‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 204 sur 512 · Gurlitt, Ueber Ossian, 1801, Il · texte numérisé non relu

Gurlitt, Ueber Ossian, 1801, Il

4. Benzoni, dans Giorhale Storico di Letleratura ilaliana, 1902, XLI, p. 341, cité par Weitnauer, Ossian in der ilalienischen Literatur, p: 8.

Style ossianique de Napoléon 441

colm que c'était lui qui avait mis le Barde à la mode sur le continent’. On pourrait sans doute, en étendant bien davantage les investigations, retrouver beaucoup de témoignages analogues. C’est pourquoi il est curieux de constater que dans la lettre que l'Empereur faisait écrire par Menneval à Barbier, le 47 juillet 1808, de Bayonne, pour exprimer son désir de se constituer une bibliothèque portative d’un millier de volumes petit in-12, parmi les écrivains cités Ossian ne figure pas. De Schænbrunn, le 12 juin 1809, c’est un nombre de 3.000 volumes qu'il indique ; mais cette fois aucun auteur n’est nommé *. En tout cas, le goût de l'Empereur pour Ossian persiste jusqu'à Sainte- Hélène, jusqu’à la fin. S'il reçoit en 4815 M°° Stuart, il cause avec elle de l’Ecosse, sa patrie, et « beaucoup d’Ossian * ». Un témoin de sa vie à Sainte-Hélène nous dit : « Je lai entendu parler des poètes avec un certain dédain: il les appelait des rêveurs ; cependant le seul qu’il luiarrivât de lire était, de tous les poètes, certes le plus visionnaire ‘. » [1 s’agit d’Ossian.

On a attribué à l'influence de cette lecture favorite, aux fortes et monotones impressions qu’elle avait laissées sur un homme qui sans doute ne lisait rien en vain, quelques-uns des caractères bien connus du style napoléonien : la sublimité et la brusquerie du ton, la grandeur des images, le tour à la fois abstrait et métaphorique. Dans sa conversation même, quand une grande idée s’emparait de son âme, il ossianisait, dit un témoin de l’entrevue de Bayonne. Ce jourlà, en revenant du palais du roi Charles, Napoléon assembla sa cour ; il marqua de l’enthousiasme pour l’idée du Prince de la Paix, qui avait proposé que la famille royale allât s'établir en Amérique :

« … C’est là ce qui était grand et beau!» Et là-dessus il parla, ou plutôt il poétisa, il ossianisa pendant longtemps sur l’immensité des trônes du Mexique et du Pérou... Il fut sublime; je ne l’ai plus revu à la même hauteur ÿ.

1. Maccunn, The contemporary English view of Napoleon, p. 307. 2. Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, 3° éd., I, p. xur. 3. Mémorial de Sainte-Hélène, p. 38 (10 novembre 1815).

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