Couronne Poëétique de Napoléon-le-Grand
venons de citer, et deux autres qui apportent une note étrangère. Monti, assidu flatteur de l’Empereur-Roi entre sa vocation républicaine et sa conversion aux princes légitimes, Monti y figure par un fragment de son Barde de la Forét-Noire ‘. Il faut mentionner le poème ici, puisqu'il entre dans un recueil français, et qu’un court sommaire le fait connaître au lecteur non italianisant. Par lui, Ullin et Malvina rendent hommage à l'Empereur; par lui, on entend un Barde répéter
Che tutto nell’Eroe, tutto è portento Di fortezza, di senno e di coraggio.…
et l’on est ravi d'apprendre que sa haute valeur n’a d'égale que sa grande bonté, comme on l’a vu près d’Arcole. D'autre part, une canzone de quinze strophes de J. Grobert : Napoleone al Danubio, est mise en hexamètres latins par Cauchy et en octosyllabes français par de Wailly :
Degli alti eventi cogli Dei ragiona Il Bardo affettuoso… .… Bardus Mente domos petit aethereas, fruiturque deorum Colloquio…
Loin du bruit le Barde s’élance.… Des grands intérêts de la terre Il s’entretient avec les Dieux.
Ainsi les seules contributions nouvelles d’Ossian à la Couronne Poétique nous venaient par l'Italie.
Le mariage de Napoléon avec Marie-Louise éveille un enthousiasme qui se manifeste aussi sous forme ossianique.
Talairat donne son Chant des Bardes *, dont il faut noter surtout le décor :
On découvre dans les airs l’'Olympe des Scandinaves. Les guerriers célébrés par Ossian se promènent sur des nuages, et se
1. Couronne Poëtique, p.232: Fragment du IV* chant du Poëme de V. Monti, intitulé : Le Barde de la Forét-Noire.
2. Talairat, Le Chant des Bardes au mariage de Napoléon et de Marie- Louise, 1810.
Poésie ossianique de circonstance 449
livrent des combats. Les vierges calédoniennes paraissent dans le lointain, et forment différents groupes. Fingal est le plus élevé de tous; mais au-dessus de lui est une place vide avec cette inscription : Au plus grand des héros, puisse-t-il ne l’occuper que fort tard! Cent bardes avec leurs harpes sont au pied du trône et chantent en s’accompagnant.…
Il est assez étrange d'entendre dans ce décor, où le chef des bardes évoque Ossian, d’autres bardes dire de Napoléon qu’il a « moissonné les lauriers », et que
Il a d'Hercule effacé les travaux, D'Octave la grandeur, de Titus la clémence !
Ces bardes connaissent trop bien l’histoire des « maîtres du monde ». Puis, comme de juste, ils entonnent un hymne à la nouvelle souveraine. On trouve dans cette pièce, dit un critique souvent assez sévère, « le ton, les couleurs du genre ossianique, assez bien saisist ». La princesse de Salm entre dans la lice avec une autre Cantate en strophes et en vers libres*. L’hymen y est célébré tour à tour par deux vieillards, Ossian et Corneille, les deux poètes aimés de l'Empereur, et par Sapho. Retenons cette symétrie déjà constatée : Ossian et Corneille se font vis-à-vis autour du portrait du maître.
L'année suivante, c’est la naissance du Roi de Rome. Collaborateurs fidèles qu'on est sûr de retrouver dans les grandes occasions, Arnault et Méhul donnent, l’un le poème, l’autre la musique d’un Chant d’Ossian*qui « a été exécuté par le Conservatoire Impérial, dans la salle du concert de l’Hôtelde-Ville, devant Leurs Majestés, après le banquet offert par le Corps municipai » :