X ETUDE CRITIQUE
la beauté étaient les seules convenances observées dans les mariages. Les rois et les chefs, n'ayant nul intérêt de se mésallier, transmettaient à leurs enfants la force et la taille majestueuse qui les distinguaient. Ces qualités semblaient inséparables de la noblesse du sang des Calédoniens. Ils cultivèrent de bonne heure les arts qui sèment de quelques fleurs la vie passagère de l'homme, tels que la poésie et la musique. On jugera par ce recueil de leurs progrès dans le premier de ces deux arts. Il est plus difficile de dtfinir quelle était leur musique. On ne sait point si les harpes accompagnaient les voix à l'unisson. Il paraît pourtant, par plusieurs passages, qu'ils connaissaient les accords. Mac-Phcrson croit qu'ils avaient emprunté des Scandinaves le chant qu'ils appelaient fon-oimarra , ou chant des Sirènes. Quel était ce chant? C'est ce qu'il est impossible de savùir par l'éloignement des temps et le défaut de monuments authentiques.
Les vertus des plantes salutaires que la nature prodigue dans les pays de montagnes ne leur étaient point inconnues. Fingal est célèbre dans le Nord par ses connaissances en médecine. Si l'on en croit plusieurs poèmes irlandais, il savait mêler dans une coupe l'essence de plusieurs simples qui fermait sur-le-champ les blessures. On ne voit point que les Calédoniens fussent sujets aux autres maladies qui exigent les secours de la médecine. Une vie frugale, active et laborieuse, les préservait de cette foule de maux qui affligent les peuples civilisés, en même temps qu'elle adoucissait ceux qui sont inséparables de la nature humaine. C'était sans doute aussi leur genre de vie qui rendait les douleurs des mères moins longues et moins cruelles : bonheur qu'on attribuait alors à de certaines ceintures magiques qu'on croyait propres, suivant l'expression dOssian , à accélérer la naissance des /le/os. Il n'y a pas longtemps qu'on conservait dans le nord de l'Ecosse plusieurs de ces ceintures; on y voyait tracées des figures mystérieuses, et on les ceignait autour des femmes, avec des gestes et des paroles qui prouvaient que cet usage venait originairement des druides.
Le mépris des Calédoniens pour la vie tranquille les éloigna toujours des arts mécaniques et même de l'agriculture. On n'en trouve du moins aucune trace dans les poésies de ce temps-là, si on excepte l'art de forger les armes. Ils avaient de l'or et du fer. L'or servait à décorer l'armure des guerriers; leurs armes étaient de fer ou d'acier. Ils n'employaient ])oint ce métal à d'autres usages-, car on voit que, lorsqu'ils enchaînaient un captif, c'était avec des liens de cuir. C'était aussi de longues courroies de cuir qu'ils se servaient dans leurs vaisseaux au lieu de corda^'cs. La navigation avait déjà fait de grands progrès du temps de Kingal. Les Calédoniens avaient traversé plusieurs fois les mers orageuse» de la Scandinavie. Ils connaissaient déjà les étoiles et les distinguaient par des noms particuliers. Leurs nombreuses exjiéditions en Irlande, en Scandinavie et dans le nord de la Germanie, leur donnèrent occasion d'étendre leurs connaissances, d'observer les mœurs et les usages des différents peuples, et