‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 62 sur 89 · L'île de Tura, dont Guchullin était" souverain · texte numérisé non relu

L'île de Tura, dont Guchullin était" souverain

2. DuDscar ou Dunscaich, demeure ordinaire de Guchullin, souverain de Tura.

sa lance sans pointe et porta les paroles de Torlath, le chef des héros qui habitent les bords du noir Lego.

Torlath venait à la tête d'une armée nombreuse pour attaquer Cormac. Le jeune fils du roi Artho était alors dans son palais de Temora; il apprenait à tendre l'arc de ses pères et à manier la lance. Malheureux enfant, tu ne sais pas encore prévoir ta destinée ; et déjà pourtant la mort se dresse derrière toi....

GuchuUin se lève devant le barde envoyé par le généreux Torlath; il l'invite au festin des héros, et le comble d'honneurs.

a Chantre harmonieux du Lego, lui dit-il, que viens-tu m'annoncer de la part de Torlath? Vient-il s'asseoir à ma fête, ou vient-il combattre?

— Combattre, répondit l'envoyé ; demain, dès que les premiers rayons de l'aube éclaireront la surface du Lego, Torlath sera dans la plaine; mais oseras-tu marcher à sa rencontre? La lance de Torlath flamboie comme le météore du trépas; il la lève , et l'ennemi tombe ; la mort suit les éclairs de son glaive.

— Moi craindre la lance de Torlath! repartit Cuchullin. Il est brave comme mille héros ; mais les combats font les délices de mon cœur ! Chantre des temps passés , ce glaive ne dort jamais au côté de Cuchullin. Le matin me trouvera dans la plaine et brillera sur les armes du fils de Semo; mais assiedstoi sur cette bruyère, ô barde, fais-nous entendre ta voix, partage les plaisirs de notre fête , et prête l'oreille aux chants des bardes de Temora!

— Ce n'est pas l'heure d'entendre des hymnes de joie , répliqua l'envoyé, quand les braves sont au moment d'engager le combat.

a Pourquoi es-tu si sombre , ô mont de Slimora? pourquoi ce vaste silence dans tes bois?

a Je ne vois sur ta cime tremblante la lueur d'aucune étoile , pas un reflet de lune n'éclaire tes flancs sauvages ; mais les tertres de la mort t'environnent, et les pâles fantômes volent autour de toi î

« Pourquoi es-tu si sombre , ò mont de Slimora? pourquoi dans tes bois ce vaste silence? »

Ainsi chantait le barde en se retirant. Carril joignit sa voit

à la sienne. Leurs chants étaient comme le souvenir des plaisirs passés, qui porte à l'âme une joie mêlée de tristesse; les ombres des bardes décédés les entendirent sur le mont de Slimora, et leurs doux accents, prolongés dans les bois , réjouissaient dans la nuit les vallées silencieuses.

Ainsi quand, au milieu du jour, le vieil Ossian s'assied dans un vallon rafraîchi par les vents , pour écouter le bourdonnement de l'abeille dans le calme universel, les zéphyrs emportent de temps en temps ce doux murmure; mais il revient par intervalles charmer son oreille attentive.

« Entonnez , dit Guchullin à ses bardes , entonnez l'hymne de l'illustre Fingal, ce chant quil aime à écouter quand les songes descendent du ciel et se mêlent à son sommeil , quand les harpes de ses amis résonnent dans l'éloignement , et que les feux de son palais n'éclairent plus que faiblement les murs de Selma.

« Ou plutôt chantez l'hymne de Lara , et les douleurs de la mère de Calmar*, quand on chercha inutilement son fils sur ses collines, et qu'elle aperçut son arc brisé dans sa demeure.

c: Garril , suspends à cette branche le bouclier de Gaïrbar, et place auprès la lance de Guchullin. Demain , aux premiers rayons du jour, je donnerai le signal du combat! »

A ces mots , Guchullin s'appuie sur le bouclier de son père. L'hymne de Lara commence. Les cent bardes touchent les harpes dans l'éloignement.

Garril reste auprès du chef, et chante ces paroles, qu'il accompagne de lugubres accords.

GARRIL.

Alcléta, mère vénérable de Galmar, pourquoi sans cesse tourner tes regards vers le désert? Tu attends le retour de ton fils. Mais ce ne sont pas ses guerriers que tu découvres sur la colline : ce n'est qu'un bocage lointain. Ge n'est pas la voix de Galmar que tu entends : Alcléta , c'est le rugissement du vent de la montagne.

•I. Calmar, fils de Malha; sa mort est rapportée fort au long dans la troisième chant du poëme de Fingal. Il était fils unique de Matha, et sa famille fut éteinte à sa mort. Sa demeure était sur les bords du fleuve Lara, dans les environs du lac de Lego , et sans doute près de l'endroit où était alors Guchullin ; et c'est la vue de l'iiabitatlou de Galmar qui lui rappelle sa mort et la douleur de sa mère.

ALCLÉTA.

Qui franchit ainsi le torrent de Lara, sœur de l'illustre Calmar? Alcléta n'aperçoit-elle pas la lance de son fils?... Mais la vieillesse afifaiblit ma vue ; regarde, ma chère Alona, n'estce point le fils de Matha que j'aperçois?

« Non, ce n'est qu'un vieux chêne, répondit en pleurant la belle Alona; Alcléta, c'est un chêne penché sur le torrent de Lara. Mais quel est celui qui s'avance dans la plaine ? Sa démarche précipitée est un présage de malheur ; il porte la lance de Calmar; ô ma mère! elle est couverte de sang! j)

ALCLÉTA.

De sangl... C'est celui de l'ennemi; ni la lance, ni l'arc de mon fils ne revinrent jamais du combat sans ces traces glorieuses ; les armées disparaissent devant lui, comme la bruyère sèche sous le feu dévorant!

Jeune homme', où est le fils d'Alcléta ? Revient -il en triomphe au son de ses boucliers? Tu parais triste, tu gardes le silence; ah ! Calmar n'est plus ! Arrête, guerrier, ne me dis point comment il a péri; je ne pourrais entendre parler de sa blessure!...

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