Fragments de Journal intime, p
3. Cette phrase, souvent citée comme étant de Voltaire, ne se trouve
pas sous celte forme exacte dans le seul passage de ses OEuvres où il parle d’Ossian.
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che du genre ossianique le Cantique des Cantiques qu'il s'est amusé à traduire; et conclut qu’ « il manquait à sa lyre certaines cordes de la harpe gaélique ».
Voltaire a raison en partie, parce qu’il s’agit de l’Ossian de Macpherson ; mais ses critiques dépassent infiniment. les défauts visibles du style ossianique. 11 a raison aussi parce qu'il a, suivant son habitude, très bien choisi son terrain. Le début de Fingal, et tout ce qui dans Fingal est, ou veut être, épique, ne vaut certes pas les chansons écossaises qui ravissaient Diderot. Il a raison enfin quand il s’égaie de ce nombre incroyable de comparaisons successives, qui ne laissent pas au lecteur le temps de respirer, et qui, se faisant du tort l’une à l’autre, ne permettent à l’esprit d'évoquer aucune image vraiment expressive,
Les traducteurs qui signent Hill sous le Directoire protesteront avec indignation contre la parodie de Voltaire, et demanderont « s’il y a quelque ombre d’analogie entre les poésies d’Ossian et le verbiage ampoulé que Voltaire fait débiter à son prétendu Florentin ‘ ». Peut-être la caricature est-elle en effet un peu grosse. Vers la même époque le sensible Laya s'élevait contre la dureté sarcastique de Voltaire. Après avoir cité le passage où Crimoïna pleure Dargo : « Comment, s’écrie-t-1l, l’auteur de Zaïre et de Tancrède n’a-t-il pas senti le mérite de ces Bardes ? Est-ce là ce qu'il appelle outrer la nature et non l'imiter ? Est-ce là du bavardage *? »
Ces protestations sont tardives. Le verdict de Voltaire ne paraît pas avoir éveillé d’écho ni suscité de réponse immédiate ; du moins, je n’en ai pas rencontré. Fingal, d’ailleurs, n’était pas encore accessible au lecteur français.On peut se demander ce que pensa Turgot d’une si vive boutade, lui qui a lu les deux volumes des Questions sur l'Encyclopédie à Ferney même, dès leur apparition *. Le premier introducteur d'Ossian en France n’a pas pu manquer de remarquer et sans doute de blâmer l’attaque de Voltaire. Et c’est peut-
1. Poèmes d’Ossian et de quelques autres Bardes... 1795, I. Voir plus loin, livre II, chapitre IV.