SUR OSSIAN. > VII
La guerre était la passion dominante des Calédoniens; ils avaient un souverain mépris pour la vie tranquille, et croyaient que le repos avilissait l'homme. La résistance invincible qu'ils opposèrent aux Romains, cette muraille fameuse que les maîtres du monde bâtirent en Ecosse pour se garantir de leurs incursions, tout atteste le courage de cette nation. Le Calédonien , à peine sorti de l'enfance , suivait son père à la guerre. La crainte de se déshonorer sous les yeux d'un tel guide et le désir d'égaler sa gloire transformaient les enfants en héros. L'autorité paternelle, absolue, n'était fondée sur aucune loi, mais sur le respect et l'amour. Ce qui allumait surtout dans le cœur des jeunes gens le désir de se distinguer, c'était l'usage de ne point leur donner de nom qu'ils ne l'eussent mérité par quelque action d'éclat; cette coutume servait d'encouragement à la valeur et de punition au guerrier lâche ou cruel. Le nom seul d'un homme avertissait de ses vices ou de ses vertus.
Les armes offensives des Calédoniens étaient la lance, les flèches, le poignard et l'épée; leurs armes défensives, le casque et le bouclier. Le casque du roi était orné d'une aile d'aigle. Sur son bouclier s'élevaient plusieurs bosses qu'on appelait les voix de la guerre^ parce que chaque bosse avait un son particulier et annonçait un ordre différent. Quand le roi se préparait à quelque expédition, un barde se rendait à minuit dans la salle des fêtes. Il entonnait le chant de guerre, et invitait trois fois les ombres des anciens héros à contempler les exploits de leurs descendants; il suspendait ensuite à un arbre le bouclier du roi, et le frappait de temps en temps avec la pointe d'une lance, en continuant le chant de guerre. Il répétait les mêmes cérémonies pendant trois nuits consécutives : on dépêchait en même temps de tous côtés des bardes pour assembler les tribus. Lever le bouclier^ était l'expression ordinaire pour dire commencer la guerre. Quand un chef apprenait l'arrivée de lennemi sur ses terres, il tuait une chèvre, plongeait à moitié dans le sang un morceau de bois noirci par le feu, le donnait aux guerriers de sa suite, qui le portaient avec une promptitude incroyable de hameau en hameau; et, dans l'espace de quelques heures, toutes les tribus étaient sous les armes. Ce bâton brûlé et teint de sang était une espèce de manifeste par lequel le chef menaçait de punir par le fer et le feu ceux qui refuseraient de se ranger sous ses étendards.
Les Calédoniens combattaient presque toujours à pied ; les chefs seuls montaient quelquefois en char. Il y avait dans la demeure du chef une grande salle où il donnait des fêtes à ses tribus dans toutes les occasions éclatantes. Lorsque la vieillesse rendait un héros incapable de porter les armes, il les attachait solennellement au mur de la salle des fêtes et ne paraissait plus dans les guerres. Quand le jour du combat était fixé, le roi passait la nuit qui le précédait sur une colline, loin de son armée. Là, dans le silence et la solitude, il méditait le plan de la bataille. Au point du jour, il donnait le commandement à l'un de ses chefs, et restait sur une colline avec quelques