L'INCENDIE DE TURA
Au retour d'une incursion dans les provinces romaines , Fingal donnait une fête au palais de Tura. — Un barde vient implorer son secours en faveur de Civa-Dona, dont il raconte l'histoire. — Le jour suivant, une partie des guerriers se met en marche pour l'expédition; les autres vont à la chasse; on ne laisse dans Tura que les femmes et les enfants. Pendant leur sommeil, un incendie dévore le palais, tout périt dans les flammes, et nul ne peut savoir la cause de ce malheur ^
Qui s'avance, en gémissant dans les ténèbres? Es-tu l'ombre d'un héros qui n'a pas obtenu ici-bas Sa part de gloire? Es-tu encore forcée d'errer sur les vapeurs qui s'élèvent des marécages, et viens-tu murmurer ta plainte à l'oreille d'Ossian? Eh bienl enfant des ténèbres, continue de gémir. Mon oreille» cachée sous ma chevelure blanchie, se penche pour t'écouter ! Ombre nocturne , viens dire au barde le nom que tu portais parmi les braves.
Le son approche; il vient, pareil au murmure du ruisseau qui descend entre les arbres, de la cime des rochers, et dont le bruit parvient au chasseur, dans les intervalles où, parmi des nuages d'écume, il sort pour quelques moments de son lit ténébreux, (c Lora, dit le chasseur en écoutant du fond de sa chaumière, j'aime le bruit de ton onde; j'aime ton murmure au sein de la vallée pierreuse : je l'aime, quoique souvent il annonce l'orage !... »
Oui, chasseur, on écoute avec plaisir le murmure du Lora dans le calme du soir; mais le son qui parvient à l'oreille d'Ossian a mille fois plus de charmes. Il est doux comme la voix des bardes qui ne sont plus. Il est doux et triste comme le chant de Malvina, lorsqu'elle aperçoit l'ombre d'Oscar.
La soirée est calme, et le vent balance à peine le duvet du
4 . Ce poi^me raconte en partie comment lo barde Ossian se vil ravir en peu de temps sa famille et ses amis. C'est une t''lcgie qui commence par la calaslrophe de Tura, et qui finit par l'éloge funobre des héros de Morven que le barde espère retrouver un jour au sein des météores, selon la croyance de ces temps héroïques.
l'incendie de TURA. • 459
chardon solitaire. Elle vient : c'est elle, c'est l'amante de mou Oscar. Tourterelle délaissée, elle vient, pareille à la lune éclairant les montagnes désertes, lorsqu'elle s'avance lentement parmi les nuages , et qu'à travers un léger brouillard elle se montre couverte de pâleur : elle vient, cette belle lumière, pleurer la mort de ses compagnes. *
Leur séjour est sombre, leurs traces sont perdues, comme les vestiges des étoiles qui sont tombées du palais d'azur qu'elles occupaient dans le ciel. Oui, Malvina, leur séjour est sombre; et tes pas, conduits par la douleur sur ces collines couronnées de bruyère, n'y trouvent que solitude.
Fille de Toscar , donne-moi ma harpe I Que tes chants embrasent l'âme du barde 1 Fais-lui secouer le sommeil de la vieillesse! La nuit du vieil âge est obscure et fâcheuse. Elle est obscure, Malvina; mais ton chant est un rayon de lumière. Le son de ta voix est doux comme la harpe des ombres, lorsque, portées sur leurs nuages, elles se laissent voir à l'heure de midi, sur leur brouillard blanchâtre, qui suit en ondulant les détours du fleuve silencieux. Ta voix est douce : accompagne-la des sons de ta harpe. Verse-la dans mon oreille pendant la nuit, ô Malvina, tourterelle délaissée, et les temps écoulés reviendront inonder l'âme du barde de leur lumière lointaine. Couverts de gloire, nous revenions des champs d'Arda. Nous montions les- beaux coursiers de l'étranger, et la richesse de notre butin excitait l'orgueil de nos cœurs. Le soleil couchant, les bocages de la colline, les rayons réfléchis sur Tura, ressemblaient à l'or de l'étranger. Le calme régnait sur le lac, où ses murailles réfléchissaient leur splendeur. Les enfants admiraient la colline où s'élevait Tura. Les vierges de Morven, qui, du sommet des coteaux, observaient notre retour, s'avancèrent à notre rencontre dans un transport de joie qui les rendit plus belles. Nous fûmes salués parleurs voix harmonieuses, soutenues des accords de leurs harpes.
« Quel est, disaient-elles, celui qui s'avance dans l'éclat de son armure, dans la plénitude de sa force? Le coursier de l'étranger paraît fier de lui servir de monture; il rase dédaigneusement la terre, et secoue sa crinière onduleuse. De ses naseaux jaillit la fumée, pareille aux tourbillons azurés qui s'élèvent des toits de Tura. Son col vigoureux ressemble à l'arc des héros, et son œil lance des flammes. Qui gouverne sa