‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 109 sur 512 · J. Texte, J.-J. Rousseau... , p · texte numérisé non relu

J. Texte, J.-J. Rousseau... , p

2. Beattie, Lettre à Arbuthnot du 29 mars 1762, citée par B. Saunders, p. 173.

Causes du succès d’Ossian 217

il, trop méthodiques, trop compassés; ces grands traits de génie doivent les éblouir, les étonner, et leur donner des vertiges ‘. » IL se trompait ; cet éblouissement même et ces vertiges étaient ce que l’on cherchait. et l’on sut gré à Ossian de faire naître de si fortes et de si douces émotions. J. Texte attribue surtout le premier succès d’Ossian aux tableaux qu’il présente des origines naïves et vertueuses de la société, tableaux qui récréent et charment un monde fatigué et blasé ?. P. Albert, qui soumet ce phénomène moral à une analyse plus serrée, en trouve cinq causes principales : l’épuisement de la tradition poétique classique et la soif du nouveau ; la fatigue de la poésie élégante, polie, raffinée, qui faisait aspirer « à une poésie populaire, fruste, mais énergique et vraie » ; le goût décidé pour la mélancolie, par lequel se manifestaient certains besoins de l’âme; la religion remplacée par un vague spiritualisme, par la survie des morts dans les ombres portées par les nuages ; enfin, mais ceci ne vaut que pour lossianisme qui a accompagné et suivi la Révolution, Ossian par ses tombeaux et ses ruines donnait une voix à bien des douleurs. « Tous ces sentiments confus, mais réels, conclut cet auteur, devaient entrer dans la formation de l’âme moderne, et ils trouvaient un écho dans l’Ossian de Macpherson *. » Nous avons vu que ces indications sont en somme justifiées par l'examen comparatif des premières poésies ossianiques rendues françaises et des courants d'idées ou de sentiments qui se laissent apercevoir en ces années-là.

Une question se pose ici, trop importante pour qu’on néglige de l’examiner. La plus grande influence française contemporaine des premières traductions d’Ossian est sans contredit celle de Rousseau. On a montré récemment, d’une manière très précise, quel prodigieux écho La Nouvelle Héloïse avait éveillé dans les âmes ‘. Quel est le rapport de ces deux influences ? J. Texte a affirmé à plusieurs re-

1. Lettre (en français) à Ferner, non datée; citée par A. Graf, L’Anglomania e l’influsso inglese..., p. 24.

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