‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 207 sur 512 · Mémoires de Bourrienne, IL · texte numérisé non relu

Mémoires de Bourrienne, IL

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Ossian et Corneille As

Bonaparte, et tout ce que le maître de l’Europe sentait à certaines heures en lui-même comme la plus secrète et la meilleure partie de son âme. Il retrouvait dans Corneille, sans nuages cette fois, et la même vertu et le même amour de la gloire et la même pompe dans l’expression. Si différents que nous paraissent l’auteur de Fingal et l’auteur d’Horace,il faut les rapprocher à cet égard. Lisons Lathmon par exemple, et nous retrouverons Don Diègue et ses plaintes sur sa vieillesse, Rodrigue et l'enthousiasme de sa jeune ardeur. Gaul et Rodrigue ont le même famæ venientis amorem; Morni essayant de s’armer pour accompagner Gau] dans les combats, c’est Don Diègue qui voudrait marcher avec Rodrigue contre les Maures. Même élimination du détail concret, expliqué ici par les lois de la tragédie classique, là par le manque de données positives et le vide dans lequel opérait l’auteur ; même abstraction, même tendance à l'hyperbole, même sublime un peu tendu. Que d’ailleurs cet éclat d’héroïsme soit pur diamant dans les meilleurs passages de Corneille ou verroterie dans Macpherson, c'était tout un pour le goût peu exercé de Napoléon.

Unedernière raisontoute matérielle, et la plus solide peutêtre, c’est que l'Empereur « n'avait pas l'oreille poétique : il ajoutait souvent à un vers une ou deux syllabes, et ne s’en doutait pas ‘ ». Comment s'étonner que la prose vaguement poétique et surtout très pompeuse de Le Tourneur ait séduit de préférence son oreille ? Cette poésie non versifiée, qu'il lisait si mal, nous l'avons vu, devait lui convenir : il n’était pas gêné par un rythme dont il eût été incapable de goûter l’harmonie; il se donnait tout entier au plaisir des images et surtout des sentiments.

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Tout le monde sait que la prédilection déclarée de l'Empereur pour Ossian eut sur la poésie française un effet surprenant. D'un commun accord, bien des rimeurs qui estimaient que le poète doit vivre de son état, et qui savaient

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