Ponsard, Discours de réception, 4 décembre
temps pour tout ce qui rappelle le nom d’Ossian passe actuellement en Allemagne . »
Quand on parle de mode ossianique, il ne peut être question que de mode littéraire, car le meuble, le vêtement, n’ont pu s’inspirer d’Ossian comme de l'antiquité ou du moyen âge, et pour cause. Maurice Quay, ami de Delécluze, « qui se promenait dans les rues de Paris vêtu en Agamemnon », n’arborait pas le costume problématique de Fingal, quoiqu'il eût fini « par préférer le chantre de Fingal à celui d'Achille, et par avancer que la lune est plus poétique que le soleil * ». La harpe est le seul attribut ossianique qui s’impose. Je ne parle pas de la mascarade à laquelle se livrèrent, paraît-il, sous le Directoire, quelques joyeux compagnons : costumés en Scandinaves, c’est-à-dire affublés de peaux de bêtes, ils auraient allumé dans le Bois de Boulogne « le Chêne de la fête », et dansé autour du brasier une ronde aux hymnes des Bardes *. Mais les témoignages abondent qui nous montrent Ossian lu et relu sous le Consulat et l’Empire. Dans le groupe de jeunes artistes que font revivre certaines pages des Souvenirs de Delécluze, il est mis au rang d’Homère. Au cours d’une discussion d'atelier, Maurice Quay proclame devant ses camarades irrévérencieux et étonnés : « L’Evangile, c'est plus beau qu'Homère, qu’Ossian ‘ ! » Un ami de Maurice Quay et de Delécluze, Lullin, devait sa mélancolie à la lecture de Werther, des romans du genre de Mrs Radcliffe, et d’Ossian, qui contribuait « à augmenter la teinte de tristesse vague * » qui inquiétait ses amis. Mais d’autres supportaient plus agréablement la poésie du Barde. Lebrun-Pindare, qui ailleurs le raillait, l'avait pourtant lu avec plaisir *. Pierre Lebrun, au temps où il était receveur des Droits-Réunis au Havre,en ces « neuf saisons radieuses » qu’il passa au vieux manoir de Tancarville, parmi ses ruches et ses lévriers, lisait Ossian, comme Homère et Pétrarque, comme Ronsard, « et même Clotilde de Surville ». Et il