lathmon; retourne en paix dans ton pays, ou va porter la guerre dans d'autres contrées. La race de Morven est renommée dans les combats ; malheur aux ennemis de Fingal ! »

i . Les Calédoniens croyaient que chaque homme avait son esprit tutélaire. — 2. Evir-AUin, épouse d'Ossian.

Page 1