‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 17 sur 512 · Textes dans B. Saunders, p · texte numérisé non relu

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travailler, d’une manière que nous étudierons plus loin, sur les documents recueillis. Puis il repartit pour une seconde tournée, qui le conduisit dans le comté d'Argyle et à Mull, et sur laquelle on sait peu de chose. Il était de retour à Edimbourg au commencement de janvier 1761.

Là, sans l’assistance d’aucune personne connaissant le gaélique, mais avec les encouragements et très probablement d’après les conseils de Blair, il mit en œuvre les matériaux qu’il avait rapportés pour en tirer les publications qui suivirent. D’ailleurs, ces matériaux s’augmentaient de ce que continuaient à lui envoyer ses amis des Hautes-Terres ou les relations qu’il y avait faites. On décida de faire imprimer l’épopée nationale de l’Ecosse à Londres, sous le haut patronage et peut-être avec l’appui matériel de lord Bute, Ecossais, alors au ministère. Macpherson se rendit donc à Londres, pour surveiller l’impression de l’ouvrage, au début du printemps de 1761. Il y fut reçu avec intérêt dans les cercles littéraires ; on réimprimait les Fragments chez Dodsley ; des morceaux de Fingal circulaient déjà en manuscrit, et éveillaient la curiosité et l’admiration. L’ouvrage parut en décembre 1761 (avec la date de 1762) à Londres, et presque aussitôt après à Edimbourg. Il avait pour titre : Fingal, ancien poème épique, en six livres ; avec plusieurs autres poèmes, composés par Ossian, fils de Fingal; traduits de la langue gaëélique par James Macpherson *. C'était un bel in-quarto de 270 pages, dont l'épigraphe, tirée de Virgile, soulignait le caractère national :

- Fortia facta patrum.

Le poème est précédé d’un bref Avertissement *, dans lequel l’auteur remercie les souscripteurs de leur empressement, et leur promet la publication des originaux. Puis vient une Préface * de dix pages, où sont exposées d’abord

1. Fingal, an Ancient Epic Poem, in six books, together with several other Poëms, composed by Ossian, the son of Fingal. Translated from the Galic Language by James Macpherson. Londres, T. Becket et P. A. De Hondt, 1762, in-4.

2. Celui qui commence par : « The translator thinks .. » eb qui finit par : « .… so little known. »

3. Celle qui commence par: « The love of novelty…. » et qui finit par : « The curious are referred to it. »

PA

Introduction 27

les conditions de la publication ; on y trouve ensuite un

historique général de l’Ecosse légendaire et un résumé de l’ensemble des poèmes. Ensuite, c'est une Dissertation ‘ de 16 pages sur les Antiquités. etc... ; c'est la même que Macpherson a ensuite intitulée Dissertation sur l’époque d'Ossian, et qui figure depuis dans toutes les éditions de ses poèmes *. Cette Dissertation posait tout de suite le révélateur d'Ossian en érudit, en historien judicieux des âges reculés. Il y traitait des anciens Celtes, des druides et de leur religion, des guerres entre Calédoniens et Romains, de la manière dont ces poèmes avaient pu se transmettre durant tant de siècles, et à ce propos, des bardes et des destinées de leur ordre. On découvrait en lui, non un simple compilateur de fables grossières et puériles, mais un historien qui avait de siècle en siècle constaté les mêmes besoins essentiels de l'âme humaine : « Prétendre qu’une nation a été complètement dépourvue de religion, ce serait trahir une singulière ignorance de l’histoire de l’humanité » ; — un philosophe qui jetait un regard dédaigneux sur « les nuages de superstition, d'ignorance et de barbarie qui recouvraient le Nord de l’Europe » trois cents ans plus tôt ; —un critique sévère et volontiers sceptique, qui terminait ce morceau en avouant que tout ce qu’il contenait n’était « que pure conjecture ». Même on le voyait compulser les traditions poétiques de plusieurs peuples anciens ou sauvages, et faire remarquer que les légendes de Sparte et celles des Germains s'étaient transmises oralement comme les poèmes d’Ossian, et que Garcilaso de la Vega n’avait fait que recueillir celles du Pérou. Les notes assez nombreuses, érudites et volontiers critiques, fortifiaient cette première impression, et ne laissaient plus de doute : Macpherson était profondément versé dans les antiquités de son pays, et son Ossian se présentait entouré de garanties indiscutables.

Fingal était accompagné, dans cette édition princeps, des 16 poèmes suivants : Comala,La Guerre de Caros, La

1. Celle qui commence par: « Inquiries into. » et qui finit par: « .… and grand in the sublime. »

2. En finissant par : « .… Heliogabalus disgraced human nature at

Rome. »

Guerre d’Inis-thona, La Bataille de Lora, Conlath et Cuthona, Carthon, La Mort de Cuchullin, Dar-thula, Temora, Carric-Thura, Les. Chants de Selma, Calthon et Colmal, Lathmon, Oithona, Croma, Berrathon. I] faut noter que le morceau intitulé Temora était donné comme le début seulement d’un poème « qui doit avoir été des plus considérables ». En effet, ce morceau n’était autre que le premier chant du poème de Temora, qui devait paraître l’année suivante. On y retrouvait, en note, le premier fragment de Macpherson, La Mort d'Oscar, donné comme une variante du même récit.

L’accueil du public et de la presse fut favorable, et quelquefois enthousiaste. Boswell, l’homme-lige de Johnson, se laissait aller d'abord à un enthousiasme candide : « Vous sentirez en le lisant, écrivait-il à Erskine, que vous avez une âme ‘. >» Le premier article consacré à Fingal avait paru dans la Critical Review de décembre 1761. Dès janvier 1762, on en parlait beaucoup dans les cercles lettrés de Londres. Les critiques et les railleries portaient surtout sur le caractère écossais de l’œuvre, et étaient inspirées par des motifs politiques ou des préventions nationales. À Edimbourg, Blair consacrait à Ossian quelques-unes des leçons de son cours de Rhétorique et Belles-Lettres, et tirait de ces leçons son ample Dissertation critique sur les poèmes d'Ossian, si souvent réimprimée, qui parut pour la première fois en 1763 *. Il posait en principe l’existence d'épopées nationales écossaises ; il découvrait en Fingal un poème régulier, conforme de tous points au canon d’Aristote, et propre à satisfaire la critique la plus pointilleuse. Il soumettait Ossian et Homère à un parallèle en forme, d’où le barde sortait singulièrement grandi aux dépens du poète grec. C'était inviter Macpherson à donner à Fingal un pendant, une Odyssée après cette [liade.

Et en effet Macpherson continuait ses travaux. En mars 1763 paraissait un nouveau recueil dédié à lord Bute et, paraît-il, imprimé à ses frais, avec ce titre: Temora, ancien poème épique, en huit livres ; avec plusieurs autres poèmes

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